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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 07:59
La vérité sur le dossier nucléaire iranien, Masri Feki
En dépit des déclarations officielles des dirigeants iraniens, insistant sur le caractère civil de leur programme nucléaire, de nombreuses informations démontrent que ce dernier ne répond pas uniquement à un souci d’approvisionnement énergétique, mais témoigne d’une marche vers l’acquisition de l’arme nucléaire.
  

Texte original arabe : sur le site de Al-Seyassah (La politique, 1er quotidien koweïtien), du 5 juillet 2007.

 

 

Traduction de l’arabe pour la presse francophone : Nadine Makram.

 

 

Officiellement, les installations nucléaires de Boushehr, près du golfe Persique, constituent la première phase d’un vaste programme civil de production électrique à partir de centrales nucléaires. Les puissances occidentales, mais aussi la Turquie, l’Égypte et les pays arabes du Golfe, craignent que, sous couvert d’un programme de recherche civil, Téhéran puisse acquérir suffisamment d’expertise pour produire des armes nucléaires. En 2002, une série de révélations ont heurté les chancelleries occidentales et modifié leur évaluation de la menace iranienne. Le premier choc est survenu en août 2002, lorsqu’un groupe d’exilés iraniens a révélé que le régime islamique faisait construire des installations permettant l’enrichissement de l’uranium, à Natanz (environ 350 km au sud de Téhéran). Lorsque le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, s’est rendu sur le site, en février 2003, les installations de Natanz contenaient déjà 160 centrifugeuses fonctionnelles et des pièces pouvant permettre l’assemblage de 1000 autres. En plus, l’Iran a fait construire une usine à Arak, au centre du pays, pour la production d’eau lourde, qui peut, certes, être utilisée dans certains types de centrales nucléaires, mais qui peut également servir à la production de plutonium. Suite à sa visite, El Baradei a commencé à s’interroger sur l’utilité, pour l’Iran, de produire de l’eau lourde, puisque ce pays ne possédait aucune centrale à eau lourde (1).

 

Dans son rapport de juin 2003, El Baradei a soulevé une autre question restée ouverte, à savoir : l’usage que l’Iran entend faire des deux tonnes d’uranium, achetées à la Chine en 1991, dont une partie prenait la forme d’hexafluorure d’uranium (UF6) et de tétrafluorure d’uranium (UF4). L’UF6 est une forme de gaz à partir duquel on peut enrichir l’uranium à l’aide de centrifugeuses. L’AIEA a noté qu’un des cylindres contenant l’UF6 importé pesait 1.9 kg de moins que ce qui était déclaré, ce à quoi l’Iran a répondu que les quantités manquantes résultaient d’une fuite de cylindres, constatée un an auparavant. D’autre part, la plupart de l’UF4 importé a été converti en uranium métal. Pour l’AIEA, l’usage de cet uranium métal doit être éclairci, puisque aucun des réacteurs dont dispose l’Iran aujourd’hui ne requiert d’uranium métal pour la production d’électricité. Ce questionnement est lourd de conséquences, étant donné que l’uranium métal est essentiellement employé dans la fabrication d’armes nucléaires.

 

Il est toutefois difficile d’accuser l’Iran de ne pas avoir respecté ses engagements internationaux sur la question nucléaire. Le Traité de non-prolifération (TNP) permet aux États signataires de développer leur capacité nucléaire, à usage civil, tant qu’ils permettent à l’AIEA d’effectuer des inspections de leurs installations. Sous couvert de ce traité, un État peut néanmoins développer une formidable capacité nucléaire, qui peut ensuite être facilement détournée vers un usage militaire, s’il se retire du traité. L’Iran affirme développer son programme nucléaire en vue d’atteindre l’autonomie dans l’alimentation de ses centrales nucléaires. Il est cependant curieux que la République islamique recherche une telle alternative aux ressources hydrocarburées, qu’elle détient pourtant en quantité colossale. Bref, si l’AIEA n’a pas établi avec certitude que le programme nucléaire iranien est bien militaire, elle ne peut non plus certifier qu’il est exclusivement civil (2).

 

L’acquisition de l’arme atomique par l’Iran impliquerait plusieurs types de dangers. D’abord, sa doctrine d’emploi serait-elle rationnelle (3) ? Le président iranien, qui n’a aucun état d’âme à propos du « choc des civilisations », a une vision du monde actuel et des temps à venir, qui prétend pressentir et hâter le retour apocalyptique du Mahdi, l’imam caché. Pour certains (4) ce retour du douzième imam nécessite la disparition préliminaire de l’État d’Israël, symbole de l’humiliation musulmane et du colonialisme occidental, aux yeux des islamistes, mais aussi de nombreux nationalistes. Les propos belliqueux de Mahmoud Ahmadinejad qualifiant cet État voisin de « tumeur » à « rayer de la carte », posent la question de la rationalité de la politique iranienne. En ce sens, les menaces réitérées proférées à l’encontre de Jérusalem doivent être entendues comme un casus belli officiel et permanent. Certains analystes réfutent l’éventualité d’un usage irrationnel de l’énergie atomique et soutiennent que les objectifs de l’Iran nucléarisé sont, au contraire, bien rationnels : sortir de son isolement régional et répandre la doctrine islamique chiite pour lui assurer une hégémonie mondiale (5). Les deux hypothèses peuvent être simultanément probables.

 

Deux stratégies peuvent se combiner pour l’Iran : l’acquisition de l’arme nucléaire et, sous ce parapluie, la pratique concomitante du terrorisme international. Jusqu’à la réalisation de ce couplage destructeur, le régime islamique doit démontrer son leadership non seulement sur le Moyen-Orient arabe mais sur le monde islamique planétaire. Pour gagner du temps, il est prêt à prodiguer la fausse monnaie du langage d’apaisement dans l’espoir de duper les démocraties européennes « molles », au moment où les États-Unis et leurs alliés sont préoccupés par les difficultés en Irak. L’Iran d’Ahmadinejad est convaincu qu’une fois la bombe acquise, les rapports de force dans la région changeront, de façon radicale et durable, à son avantage, et qu’il sortira définitivement de ce qu’il vit comme un encerclement.

 

L’acquisition d’une arme nucléaire par la République islamique représenterait un bouleversement régional et mondial. Outre les raisons évoquées plus haut, une bombe iranienne renforcerait les éléments les plus radicaux en Iran - qui seraient confortés par ce succès majeur -, et aurait un lourd impact sur la course aux armements au Moyen-Orient, puisque l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie seraient puissamment incitées à revoir leur engagement de ne pas acquérir l’arme nucléaire.

 

La bombe iranienne remettrait aussi en cause la fragilité d’un cercle vertueux dans la région, mais encore, probablement – après la sortie de la Corée du Nord du TNP en 1993 –, l’ensemble du régime de non-prolifération, qui ne résisterait pas à un assaut de cette envergure dans une partie du monde stratégiquement sensible (6). C’est ainsi que tout le système mondial de prévention du risque atomique s’écroulerait, puisque sa clef de voûte, le TNP, ne servirait plus à rien si un de ses pays signataires (en 1970) – et qui en respecte officiellement les dispositions – pouvait impunément acquérir l’arme suprême. Une telle extrémité relancerait une nouvelle fois la prolifération, que la communauté internationale a, depuis près de quatre décennies, tenté d’éviter, et perturberait ainsi le système international de façon profonde et durable.

 

Même si l’on reconnaît que ce n’est pas dans un an que Téhéran placera une charge nucléaire sur un missile Shahab de longue portée, il y a de grandes chances que l’Iran finisse par se doter de cette arme redoutable. La puissance de l’État, sa stature, ses compétences, sont capables de l’amener au but que ses dirigeants poursuivent depuis plus de trois décennies.

 

Que peuvent donc faire les États-Unis s’ils s’engagent dans une confrontation ? L’option la moins vraisemblable serait le déclenchement d’une guerre analogue à celle menée contre l’Irak. Mais l’Iran est un pays d’une tout autre envergure, par sa dimension, sa population, ses ressources, sa position géostratégique. Une confrontation militaire nécessiterait l’engagement de forces considérables. Les forces iraniennes, divisées entre une armée classique et le corps des Gardiens de la révolution, ne disposent, en réalité, que de crédits restreints et ne représentent qu’une puissance limitée, mais, en dehors peut-être des régions kurde, au nord-ouest, et baloutche, au sud-est, la résistance pourrait être indéfiniment prolongée dans toute la partie centrale du pays.

 

Dans le même temps, se contenter de pressions diplomatiques et de sanctions économiques à l’encontre de l’Iran peut, à l’inverse de l’effet recherché, renforcer la frange extrémiste du régime, en fusionnant les courants nationalistes et fondamentalistes de l’opinion iranienne. Attendre l’élection présidentielle américaine, et une éventuelle révision de la politique des États-Unis à cette occasion, ferait perdre un temps précieux. Obliger Téhéran à signer le Protocole additionnel au TNP (7), qui dote l’AIEA de pouvoirs plus étendus pour l’inspection de sites nucléaires (8), serait insuffisant pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire, puisque ce dernier peut se retirer du TNP à tout moment. Multiplier les sanctions économiques serait inefficace : la République islamique dispose de la troisième réserve mondiale de pétrole. Elle exporte 2,7 millions de barils par jour, dont la plus grande partie est écoulée en Asie (le Japon dépend d’elle pour 15% de ses importations pétrolières, et la Chine pour 13%), mais aussi en Europe (0,8 millions de barils par jour). On voit mal, dans ces conditions, quelles sanctions internationales pourraient efficacement frapper l’Iran sans faire flamber le prix du brut. On peut donc se demander si les sanctions ne sont pas, avant tout, pour l’Occident – et en particulier pour l’Europe – un moyen de s’assurer une bonne conscience.

 

Si le plus grand danger était le niveau de maîtrise de la technologie nucléaire, l’option coercitive la plus probable serait la destruction ciblée des centres industriels et nucléaires supposés capables de produire un jour des armes atomiques. Mais la réaction iranienne, déjà annoncée, ne se limiterait sans doute pas à une rupture avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), et pourrait se traduire par des initiatives déstabilisant le dispositif politique et militaire américain en Afghanistan – et indirectement au Pakistan. Le moins que l’on puisse dire est que Téhéran est en position de force. Et cela rend d’autant plus nécessaire une action ferme des États-Unis contre la République islamique.

 

Masri Feki *

 

© Al-Seyassah pour l’original arabe, Masri Feki pour la traduction française.

 

 

* Né au Caire, Masri Feki est président de l’Association Francophone d’Etudes du Moyen-Orient (AFEMO) et auteur de nombreuses publications sur le Moyen-Orient, dont L’axe irano-syrien, géoplitique et enjeux, Editions Studyrama, Paris, juillet 2007.

 

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Notes :

 

(1) Pierre Jolicoeur, "L’Iran et la question nucléaire", Revue Points de Mire, Centre d’Études et des Politiques Étrangères et de sécurité (CEPES), 15 septembre 2003, vol. 4, no 6.

(2) Selon l’agence de presse iranienne IRNA, le 21 février 2007, le Directeur général de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, affirmait, au sujet du programme nucléaire iranien, qu’il faudrait six mois à Téhéran pour atteindre des « capacités industrielles » (militaires).

(3) Luc Barochez, "Nucléaire iranien : pourquoi il faut être pessimiste", Le Figaro, 7 mars 2006.

(4) Le Mahdi attendu est le futur calife bien guidé, qui rétablira l’unité des musulmans à la fin des temps, selon la foi chiite.

(5) Raphaël Draï, "Après la bombe, le plan ultime de l’Iran", Le Figaro, 30 août 2006.

(6) Thérèse Delpech, L’Iran, la bombe et la démission des nations, éditions Autrement, Paris, 2006, p. 10.

(7) Ce protocole avait été négocié à la suite de la découverte d’un programme nucléaire clandestin en Irak, au début des années 1990. À ce jour, 78 pays signataires du TNP, sur les 188, ont paraphé ce protocole, mais pas l’Iran.

(8) En vertu du Protocole additionnel du TNP, les inspecteurs de l’ONU peuvent inspecter des sites non déclarés, par différents moyens, comme la prise d’échantillons environnementaux ou la visite sans préavis de sites suspects, etc.

 

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Mis en ligne le 09 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org
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