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24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 22:58
Bernard Kouchner, un citoyen du monde au Quai d’Orsay
Par David Bronner pour Guysen Israël News
Mercredi 23 mai 2007 à 22:56
 
Dans « Le malheur des autres », Bernard Kouchner écrivait « L’information et l’humanitaire sont le remède contre des douleurs extrêmes ». Voilà une formule qui pourrait être la devise de Guysen… Le souci des autres, la recherche et la transmission de la vérité et l’action au service des plus misérables et des désespérés. Depuis qu’il a quitté les bancs de l’école de médecine, Bernard Kouchner a compris que les médias étaient une formidable opportunité pour lancer des appels à la conscience du monde, dont il se veut citoyen : « Notre pays, c’est le monde » est une formule du « French Doctor » qui dirige le Quai d’Orsay depuis quelques jours.

Médecin comme son père, Bernard Kouchner part au Nigéria en 1967. Il y assure la permanence de la Croix-Rouge et du Secours Médical Français, en pleine guerre du Biafra. L’armée nigériane massacre les populations, y compris les blessés et les malades dans leurs lits d’hôpital. Témoins malgré eux, les médecins sont priés de ne transmettre aucune information. Kouchner refuse le silence et entre alors en résistance. Pour mener son combat, il utilise les médias. Il maîtrise la rhétorique, trouve les mots justes, les formules sont claires et directes. Et surtout, l’ambition est noble : sauver la vie d’innocents, améliorer celle des malheureux.

Il parle du Biafra comme d’un lieu où règne l’enfer, et demande une intervention. Le droit d’ingérence est né. L’expression est inventée par l’essayiste Jean-François Revel en 1979. Quelques années plus tard, Bernard Kouchner, associé au Professeur de droit international Mario Bettati, lance l’idée du « devoir d’ingérence ». C’est avec cette philosophie de l’action que le Docteur Kouchner, gastro-entérologue de son état, crée au Biafra le Comité International contre le Génocide, puis le Comité médico-chirurgical d’intervention d’urgence, qui sera le noyau fondateur de Médecins Sans Frontières en 1971, et qui obtiendra le Prix Nobel de la paix en 1999. Il quitte son organisation en 1979 et fonde Médecins Du Monde. Les missions se multiplient, et Bernard Kouchner parcourt le monde en guerre : Ouganda, Tchad, Liban, Erythrée, Soudan, Afghanistan, Salvador, Bangladesh. Et puis, la Somalie, en 1992. Il est alors Ministre de la santé et de l’action humanitaire du gouvernement de Pierre Bérégovoy, et Paris se gausse de le voir ainsi porter des sacs de riz. Bernard en fait trop.

Bernard Kouchner devient gênant. Il occupe facilement la scène publique, et bientôt politique. Après la grande défaite des Socialistes aux législatives de 1993, il pouvait incarner l’avenir d’une gauche moins portée par l’idéologie que par l’action ; il rêve d’une gauche ouverte et sociale-démocrate, réformatrice et « droit-de-l’hommiste » à la fois.

Jugé ambitieux, et donc craint, on lui reproche de ne pas être un « vrai » politique : ni militant, ni candidat, ni élu. Et on ne lui facilite pas la tâche... De parachutage en parachutage, il tente vainement et à plusieurs reprises d’obtenir un mandat législatif, en 1988 dans le Nord, en 1994 en Moselle et à Gardanne en 1996… L’homme le plus populaire de France avec feu l’abbé Pierre peine à prendre sa carte, tant les secrétaires des sections parisiennes du PS craignent de se faire débarquer par une vedette des médias.

Avant de se tourner vers les Radicaux de gauche qui l’accueillent comme un ami, et dont il devient le porte-parole, il est élu sur la liste de Michel Rocard aux élections européennes de 1994. C’est aux côtés de Jean-Michel Baylet, Président du Parti Radical de Gauche, qu’il prépare ce que Jospin appellera la « gauche plurielle », et le retour de la gauche aux affaires. L’essai est transformé, et il rencontre bien des difficultés à négocier un poste de Secrétaire d’Etat à la Santé, sous l’étouffante tutelle d’une Martine Aubry qui ne lui laisse que peu d’espace pour exprimer des idées jugées trop avant-gardistes, sur les questions sociétales notamment.

Les portes des sections parisiennes du PS lui sont closes jusqu’en 1998. Il garde sa liberté de parole et, comme il avait soutenu la réforme des retraites d’Alain Juppé, il soutiendra le Contrat Nouvelle Embauche et la privatisation d’EDF. Favorable à l’intervention militaire américaine en Irak, il est une sorte de trublion d’une gauche aux accents anti-américains. La ligne du Parti, ce n’est pas vraiment son style.

L’ancien militant de l’Union des Etudiants Communistes, inventeur de la médecine de guerre, reste fidèle à sa première ambition qui est de sauver des vies humaines et de faire pression pour susciter une intervention politique voire militaire, dans un but humanitaire. Nommé Haut représentant de l’ONU au Kosovo de 1999 à 2001, il représente l’autorité administrative internationale civile et gère l’assistance humanitaire, l’administration civile, l’économie et l’élaboration d’institutions démocratiques.

En 2004, le magazine « Time » le cite comme l’une des cent personnalités les plus puissantes et les plus influentes du monde. Pas vraiment soutenu par ses amis, il est le candidat malheureux aux postes de directeur du Haut Commissariat aux Réfugiés et de l’Organisation Mondiale de la Santé en 2005 et 2006.

Nommé Ministre des affaires étrangères du gouvernement de François Fillon, Bernard Kouchner incarne certes l’ouverture du gouvernement à gauche, mais il traduit surtout la « rupture » annoncée par le Président Sarkozy au cours de sa campagne. Bernard Kouchner, héros aux Etats-Unis depuis le jour où il a annoncé son approbation quant à l’intervention militaire américaine en Irak, « pour des raisons humanitaires », est un atlantiste, comme le nouveau président qui l’appelle au lendemain de son élection : « Je sais quelles sont tes convictions et je te demande de ne pas les renier »…

Car des différends existent entre les deux hommes. Sur l’adhésion de la Turquie, Bernard Kouchner est pour l’intégration dans l’Europe de ce « pays d’Islam séculier », Sarkozy est contre. Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale est selon le « French Doctor » une « dérive historiquement scandaleuse ». Mais les points communs sont nombreux : européen convaincu, il partage avec le Président l’idée de relancer rapidement l’Europe et prône comme la chancelière allemande Angela Merkel un « traité réduit ». Et il aime l’Amérique, de New York et de San Francisco, celle de George Clooney, le célèbre acteur de la série « Urgences » qui s’est lancé dans une opération de sensibilisation de l’opinion publique au génocide perpétré au Darfour.

Le Darfour est la première priorité de l’action de Bernard Kouchner. Au lendemain de sa nomination au Quai d’Orsay, il a organisé sa première réunion sur la protection des réfugiés en proie à des attaques sanglantes à l’Est du Tchad, l’amélioration des accès humanitaires au Darfour, la position que devra tenir l’Europe si les Américains se décident unilatéralement des sanctions contre le régime de Khartoum.

Né d’un père juif et d’une mère protestante, il avait déclaré dans les années 1980, « être à moitié juif, c’est être deux fois juif ». Docteur Honoris Causa de l’Université Hébraïque de Jérusalem en 2005, auteur d’un discours sur « l’antisémitisme, sentinelle de la lutte pour les Droits de l’Homme », la nomination de Bernard Kouchner a été bien accueillie en Israël, même si l’on sait à Jérusalem que le « French Doctor » sera partisan d’une politique « humanitaire » à l’égard des Palestiniens. A l’inverse, les Palestiniens et le monde arabe risquent de regretter la « politique étrangère arabe de la France ». La Ligue arabe en effet dont le Soudan fait partie, risque de ne pas apprécier une logique interventionniste du nouveau Ministre français des Affaires étrangères. Et le monde arabe est resté froid au projet d’une « Union de la Méditerranée » lancé par Sarkozy le soir du deuxième tour des élections. Suite aux violences de terroristes palestiniens qui violent la souveraineté et cherchent à déstabiliser une fois de plus le Liban, le nouveau patron du Quai d’Orsay a téléphoné au Premier ministre Fouad Siniora pour lui expliquer la solidarité de la France. Bernard Kouchner effectuera sa première visite officielle au Liban les 24 et 25 mai, pour exprimer la volonté de la France d’être présente dans cette région du monde, pour dire « non » au terrorisme palestinien. Dans un communiqué publié mercredi 23 mai, il rappelle aussi l’importance qu’il attache à la mise en place d’un tribunal à caractère international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, l’ancien Premier ministre libanais tué en 2005 avec 22 de ses compagnons, alors que Beyrouth était sous contrôle syrien.

Rien ne l’empêchera bientôt d’évoquer Sdérot et les dizaines de missiles tueurs qui s’abattent chaque jour sur le Néguev occidental depuis une bande de Gaza désengagée par l’armée israélienne il y aura bientôt deux années.

Bernard Kouchner est une conscience. Ses colères expriment les révoltes d’un homme complice de l’espoir de voir se dessiner un autre monde. Kouchner sera d’abord fidèle à ses idées. Ses amis proches lui ont promis de rester vigilants. Aux Affaires étrangères, il réussira son pari s’il reste lui-même.

« Je ne trahis pas mon camp, je reste du côté des opprimés » lance-t-il à tous ceux qui ne comprendraient pas sa présence aux côtés de tant de ministres UMP qu’il a parfois durement combattus sur le terrain des idées. D’ailleurs, si la situation devenait inacceptable, il quitterait le gouvernement, déclare-t-il aux journalistes.

En attendant, la nomination de Bernard Kouchner au gouvernement de François Fillon risque de démobiliser les électeurs d’une gauche tranquille, ceux qui n’ont pas « voté Sarko » mais qui laisseront volontiers faire une équipe ambitieuse, obsédée par l’action, et dont Bernard Kouchner deviendra sans doute le symbole… « L’ouverture, c’est toi ».
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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