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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 15:22
Mise au point pour Iran-Resist

Ce matin, Iran-Resist (IR) affiche une critique personnelle fort décevante. La pomme de discorde est un récent article de Daniel Pipes — Il faut déchaîner l’opposition iranienne — consacré à l’OMPI, un mouvement iranien au passé sulfureux. En tant que traducteur de cet article, je me sens interpelé.

IR déclare notamment:

À cette occasion, [Daniel Pipes] a écrit un texte élogieux sur l’OMPI et sa présidente Maryam Radjavi, appelant les Etats-Unis à réhabiliter ce mouvement et en faire son principal allié en Iran.  (…)

Dans cet article, Pipes nous invite à oublier la qualification de marxiste-islamique terroriste à propos de ce mouvement. (…)

Pipes s’adresse à des gens naïfs ou il prend ses lecteurs pour des idiots (…)

En fait, Pipes propose d’aider un groupe qui est incapable de s’auto-défendre et incapable de fédérer la haine des Iraniens pour les mollahs. (…)

Alors que Daniel Pipes avait écrit:

Comme Patrick Clawson and moi le suggérions il y a quatre ans, «pour dissuader les mullahs d’adopter une attitude hostile (soutenir le terrorisme contre les troupes de la coalition en Irak, fabriquer des armes nucléaires), il pourrait se révéler fort utile de menacer que les États-Unis ne rencontrent l’OMPI ou ne lui fournissent leur aide dans sa campagne d’information contre le régime». 

En relisant l’article de l’époque, on voit qu’il s’agissait, pour Daniel Pipes, de simplement cesser d’entraver l’action de l’OMPI. Daniel Pipes relève que le mouvement n’a plus recouru au terrorisme depuis des décennies, bien qu’il dispose d’une armée de plusieurs milliers d’hommes. Quelque 10.000 de ses membres ont été massacrés par les Mollahs en 1988, ce qui illustre bien la profondeur de son antagonisme envers le régime iranien.

Que l’OMPI soit capable ou non de fédérer les mouvements anti-gouvernementaux (est-il jamais utile de fédérer la haine, comme le propose IR?) est tout au plus écrit dans les étoiles. Il y a certes des raisons d’en douter, mais qui peut émettre ici de quelconques affirmations définitives? Et même si l’OMPI en était de toute évidence incapable, pourquoi l’empêcher de tenter sa chance, même sans «fédération», contre un régime qui constitue un ennemi autrement plus puissant et dangereux et dont les valeurs, toujours actuelles, sont au moins aussi inquiétantes que celles, semble-t-il réellement révolues, de l’OMPI? 

À titre d’exemple, le Hezbollah, lui, n’a jamais renoncé à l’usage de la violence contre des civils et il est reçu officiellement en France. Concrètement, en qualifiant l’OMPI de groupe terroriste alors qu’il ne représente plus de danger pour l’Occident, on fait une fleur aux mollahs. Ce n’est pas raisonnable. Il faut le dire.

Daniel Pipes propose des références pour chacune de ses assertions. IR choisit de faire croire que Pipes parle uniquement, en fait d’aide offerte par l’OMPI à l’Occident, d’images satellites provenant en fait d’Israël. Voici pourtant ce qu’on peut lire en suivant la référence indiquée par Daniel Pipes:

Can the MEK be useful? Yes. Western spy agencies are short on “human intelligence” - meaning spies on the ground in Iran, as distinct from eyes in the sky. Coalition military commanders should seek out the MEK for information on the Iranian mullahs’ agents in Iraq. The MEK can also supply key information on developments in Iran - where, despite a tendency toward exaggeration, it has had some major scoops. Its information in mid-2002 about Iran’s nuclear program, for example, was better than what the International Atomic Energy Agency knew, thereby leading a shocked U.S. government to kick off an investigation that confirmed just how far advanced the Iranians are toward building a nuclear bomb.

Daniel Pipes n’invite pas à «oublier la qualification de marxiste-islamique terroriste», il donne des raisons pour la considérer comme appartenant au passé de cette organisation:

Mais ces obstacles n’ont pas empêché l’OMPI de claironner que l’islamisme est la nouvelle menace mondiale, de fournir des renseignements importants à l’Occident (par exemple sur le programme nucléaire iranien), de terrifier le régime de Téhéran et de mettre sur pied de grandes manifestations de solidarité contre le régime iranien.

Et, dans l’article référencé (qui date de quatre ans):

Is the MEK a terrorist group? No. It used terrorism decades ago, when its members attacked Americans. For the last 15 years, however, the MEK has been organized as an army, and its only violent actions have been directed against the Iranian regime. Unlike Hezbollah (which targets Jewish community centers and shoots rockets into civilian areas), the MEK attacks specific regime targets. Unlike the PLO (whose leaders were terrorists more recently and arguably still are), the MEK really has foresworn this barbaric tactic.

Personne ne parle de faire de l’OMPI un «principal allié», comme le prétend IR pour mieux fonder une réaction en fait épidermique. Mais quelle autre organisation iranienne possède un rayonnement comparable en Occident? Sans terrorisme depuis des décennies? Sans théories conspirationnistes? Le passé de l’OMPI lui vaut des inimitiés sans doute justifiées, et qu’il ne faut certainement pas excuser, mais ceux qui ne misent pas sur l’avenir n’ont guère de chances d’en faire partie.

Et pourquoi de telles calomnies de la part d’IR:

En remontant même plus loin dans ses écrits, nous avons déniché un texte datant de 1980, dans lequel il se félicitait que grâce à la révolution islamique les Iraniens aient détruit toutes les grandes avancées industrielles et technologiques du régime du shah.

Cette présentation n’est soutenue d’aucune manière par le texte en question, qui compare la situation actuelle des pays producteurs de pétrole à celle de l’Espagne du XVIe au XXe siècle. Comme l’Espagne d’alors, qui vivait de ses gisements d’or et d’argent situés en Amérique du Sud et dont la richesse ne devait rien à ses qualités propres et à son travail effectif, les pays producteurs de pétrole profitent d’une rente de situation et risquent, comme l’Espagne de l’époque, de sombrer avec la diminution de leurs richesses naturelles. Dans ce contexte, Daniel Pipes notait (je rappelle que ce texte date de juillet 1980, quelques mois avant le début de la guerre Iran-Irak):

Il pourrait en être autrement en Iran. Depuis que le mouvement visant le renversement du shah a pris son essor, en 1978, les Iraniens se concentrent sur des questions politiques et ignorent presque entièrement les affaires économiques. Ainsi a eu lieu un événement majeur, mais peu remarqué: l’Iran a effectué sa transition vers une économie post-pétrolière. Il est devenu le seul producteur pétrolier majeur à avoir renoncé à ces enivrants milliards pour vivre par ses propres moyens. Cette transition n’est certes ni aisée ni terminée, mais elle s’est bien déroulée pour l’instant parce qu’elle était le résultat d’une action volontaire. (…)

Il y a deux ans, l’Iran exportait six millions de barils par jour; aujourd’hui, ses exportations ont baissé jusqu’à passer peut-être sous la barre du demi-million de barils par jour. En dépit du doublement des prix du brut, les revenus pétroliers iraniens ont chuté de près de 75%.

D’un certain point de vue, cet arrêt volontaire des exportations de pétrole pourrait bien être l’aspect le plus significatif de la révolution iranienne. Alors que d’autres pays n’envisagent pas encore la vie sans les milliards du pétrole, l’Iran a franchi le pas. Il continue de compter sur certains revenus pétroliers, et sa révolution n’est pas achevée, mais ses difficultés pourraient fort bien se révéler bénignes comparées à l’agonie d’autres exportateurs de pétrole. Le point essentiel est celui-ci: une catastrophe potentielle semble pouvoir être évitée aisément parce que les Iraniens eux-mêmes, et non un acteur extérieur, ont décidé de limiter leur dépendance du pétrole.

Hélas, cet élément positif ne s’est guère imposé, notamment à cause de la guerre engagée par Saddam Hussein. Mais pour tirer parti de cet avantage, il fallait commencer par en devenir conscient. C’est pourquoi Daniel Pipes en parlait, en mettait en évidence les tenants et aboutissants. De même qu’aujourd’hui il parle des implications prévisibles de la politique américaine (occidentale) envers l’OMPI.

UPDATE: voir le point de vue d’Eric Gaillot.

dimanche, juillet 22, 2007

AJM soutient Pipes qui soutient l’OMPI contre l’avis d’Iran-résist.
Une « Mise au point pour Iran-résist » vient d’être éditée par Alain Jean Mairet au sujet de la position pro-OMPI défendue par Daniel Pipes dans un récent article intitulé : « Il faut déchaîner l’opposition iranienne ». Si je commente cette dispute, c’est que j’ai moi-même relevé l’étrangeté de la position de Daniel Pipes il y a déjà quelques jours dans un post intitulé : « OMPI : Daniel Pipes tombe dans le piège des islamistes » et que je me retrouve, de fait, en convergence avec Iran-résist donc en opposition avec AJM. Du coup, j’ai relu en détail la « mise au point » d’AJM que j’aurai presque préféré, finalement, ignorer.

En effet, dans sa mise au point, Alain Jean Mairet publie l’extrait d’un texte de Daniel Pipes datant de 1980 cité par Iran-résist et que je n’étais pas allé lire. Or, que dit Daniel Pipes dans ce texte ? « Depuis que le mouvement visant le renversement du shah a pris son essor, en 1978, les Iraniens se concentrent sur des questions politiques et ignorent presque entièrement les affaires économiques. Ainsi a eu lieu un événement majeur, mais peu remarqué: l’Iran a effectué sa transition vers une économie post-pétrolière. Il est devenu le seul producteur pétrolier majeur à avoir renoncé à ces enivrants milliards pour vivre par ses propres moyens. Cette transition n’est certes ni aisée ni terminée, mais elle s’est bien déroulée pour l’instant parce qu’elle était le résultat d’une action volontaire. (…)Le point essentiel est celui-ci: une catastrophe potentielle semble pouvoir être évitée aisément parce que les Iraniens eux-mêmes, et non un acteur extérieur, ont décidé de limiter leur dépendance du pétrole. » Source : Daniel Pipes via Alain Jean Mairet.
Lire l’article complet.

Alain Jean Mairet n’a pas rendu service à Daniel Pipes en éditant ce texte car il montre, avec le recul de 25 années, combien Daniel Pipes s’est complètement planté. Son analyse est du niveau d’un article banalisé, c’est à dire orienté, du quotidien Le Monde. Interpréter la baisse des revenus pétroliers observée dans les premières années du régime islamiste de Téhéran comme une volonté politique des Mollahs de préparer l’ère post-pétrole promettant ainsi au pays d’éviter « une catastrophe potentielle » apparaît aujourd’hui d’une stupidité irrésistible. En effet, si les revenus pétroliers de l’Iran sont en baisses, nous savons aujourd’hui exactement pourquoi. En tout cas, les raisons régulièrement évoquées et analysées par Iran-résist me semblent nettement plus fiables que celles de Daniel Pipes à l’époque. Il serait très intéressant d’interroger aujourd’hui Daniel Pipes sur ses positions des années 1980.

En tout état de cause, ce texte remis au jour par Alain Jean Mairet me conforte dans
ma position exprimée à chaud contre l’appel, ou la suggestion, de Daniel Pipes en faveur de l’OMPI. Ma position négative vis à vis du Fatah que l’occident soutient en tant que force locale pour faire le sale travail contre le Hamas obéit à la même logique. Le retournement d’Al Qaïda contre les Américains une fois le sale travail pour réduire les Soviétiques en Afghanistan effectué devrait pourtant nous servir de leçon (*). On ne traite ni sous-traite avec des islamistes quels qu’ils soient sans en payer à terme le prix fort. La seule façon d'éviter d'être systématiquement rançonnés voire menacés est de les réduire à notre tour dès leur mission terminée. Refuser cette logique revient à jouer aux apprentis sorciers.

(*) Il faut toutefois considérer ceci : ce qui fait la différence entre la politique islamiste américaine et la politique islamiste européenne, c’est que les Américains ont un objectif supérieur (contrôler l’Asie) qui légitime, sans garantir absolument les résultats, des compromis inférieurs avec des islamistes locaux (les Mollahs en tant que pétroliers). Dans le cas européen, notre politique islamiste est seulement une politique d’apaisement de type munichoise. Je ne suis d’ailleurs toujours pas convaincu que Nicolas Sarkozy échappe à la règle européenne car le projet encore très flou d’Union méditerranéenne n’est peut-être rien d’autre qu’une forme subtile de politique d’apaisement. Car, en somme, avec l’Union méditerranéenne, nous tablons sur des régimes islamistes modérés pour bâtir de nouvelles institutions avec lesquelles nous pourrons organiser d’une façon civilisée…notre dhimmitude. Cette dhimmitude est la condition absolue pour que l’Union méditerranéenne intéresse nos voisins du Sud et comme les Européens n’imaginent rien de pire que la guerre, la seule alternative à la dhimmitude - sur ce point-là, je suis d'accord avec Daniel Pipes citant Dennis Prager - cette dhimmitude semblera aux Européens une chance à saisir. Braves Européens….

Vive la République et par-dessus tout, vive la France !

© Eric GAILLOT, mis en ligne le 22 juillet 2007.

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1 Commentaire(s):
Alain il/elle a dit...

Je rappelle que le «soutien» de Daniel Pipes à l’OMPI se résume à recommander de cesser de considérer ce mouvement comme un groupe terroriste, ce qu’il n’a plus été depuis des décennies, et à constater publiquement que sa rhétorique affichée est exempte de conspirationnisme, ce qui lui semble assez exceptionnel pour être signalé (à lui qui est l’auteur de deux ouvrages consacrés précisément aux théories du complot).

On peut bien se déclarer ouvertement l’ennemi de l’islamisme sous toutes ses formes (comme Daniel Pipes) ou même de toute manifestation de la religion islamique (comme votre serviteur) sur le plan des idées – cela permet de bien se situer dans les débats et les options stratégiques. Mais il est simpliste et un peu puéril de rejeter en bloc tous les intervenants qui peuvent s’inscrire parmi les courants d’idées adverses.

Le fait est que l’islamisme, ou la religion islamique dans ma vision des choses, est une composante omniprésente du monde musulman. Ne pas se servir des bonnes idées et des élans positifs qui interviennent dans ce contexte est une maladresse et une promesse d’échec.

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

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Si'htanout > rationalisme

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Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

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