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La décision du Président
Obama d’abandonner le projet de déployer un système de défense anti-missiles en Europe a choqué de nombreux analystes aux Etats-Unis, autant que nos alliés de l’Est européen qui
comptaient sur ce bouclier pour les protéger contre la menace des missiles russes. Peut-être que Vladimir Poutine, le grand maître du jeu d’échecs appliqué en politique est
bien le seul à ne pas avoir été surpris.
Je ne comprenais pas le jeu que Poutine était en train de jouer jusqu’à ce que j’aie l’opportunité, il y a deux ans, de rencontrer un Israélien qui revenait juste d’une
réunion au Kremlin. A l’époque, les Etats-Unis et leurs alliés européens faisaient pression aux Nations-Unies pour imposer des sanctions plus fortes contre l’Iran, et les
Russes, parvenus à ce point, refusèrent de poursuivre et menacèrent d’imposer leur veto à toute résolution du Conseil qui montrerait les dents. Les Russes se trouvaient également
impliqués dans le processus d’achèvement de la construction d’une installation nucléaire à Bushehr, en Iran, lequel a ensuite sapé la campagne visant à empêcher l’Iran de
développer des armes nucléaires.
Mon interlocuteur israélien m’expliqua alors que les Russes étaient les meilleurs joueurs d’échec au monde et que le jeu de Poutine avait déjà plusieurs coups d’avance. Il n’était
réellement intéressé qu’à utiliser l’Iran comme un pion dans les relations américano-russes. L’Israélien me suggéra que les manœuvres russes à l’ONU et ailleurs, visant à faire
obstruction au renforcement des sanctions, n’étaient en définitive, qu’une tactique consistant à arracher des concessions au Président Bush sur des sujets de loin plus importants,
qui préoccupaient son pays. importance. Stopper le déploiement du bouclier anti- missiles en République Tchèque et en Pologne se situait alors au sommet, en tout cas, très proche
du sommet dans la liste des priorités de Poutine.

Bush n’a jamais voulu conclure l’arrangement, pensant que les Etats-Unis ne pouvaient abandonner leurs alliés et que la Russie demeurait une menace assez sérieuse pour justifier
du déploiement. Cependant, Obama semble avoir accepté les vues de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, selon lesquelles c’est l’Iran qui représente le danger le plus
sérieux du moment pour l’Europe autant que pour Moyen-Orient. La décision a été prise, à un moment qui ne doit rien au hasard, soit juste avant la rencontre prévue entre les
alliés et l’Iran. L’Administration a menacé de faire pression pour la mise en œuvre de sanctions plus fortes si l’Iran ne se conformait pas à l’arrêt de son programme nucléaire,
mais cette menace est vide de sens, sans une promesse du soutien russe à l’ONU.
De façon fort peu surprenante, la Russie n’a pas voulu laisser l’impression
que son soutien aux sanctions constituait le moindre quid pro quo intervenant dans la décision d’Obama, et le Ministre russe des affaires étrangères s’est empressé de
déclarer immédiatement que l’imposition de nouvelles sanctions serait « une grave erreur ». La secrétaire d’Etat Clinton a, alors rendu visite à Moscou, en espérant
apparemment qu’il ne s’agissait que d’une tentative pour masquer qu’un arrangement avait eu lieu, mais ses hôtes ont réitéré leur préférence politique pour l’obstructionnisme,
mettant Obama en position d’échec et mat.
Pire, les Iraniens pourraient bien aussi avoir atteint une situation de mise en échec et mat, dans leur propre match contre Obama. De nouveaux rapports indiquent que
l’Agence Internationale à l’Energie Atomique est arrivée à la conclusion que l’Iran possède la capacité de fabriquer une bombe nucléaire et est en voie de développer un système de
missile en capacité de porter une tête nucléaire. Les responsables du renseignement américain semblent désormais prêts à admettre que leurs précédentes estimations étaient
erronées. Cela peut aussi expliquer pourquoi Obama a décidé de créer un bouclier antimissile contre les roquettes iraniennes et peut refléter la vision de la Secrétaire d’Etat
Hilary Clinton, laissant glisser dans son commentaire son offre de parapluie de défense aux nations du Moyen-Orient, qu’ainsi l’Administration accepte l’Iran nucléaire comme un
fait accompli.
La vérité est que la poursuite des sanctions contre l’Iran n’ont jamais fait sens.
Les sanctions montrent trop de failles et les Iraniens ont appris à vivre avec elles sans rien changer à leur politique. La tentative de coercition n’a jamais pris en compte la
perspective iranienne qu’elle disposait d’une grande nation, juste dédiée à obtenir des armes nucléaires au même titre que les autres puissances nucléaires, et que cela valait
bien quelques souffrances dans le court terme pour le gain, sur le long terme, consistant à devenir la puissance hégémonique dans la région. Bien plus, ce pays a appris de
l’expérience de l’Inde et du Pakistan, que dès qu’il obtiendrait la bombe, le monde accepterait alors le fait accompli et que les relations reviendraient à la
normale.
L’Iran apparaît désormais jouer la montre en faisant trainer en longueur les discussions avec les puissances occidentales. Les demandes d’arrangement présentes sur la table de
négociations permettent encore de gagner assez de temps pour achever son projet nucléaire, en le dissimulant de plus en plus, ou dit autrement, en conservant effective l’option de
fabriquer la bombe.
Israël observe anxieusement ces jeux se mettre en place. Il doit décider de ses propres mouvements, et peut-être qu’Obama scrute fiévreusement ce qui se passe dans son jeu
(d’Israël).
Aux alentours de la fin de l’année, si ce n’est pas plus tôt, nous pourrons
savoir si l’Iran peut encore être stoppée, et donc, nous apprendrons si Obama est un grand stratège en matière de politique étrangère ou s’il est temps pour lui d’abattre son
roi.
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Dr. Mitchell Bard est le Directeur de l’AICE et de la
Jewish Virtual Library. Ses derniers livres sont :
Will Israel Survive?(Palgrave)
et 48 Hours of Kristallnacht: Night of Destruction/ Dawn of the Holocaust (Lyons Press).
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