Les craintes
que j’avais exprimées quant à la capacité d’Ehoud Olmert de diriger le pays en période de crise se réalisent malheureusement. Les mauvaises lectures de la situation
stratégique par le gouvernement israélien, accompagnées d’actions incomplètes sur le théâtre militaire de Gaza, se reproduisent, comme si la Deuxième guerre du Liban
n’avait pas eu lieu. Et comme dit le proverbe latin, "se tromper est humain mais persévérer dans son erreur est diabolique". Là, on fonce, bille en tête, vers une commission
d’enquête Winograd 2 sans que, malencontreusement, il ne s’agisse de ma part d’une plaisanterie de mauvais goût ou d’une extrapolation fumeuse…
Avant de me
pencher sur la situation à proprement dit, j’avance une remarque liminaire. Celle-ci est également liée à la perception stratégique du différend israélo-arabe dans sa
globalité : comme durant les 34 jours qu’a duré la guerre avec le Hezbollah, l’Etat hébreu, dans son environnement géopolitique, ne dispose pas du luxe de s’accommoder du
bombardement de ses villes par des canons arabes. Peu importe le prix militaire à payer – personne n’a jamais affirmé que la guerre était une discipline de salon –, et,
préalablement à l’analyse des remèdes tactiques à l’attaque préméditée du Néguev par les Qassam du Hamas, il convient de s’arrêter sur ce point. De remarquer, également, que,
similairement à l’origine du dernier conflit libanais, l’initiative, je veux dire l’acte déclencheur, je veux encore dire le crime de guerre en droit international, appartient
à la partie islamiste. Ici, des bombardements délibérés et quotidiens de Sdérot, là, l’assassinat de deux soldats effectuant une patrouille à l’intérieur du territoire des
Hébreux. Sans qu’il n’y ait eu provocation préalable de la part de Tsahal, sans que ces actes ne s’inscrivaient dans une cascade d’événements violents ou d’incidents de
frontière.
Mon ami et mon
maître, feu le général Béni Péled, ancien commandant de l’armée de l’air, me parlait souvent – cela figurait en bonne place dans sa longue liste des inconsistances qu’il
dénonçait dans l’organisation de l’Etat d’Israël -, de l’appellation de son armée : "Tsahal". Tsahal, ce sont les initiales de Tsva Hagana Le’Israël, l’Armée de
Défense d’Israël. "Pourquoi pas Tsva Israël, comme toutes les forces armées de toutes les nations "normales" de la planète ?", me lançait Béni, presque méchant,
comme si c’était moi qui était responsable de toutes les inconséquences construites dans ce pays. "Il est clair que l’objectif d’une armée est de défendre un pays", reprenait
le général, fort de son regard bleu glacial, qui vous traversait le cerveau de part en part, "mais pour mener à bien cette tâche, en temps de guerre, une armée doit tantôt
s’affranchir d’opérations défensives mais aussi d’actions offensives. Or", poursuivait Péled, en haussant le ton sans jamais perdre ses nerfs, "l’appellation même de notre
armée procède d’un non-sens stratégique, que l’habitude et la tradition ont transformé en doctrine : se défendre, c’est bien et c’est noble – en conformité avec les
fondements du nouvel Etat juif –, mais prendre des initiatives nécessaires pour se protéger, ce serait arrogant, voir criminel.".
A Sdérot,
Tsahal se défend ; elle localise et amenuise l’aire de confrontation. Comme au Liban, elle partitionne son effort, en faisant porter la quasi-totalité à l’aviation.
Pendant ce temps, le gouvernement avertit et menace publiquement les membres de l’aile politique du Hamas et les chef de sa branche armée, leur octroyant juste ce qui
leur fallait de temps pour qu’ils disparaissent des rues de Gaza, cessent d’utiliser leurs téléphones portables et prennent le maquis. Depuis qu’Olmert, Péretz et Snéh on
promis l’éliminer les individus appartenant à ces catégories, AUCUN n’a été atteint. Comme au Liban ! Vous parlez d’une mise en pratique des leçons de leurs
erreurs…
Pendant ce
temps, surtout, Sdérot s’est vidée de 80% de ses habitants et, ce qui est plus grave encore, les Qassam continuent de s’abattre sur cette ville, faisant le pied de nez à la
soi-disant troisième armée du monde. Les télévisions de nos ennemis passent en boucle les images des fuyards se battant pour obtenir une place dans un autocar en partance. Et
Béni Péled crie si fort, la nuit, du haut de son nuage, qu’il m’empêche de dormir. Il fait le siège du bureau de Moïse pour demander une permission de trois semaines pour
quitter le paradis, étrangler Olmert et remettre nos idées en ordre.
Ce qu’Olmert
n’a pas compris, et d’autres avec lui, c’est que, quel que soit le prix à payer, si Israël entend survivre à terme, dans cette partie du monde qui lui est hostile, elle doit
appliquer le principe de la défense territoriale. Ca se traduit simplement par : Touche pas à mes citoyens ! On commence par faire ce qu’il faut pour protéger les
gens, tout ce qu’il faut – et qu’on ne vienne pas prétendre qu’Israël n’a pas les moyens d’annihiler les capacités du Hamas à Gaza. Je veux bien qu’il s’agisse d’une guerre
asymétrique, avec des facteurs compliquants, mais cela demeure un objectif infiniment plus aisé que se confronter à l’Iran ou à la Syrie – et ensuite on appréhende les choses
dans leur globalité stratégique.
Depuis le dernier
conflit du Liban, Israël accepte de mener des guerres en laissant des parties habitées de son territoire bombardées par des canons arabes. Cela constitue un signal
suicidaire : désormais, il ne reste aux ennemis d’Israël qu’à moduler l’intensité de leurs attaques pour atteindre Tel-Aviv. Cela a donné plein d’idées à Béchar Al-Assad.
Haïfa a déjà subi les bombardements du Hezbollah et ses habitants ont payé un lourd tribut en vies humaines, dû uniquement aux inconséquences des décideurs politiques et des
officiers à la tête de l’appareil sécuritaire.
D’abord faire
cesser les tirs contre le territoire d’Israël ! Priorité absolue ! C’est le devoir d’une puissance régionale, et c’est ce que ces messieurs n’ont pas saisi. De plus,
cette première riposte doit s’accompagner d’une démonstration de force et de puissance et Israël en a largement les moyens. Au Liban, il ne fallait pas mobiliser 30 000
réservistes, mais 200 000. Ne pas attendre, ne pas laisser les "mauvaises images" s’incruster dans la pellicule. Montrer au camp adverse à quel point il a été déraisonnable et
impulsif de s’attaquer à l’immense Tsal [1]. Montrer, sur les mêmes écrans de télévision arabes, ce qu’il en coûte de tuer des civils israéliens, à quel point la note
finale est épicée !
Même en matière
stratégique, il existe des "moments", qui ressemblent à ceux qu’on étudie en physique, durant lesquels le calcul des probabilités du nombre de soldats tués dans un conflit
envisagé n’est pas de mise. Pas plus que la quantification de la probable réaction de défiance internationale. Car nous avons été attaqués, messieurs, par les supplétifs
d’organisations qui ne font pas mystère de leur dessein de nous effacer de la surface de la terre ! Dans ces conditions, l’équation est triviale : soit on détruit
son génocidaire en herbe tout de suite, lorsqu’on en a les moyens, soit on devra l’affronter lorsqu’il se sera aguerri à nos méthodes, modernisé, mieux équipé, que ses
effectifs auront grossi et que des alliés à lui se joindront à sa prochaine agression contre nous. Il n’existe pas de troisième choix.
De plus, le temps
est compté. Ne pas le comprendre constitue une autre faute d’Olmert et Cie. Dans la réalité de politique internationale dans laquelle nous évoluons, un mois pour détruire le
Hezbollah – sans même y parvenir – c’est énorme. Quant à Gaza, quatre jours après que les islamistes auront cessé de canarder Sdérot, grâce aux dommages que les frappes
chirurgicales infligent à leur capacité opérationnelle, le monde exigera de Jérusalem qu’elle accepte de respecter la "trêve". Laissant, comme au Liban, l’opportunité aux
intégristes de soigner leurs plaies, d’étudier les leçons de l’ultime bagarre, de se réarmer, et de reprendre les hostilités lorsqu’ils le jugeront opportun.
J’ai entendu Javier
Solana, le chef de la politique étrangère de l’Union Européenne, peser de tout son poids diplomatique, en Israël et au Liban, pour faire cesser la violence. Mais pour sauver
qui, M. Solana ? – la population palestinienne qui croule sous la guerre civile ? Mahmoud Abbas et sa présidence en ombres chinoises ? La paix ? Quelle
paix ?
Les seuls
bénéficiaires des efforts des diplomates de votre genre sont les extrémistes intégristes. Ceux qui empêchent la vraie paix de s’instaurer entre gens raisonnables. L’accalmie
ne profiterait qu’au Hamas et au Djihad en Palestine, au Fatah el-Islam et à Béchar Al-Assad au Liban. Solana a oublié un principe indissociable des axiomes de la
diplomatie : la guerre est le moyen – ultime, certes – de solutionner un différend critique, lorsque toutes les autres méthodes ont échoué. Or, à Gaza, nous avons affaire
à des organisations violentes et terroristes, qui ont statué de longue date sur le fait qu’elles ne cesseraient leur combat que lorsque Israël aura été rayée de la carte.
Corollaire de cet objectif des islamistes, leur désintérêt absolu pour la solution des deux pays pour deux nations et la guerre civile qu’ils mènent contre le Fatah qui y est
intéressé.
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