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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 20:06
DARFOUR : MOSCOU ET PÉKIN ARMENT LES ASSASSINS
Par Jean-Marc TYBERG, le dimanche 20 mai 2007.
La firme franco-allemande EADS serait indirectement impliquée.

Ammesty International a rendu public, le 8 mai 2007, un rapport accablant qui accuse Moscou et Pékin d’avoir livré de janvier à mars 2007 des armes, des munitions et autres équipements militaires au Soudan qui ont été utilisés par le gouvernement de Khartoum pour ses opérations militaires au Darfour.

Ce rapport de 33 pages fournit les preuves accablantes. Malgré les résolutions 1556, 1591 des Nations unies interdisant de livrer des armes aux belligérants du conflit, deux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Russie et la Chine ont délibérément violé l’embargo qu’elles avaient elles-mêmes voté.

Lire le rapport

« Des armes, des munitions, des équipements(…) sont toujours transférés au Darfour, dans l’ouest Soudan, pour des opérations militaires » affirme Amnesty International, qui pour étayer ses propos, publie une série de photos prises le mois dernier sur des bases aériennes du Darfour.

Photos qui ont été diffusées par la BBC. On y voit notamment un hélicoptère d’attaque MI-24 et un avion de transport Antonov 26 peints aux couleurs de l’ONU.

EADS serait indirectement impliqué dans les livraisons d’avions de combat à l’armée soudanaise. En effet, la firme franco-allemande détient 5% de participation et un « accord de coopération stratégique » dans la firme chinoise AviChina qui a livré les chasseurs bombardiers Fantan photographiés par la BBC. Peut-on croire que les dirigeants d’EADS aient ignoré la destination de ces commandes ?

De manière certaine, cette centaine de millions de dollars d’armes livrées au président Omar AL-BESHIR ces derniers mois a aggravé dramatiquement la crise du Darfour et ravivé les violences gouvernementales contre les populations civiles.

Malgré les assertions du gouvernement soudanais et quelques contre-feux médiatiques incompréhensibles de certains humanitaires voulant nous faire croire que la situation des réfugiés Darfouris est maintenant quasi-stabilisée, nous savons que pour ce seul mois de mars 2007, les attaques, les viols, les bombardements, ont obligé plus de 40 000 Darfouris à s’enfuir des zones de conflit .

Bien entendu il n’est toujours pas possible de connaître précisément le nombre exact de victimes de ces attaques, mais les témoignages de ces nouveaux réfugiés nous font craindre le pire et nous laissent à penser que le nombre de victimes serait deux à trois fois plus important que celui de l’année dernière à la même période.

Vincent JAUVERT du Nouvel Observateur a rencontré un des auteurs de ce rapport : Brian WOOD. La lecture de cette interview que nous retranscrivons, met en relief le cynisme des alliés de Khartoum, l’impuissance de l’ONU et l’inacceptable d’une situation qui perdure.

Le Nouvel Observateur : « Alors que des milliers de femmes et d'enfants sont massacrés au Darfour, écrivez-vous dans votre rapport, la Russie et la Chine continuent de fournir des armes aux assassins »
Brian WOOD : « Oui, malgré l'embargo décidé en août 2004 par le Conseil de Sécurité des Nations unies (et renforcé en mars 2005), ces deux pays n'ont pas cessé de fournir l'armée soudanaise en avions de chasse, hélicoptères d'attaque, kalachnikovs, munitions, véhicules blindés... Les preuves de ce commerce immoral - et, à notre avis, illégal - ne manquent pas : témoignages de sources anonymes sur place, rapports de l'ONU - publics ou secrets -, articles de revues spécialisées, sites des compagnies d'armement... »

N. O. : « Quelles sont vos données les plus récentes ? »
B. WOOD : « Nous avons appris qu'en septembre dernier les Russes ont livré un Antonov à l'armée soudanaise et que cet avion a été utilisé pour bombarder des populations civiles au Darfour. De même, tout au long de 2006, la Chine a fourni des chasseurs bombardiers Fantan à l'armée de l'air de Khartoum, ainsi que six avions d'entraînement. Ce n'est pas tout. Près d'un charnier, nous avons découvert des cartouches que les experts en balistique ont fait ‘parler’ D'après ces spécialistes, ces cartouches ont été tirées par des kalachnikovs toutes neuves, donc achetées très récemment. »

N. O. : « A qui ? »
B. WOOD : « La seule chose que je sache de façon sûre, c'est que, selon le dernier rapport de l'ONU à ce sujet, la Chine a été le plus gros fournisseur d'armes automatiques du Soudan jusqu'en décembre 2005. Disons qu'on ne peut exclure qu'elle le soit restée... Remarquez que, toujours d'après l'ONU, la Russie a, elle, fourni douze hélicoptères d'attaque à Khartoum en 2005. »

N. O. : « Les Russes et les Chinois ne nient pas avoir vendu certains matériels en question au Soudan. D'après eux, cependant, cela n'aurait rien d'illégal puisque l'embargo ne concerne que les « parties au conflit du Darfour »
B. WOOD. : « Oui, mais le Soudan est évidemment l'une de ces parties ! »

N. O. : « Bien sûr, mais ils disent que si les armes sont livrées dans une autre région du Soudan que le Darfour, à Khartoum par exemple, il n'y a pas violation de l'embargo. »
B. WOOD : « Il s'agit là évidemment d'une interprétation irresponsable, pour ne pas dire fallacieuse, de la résolution du Conseil de Sécurité. Disons-le, ils se moquent du monde ! Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, qu'ils bafouent ouvertement la communauté internationale dans cette affaire.
Figurez-vous qu'en été 2004, au moment même où cet embargo était discuté à New York, la Russie, membre permanent du Conseil de Sécurité, livrait des chasseurs bombardiers au Soudan ! Fières de leur succès commercial, les autorités russes s'en vantaient même à la télévision de Moscou. »

N. O. : « Pourquoi qualifiez-vous cette interprétation de la résolution sur l'embargo d' « irresponsable », voire de « fallacieuse » ? »
B. WOOD : « Parce que les Russes et les Chinois savent pertinemment que les matériels qu'ils livrent, leurs avions, leurs hélicoptères, leurs kalachnikovs, servent à massacrer les innocents du Darfour. Ils savent comment ces crimes contre l'humanité sont perpétrés là-bas. Il y a quantité de rapports de l'ONU sur le modus-operandi de ces horreurs. Or, rappelons-le, Pékin et Moscou sont membres permanents du Conseil de Sécurité, ils sont donc les mieux informés ! Les attaques des sinistres miliciens janjawids contre les villages ont toujours lieu de la même façon :
L'armée soudanaise leur « prépare » le terrain en procédant à des bombardements aériens massifs. Avec quoi ? Avec les avions et les hélicoptères fournis essentiellement par les Russes et les Chinois. Puis, les janjawids entrent dans les villages, armés de mitrailleuses montées sur des 4 x4 et de kalachnikovs que leur a données l'armée soudanaise. J'ai vu des listes de distribution de fusils d'assaut aux janjawids, listes établies par les militaires de Khartoum. Enfin, quand ils commettent leurs atrocités, les viols, les massacres, les pillages, les miliciens sont couverts par les hélicoptères, les mortiers, les lance-grenades de l'armée soudanaise, matériels pour la plupart achetés, encore et toujours, à Moscou et à Pékin. »

N. O. : « Avez-vous des preuves formelles que des avions et des hélicoptères fournis par les Russes et les Chinois se trouvent au Darfour ? »
B. WOOD : Oui, nous avons des témoignages et des photos. Dans notre rapport, nous publions des clichés pris en mars dernier sur lesquels on voit clairement plusieurs chasseurs chinois Fantan sur le tarmac de l'aéroport de Nyala, au Darfour.
D'autres photos [que nous publions, NDLR] ont été prises plus récemment encore, il y a quelques jours, le 2 mai 2007 exactement, sur le tarmac de l'aéroport d'El-Fasher, toujours au Darfour. Sur l'une, on voit un hélicoptère d'attaque russe MI-24 ; sur l'autre, un Antonov avec, juste à côté, des bombes prêtes à être chargées, le tout sous l'œil de militaires soudanais.

N. O. : « Pourquoi l'Antonov est-il peint en blanc ? »
B. WOOD : « Pour faire croire qu'il s'agit d'un avion de l'ONU ! Khartoum utilise souvent cette technique abjecte et totalement contraire aux lois internationales. D'après les conventions de Genève, le blanc est réservé aux forces de maintien de la paix et aux organisations humanitaires. Mais les Soudanais n'en ont cure.
Ils peignent aussi en blanc certains de leurs hélicoptères. Ce n'est pas tout. Ils immatriculent - ou font croire qu'ils immatriculent – leurs appareils au Kazakhstan. Pourquoi ? Parce que les règles de l'aviation internationale prévoient que le sigle de ce pays est UN. Or UN, c'est aussi le sigle de l'ONU en anglais... »

N. O. : « Les Russes et les Chinois savent tout cela, dites-vous. Leur attitude est totalement immorale, bien sûr ; mais en quoi est-elle illégale ? »
B. WOOD : « Acceptons, un instant, la thèse de Moscou et de Pékin. Admettons que la résolution de mars 2005 sur l'embargo n'interdise pas les ventes d'armes au Soudan si elles ne sont pas livrées au Darfour. Cela ne rend pas ce commerce légal pour autant. Car la résolution stipule aussi que Khartoum n'a pas le droit de transférer des matériels militaires dans la région des massacres. Donc, en lui vendant des matériels dont elles savent pertinemment qu'ils se retrouveront au Darfour, la Russie et la Chine sont au moins complices d'une violation d'embargo. Et de toute façon, selon la loi internationale, un État qui, consciemment, en aide un autre à commettre des crimes de guerre est complice de ces forfaits. Donc légalement, à mon avis, elles sont coupables. »

N. O. : « Pourquoi, à votre avis, la Chine et la Russie agissent-elles de la sorte ? »
B. WOOD : « Pour Pékin, l'explication, c'est évidemment le pétrole. La Chine, qui a d'énormes besoins énergétiques, est de loin le premier acheteur des hydrocarbures soudanais. Au Soudan, elle a investi des milliards de dollars en pipelines, raffineries, ports... Elle entretient donc des liens stratégiques avec le gouvernement de Khartoum. Je m'explique moins la position de Moscou, sauf à dire que la Russie est un gros fournisseur d'armes de Khartoum depuis vingt ans et que les marchands d'armes russes vont là où il y a des acheteurs... »

N. O. : « Que faire aujourd'hui pour que ces ventes d'armes cessent ? »
B. WOOD : « Il faut que le Conseil de Sécurité clarifie les règles de l'embargo de façon que les Russes et les Chinois ne puissent plus «interpréter » la loi internationale à leur convenance. Il faut aussi que la mission de l'ONU chargée de contrôler les ventes d'armes dans la région dispose de moyens suffisants. Elle est sous-équipée. Dans ses rangs, il n'y a, pour l'instant, qu'un seul arabophone ! Le Conseil de Sécurité devrait également désigner publiquement les compagnies qui violent l'embargo et nommer leurs responsables, de façon que l'on puisse geler leurs comptes, les poursuivre. Il en a le pouvoir, mais pas la volonté politique. Il pourrait commencer par rendre public le dernier rapport de la mission de l'ONU sur les ventes d'armes au Darfour, qui est toujours secret. Il est très instructif... Bref, il faut que Moscou et Pékin soient montrés du doigt encore et encore, qu'ils comprennent que leur image internationale est en jeu. C'est pour cela que nous avons publié ce rapport. Nous sommes allés vite, nous n'avons même pas utilisé toutes les données dont nous disposions. Nous voulions que le monde sache tout de suite. »

N. O. : « Pourquoi cette précipitation ? »
B. WOOD : « Parce que, au-delà des ventes d'armes, il y a une urgence : pour que les massacres, les viols, les pillages, qui ont lieu aujourd'hui même, cessent, il faut que la force de maintien de la paix de l'ONU, dont l'envoi a été décidé il y a plusieurs mois, soit effectivement dépêchée au Darfour. Khartoum et Pékin font obstruction à cette décision. Seule la pression internationale peut les faire changer de politique. »

N. O. : « Comme un fait exprès, le jour où vous avez publié votre rapport, la Chine a fait savoir qu'elle participerait à cette force de l'ONU et qu'elle enverrait 300 ingénieurs au Darfour pour préparer son arrivée. Les pressions dont vous parlez commencent donc à payer, n'est-ce pas ? »
B. WOOD : « Peut-être. On sait que la Chine a commencé à dire et à répéter aux Soudanais qu'elle était inquiète de la situation, qu'elle voudrait que les choses évoluent. J'ai récemment discuté avec des responsables chinois. Ils m'ont fait savoir qu'ils trouvaient que tout ce qui se passait au Darfour était inacceptable. Mais ils m'ont confié aussi que les décisions à ce sujet étaient prises au sommet, à Pékin, et qu'ils attendaient les ordres de là-haut... »
A ce sujet :
Lire le rapport : "Des armes continuent à alimenter de graves violations des droits de l'homme au darfour", sur Amnesty.org (texte en anglais)
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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