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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 23:16
Vers une nouvelle gauche ? le débat dans «libération».
La vraie mort de Mitterrand
 
Jusqu'à la présidentielle, la politique française a été hypothéquée par un «danger Le Pen».
 
Par Shmuel TRIGANO
 
QUOTIDIEN : mercredi 16 mai 2007
 
Shmuel Trigano professeur des universités, directeur de la revue Controverses. Dernier ouvrage paru : le Monde sépharade, Seuil, 2006.
 
 
 
Sans une analyse stratégique au long cours, on ne comprend pas le tremblement de terre politique qui vient de se produire en France. La campagne de Nicolas Sarkozy a mis un terme définitif à l'ère mitterrandienne. De 1985 à 2007, le paysage était régi par une stratégie mise en place par le deuxième Mitterrand. Pour se faire réélire, celui-ci devait faire face à l'échec du «programme commun» de la gauche qui lui avait assuré le succès et que la «politique de rigueur»  avait remisé très vite aux oubliettes. Cet échec s'inscrivait plus gravement dans le rapide déclin du socialisme à l'approche de la disparition de l'Union soviétique.
 
Mitterrand eut une idée géniale autant que machiavélique. Il forgea de toutes pièces une réédition de la stratégie du front antifasciste des années 30. Sa caractéristique essentielle fut de mettre entre parenthèses les oppositions idéologiques et de neutraliser les luttes partisanes pour faire face à un ennemi commun, en règle générale au nom de valeurs suprêmes.
 
Mitterrand sut inventer et élever à la hauteur d'un mythe ce qui devint aussitôt une idée toute faite : «le danger Le Pen». Danger en l'occurrence raciste : la marche des beurs pour l'égalité, première manifestation du problème de l'immigration, lui offrait une opportunité exceptionnelle. Il appelait non plus la gauche, mais «les républicains» à faire front commun par-delà les frontières des partis. Il prenait ainsi la droite en otage de l'extrême droite lepéniste en lui enjoignant urbi et orbi de choisir entre le fascisme et la république, donc à s'aligner sur la majorité présidentielle. Cette prise en tenaille la laissa sidérée et impuissante et la condamna à l'échec pendant plusieurs années. Mais aussi elle permit à Mitterrand de se libérer du poids de son propre parti, en s'assurant un pouvoir régalien. L'affaiblissement du PS se vérifia en 2002 où l'on vit ­ produit du mythe du «danger Le Pen» ­ la gauche plurielle saper ses chances d'accéder au pouvoir. 2002 vit en fait la mitterrandisation de Jacques Chirac, lequel répéta autour de sa majorité le coup mitterrandien dont la droite avait été victime. En situation inversée, l'extrême gauche prit en tenaille le PS et le réduisit à résipiscence, le forçant à faire la campagne de la droite, au nom de la république.
 
Toute la vie politique française a été hypothéquée pendant des années par cette stratégie. «Le danger Le Pen» l'a hantée sans pourtant que Le Pen accède jamais au pouvoir. Un nouveau paysage s'est néanmoins mis en place dont il a été la clé de voûte, les partages se faisant contre lui. La cohabitation qui a caractérisé cette époque fut l'illustration la plus directe de l'anémie et de la tétanie de la vie politique qui en résultèrent. La spirale s'enroulant autour du pôle antifasciste a creusé l'ensemble de la vie politique, réduisant à néant toute différence entre droite et gauche, massifiant et égarant le public, tout en durcissant les extrêmes. Au moins deux générations n'ont rien connu d'autre de la vie publique, au point de ne plus rien comprendre à la réalité.
 
Le Pen était devenu l'élément exclu autour duquel le jeu politique se structurait. Il lui fut abandonné le thème de la nation et de l'identité nationale, ce qui était logique puisque c'est au nom de la défense des immigrés contre le racisme du Front national que le front antifasciste (officiellement front «républicain») avait été lancé. Rien de plus efficace qu'une opposition binaire. La déconnexion inédite de la république et de l'identité nationale qui en résultait était bien en phase avec le postsocialisme qui se mettait en place dans les habits du droit-de-l'hommisme (droit d'ingérence, «société civile mondiale», etc.) : une version postmoderniste de la république.
 
La victoire de Nicolas Sarkozy trouve son explication dans une telle analyse stratégique. En bonne théorie, le vainqueur est celui qui capte le jeu en cessant de le jouer et donc nécessairement en inventant un nouveau site à partir duquel il joue. Ce site ne peut être qu'extérieur au site du jeu dominant, en l'occurrence la position que Mitterrand avait allouée à Le Pen. En occupant (dangereusement) ce lieu réprouvé et sacré (presque mystiquement), il a fait sauter le dispositif mitterrandien et fait place nette à une configuration politique «vierge». Pour ce faire, il lui a suffi de viser la poutre maîtresse du dispositif : le mythe du «danger Le Pen». La réintégration du thème de l'identité nationale (absente de son discours d'avant la campagne, plutôt multiculturaliste et postrépublicain), l'invention tactique du «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» (synthèse détonante de deux contraires : immigration et nation) ont suffi à pulvériser les positions stratégiques de tous les partis. La baudruche du «danger Le Pen» s'est dégonflée, le FN étant ramené à bien peu de chose, et la gauche, restée calée dans les catégories mitterrandiennes, s'est vue dévoilée dans son «archaïsme», selon le mot de DSK.
 
Le triomphe de Sarkozy a ainsi marqué la fin d'une époque. Les dés sont redistribués aujourd'hui, ce qui lève l'hypothèque nocive que la manoeuvre mitterrandienne avait fait peser sur la vie politique. Les réactions à l'encontre du nouveau président (le mythe du «danger Sarkozy», «tout sauf Sarkozy») que l'on observe dans une partie des élites et de l'opinion montrent que celles-ci sont toujours rivées au paysage mitterrandien et qu'elles n'ont rien compris à la nouvelle donne politique. En lisant la situation à l'aune du prisme du passé, elles se vouent à un échec inéluctable. Il faut faire preuve d'invention pour renouveler en profondeur la vie politique, ce qui passe par apprendre à se situer dans le système politique hors de la référence à un paysage désormais caduque. Le front «anti» n'a plus aucune chance de succès : la politique doit retrouver ses droits. La politique «pour», une politique de proposition.
 
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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