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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 11:07
Emmanuel Navon: "La division de la droite israélienne s'articule autour de la question religieuse"

 
La droite israélienne est-elle vraiment la droite la plus bête qui soit ? C’est du moins ce que prétendent ses critiques, à gauche, bien entendu, mais pas seulement. Il lui est reproché, pêle-mêle : un nationalisme outrancier, une dérive libérale, un sur-place politique, un vide cérébral, l’absence de leadership et, pourquoi pas, le réchauffement de l’atmosphère, etc. Ces derniers temps, l’éclosion d’une « nouvelle droite » est de plus en plus évoquée. Emmanuel Navon est professeur de sciences politiques, à l’université de Tel-Aviv. Et quand il n’enseigne pas, il scrute ces lames de fond qui rendent passionnante la politique israélienne. (Israel Valley).
 
  
 

16/10/07

 

Interview réalisée par Mati Ben-Avraham pour Israel Valley

 

Sur le site de Israel Valley.

 

 

 

Jérusalem

 


Mati Ben-Avraham :
Une mise en perspective pour débuter, dans la mesure où le jeu politique, ici, est, somme toute, d’importation récente…

 

Emmanuel Navon : Historiquement, la droite israélienne diffère, au niveau idéologique, sur de nombreux plans de la droite européenne ou américaine. D’abord parce que, avec la création progressive du Yishouv, à partir de la fin du XIXe siècle, il y a eu une domination de la gauche sioniste. Les principaux dirigeants de l’époque étaient des socialistes est-européens. Et il n’y avait pas, alors, une véritable idéologie conservatrice telle qu’elle existait en Europe. Il y avait bien quelques groupes sociaux, tels les sépharades, qui vivaient en terre d’Israël depuis de nombreux siècles, qui avaient une vision du monde plutôt conservatrice. Mais, effectivement, c’est du côté de Zeev Jabotinsky qu’il faut trouver une fondation idéologique d’une droite laïque, qui s’est constituée elle-même en Europe de l’est, mais en opposition au sionisme socialiste, enclin à des compromis en ce qui concerne la division, par les britanniques eux-mêmes, de leur mandat, en parties orientale et occidentale du Jourdain, en 1922. Il s’agissait essentiellement d’une droite laïque, Jabotinsky lui-même était un penseur laïc, qui se modelait sur les mouvements nationalistes européens de l’époque. Maintenant, cette droite laïque a été totalement mise à l’écart depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948 du fait de la domination du système politique et social par le Mapaï, le parti de Ben-Gourion, et, finalement, ce qui caractérisait cette droite était son opposition au partage de la Palestine mandataire telle qu’elle avait été définie par la Société des Nations. Maintenant, cette droite divergeait en de nombreux points, des droites européennes, marquées par le marché libre au plan économique et des relations étroites entre l’Etat et la religion. Sur le plan économique, elle n’inclinait pas au libéralisme. Pour ce qui concerne la relation Etat-religion, les dirigeants du Hérout, le parti de Menahem Begin avant la création du Likoud en 1970, étaient, pour la plupart, enclins à un certain traditionalisme religieux, mais le parti était largement laïque, et ne prônait pas des relations étroites entre la religion et l’Etat, ou un Etat avec une forte connotation religieuse.
Lorsque la droite israélienne a fini par arriver au pouvoir, grâce à Menahem Begin, en 1977, elle avait un programme bien défini sur le plan diplomatique et politique, à savoir l’opposition à tout retrait de la moindre parcelle du territoire israélien, mais elle restait dans le vague concernant l’économie et les rapports entre l’Etat et la religion. D’ailleurs, le Likoud, tel qu’il avait été créé en 1970, à l’initiative d’Ariel Sharon - l’union donc entre le Herout de Menahem Béguin et le parti des libéraux, était défini essentiellement par son opposition à la mainmise socialiste du Mapaï sur l’économie israélienne, et avait, sur le plan diplomatique, des positions centristes, sinon même de gauche. Il en était de même quant aux relations entre l’Etat et la religion. En cela, le parti des libéraux était plus proche des droites européennes.

 

MBA : Mais cette droite ne s’est-elle pas laissé tenter trop facilement par les aspirations messianiques des religieux à kippas tricotées ?

 

Emmanuel Navon : Il faut bien distinguer entre le Hérout tel qu’il est né en Europe de l’est, et les partis religieux israéliens, plus enclins à s’identifier avec la droite qu’avec la gauche, mais à condition de bien marquer la différence entre ces partis, en particulier le parti national religieux sioniste et la droite historique laïque. La construction de localités juives israéliennes, dans les territoires détenus par les Jordaniens depuis 1948, a été initiée par les gouvernements travaillistes. Il est vrai que, depuis l’accession de la droite au pouvoir en 1977, cette construction a été accélérée, notamment par Ariel Sharon, qui en fut alors le principal architecte en Judée-Samarie, mais pour des raisons purement stratégiques. Ariel Sharon était un laïque, qui a collaboré sur certains plans avec les religieux de Goush Emounim, mais sa motivation ne répondait pas à un impératif religieux. Ce fut un mariage circonstanciel, dont le divorce a été prononcé lors du retrait de la bande de Gaza, en 2005.

 

MBA : L’expression "nouvelle droite" fait florès, ces temps derniers. En quoi tient sa nouveauté ?

 

Emmanuel Navon : Je ne crois pas qu’il y ait une nouvelle droite. Encore une fois, les mots droite et gauche, en général, expriment des politiques et des idéologies différentes sur des sujets de base touchant notre vie quotidienne. Ce qui n’est pas propre à Israël. Simplement, après la Guerre des Six Jours et celle de Kippour, il y a eu l’émergence d’un courant sionisme religieux qui voyait – et qui continue à voir -, dans le peuplement de la Judée-Samarie, l’impératif religieux par excellence. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une nouvelle droite. C’est plus simplement une famille idéologique au sein de la société israélienne, qui était relativement peu importante avant la création de l’Etat et immédiatement après.

 

Il est vrai que, ce que l’on voit aujourd’hui au sein de la droite israélienne, c’est une scission qui se dessine autour de la question de la religion. Par exemple, le Likoud, qui est le principal parti de droite, et le parti de Avigdor Liberman, également à droite, qui sont essentiellement laïques, sont prêts à des compromis territoriaux alors que des partis de droite, à forte connotation religieuse, s’opposent à tout compromis territorial, pour des raisons idéologiques. Je dirai donc que la division, aujourd’hui, au sein de la droite, s’articule autour de la question religieuse, tandis que, sur les autres questions, économiques, sociales, la majorité des dirigeants de cette droite penchent pour le libéralisme.

 

MBA : J’entends bien, mais je pensais surtout à ce courant qui gravite autour du "Mercaz Shalem" (Centre Shalem) à Jérusalem, qui s’exprime dans la revue Azure, traduction en anglais de "Tkhelet", et qui, face au désarroi de la société civile, élabore une pensée politique qui pourrait être classée sous l’étiquette "néo-droite".

 

Emmanuel Navon : Le Mercaz Shalem, créé voici une dizaine d’années et qui publie cette revue Azure, peut être effectivement comparé à la mouvance néo-conservatrice aux Etats-Unis, mais son but essentiel, aujourd’hui, est de fournir une alternative idéologique au sionisme, alternative à la fois au machiavélisme purement laïque, qui fut celui des pères fondateurs de l’Etat, en particulier ceux issus du Mapaï, mais encore alternative aux idées post-sionistes qui se sont fait jour en Israël ces dix dernières années. Il est vrai que le Centre Shalem appartient idéologiquement à la droite. Il ne s’agit pas, cependant, d’un Centre qui est promu par un parti politique, ou une famille politique. Il s’agit plutôt d’un Centre de recherches, qui est formé par des intellectuels d’horizons différents, dont le but est, effectivement, de renouveler le débat idéologique qui a été, je dirais, accaparé par la question des territoires, du conflit israélo-arabe, ces quarante dernières années. Il s’agit de fournir des idées nouvelles, d’enrichir le débat public sur les questions essentielles : la place d’Israël dans le monde, sa politique étrangère, l’identité du peuple juif, la politique économique à mener, etc. ; c’est donc un panel assez large de sujets politiques, économiques et religieux. Le Centre Shalem est, je le répète, identifié à la droite, mais il ne s’agit pas d’une nouvelle droite. Je dirais qu’il s’agit d’une tentative, bienvenue à mon avis, de renouveler un débat qui s’est singulièrement appauvri ces dernières années, d’où le succès des thèses post-sionistes qui dominent, malheureusement, le discours dans les universités, les médias israéliens, et dans certains journaux, en tout cas.

 

MBA : un dernier mot sur ce point : d’après ce que j’ai cru comprendre, l’objectif n’est pas simplement la conquête des universités, mais bel et bien une participation au jeu politique, non ?

 

Emmanuel Navon : Le constat est simple : aujourd’hui la gauche, au plan idéologique, domine tout le débat politique. Elle est présente, au plus haut niveau, dans les institutions majeures du pays : la Cour suprême, les universités - où la majeure partie des départements sont dirigés par des professeurs de gauche -, sans oublier les médias. Et, effectivement, le but du Mercaz Shalem est de rééquilibrer les choses, d’apporter les idées, de permettre leur expression en direction du grand public. Il s’agit là, je pense, d’une volonté de casser une pensée univoque, de mener à davantage de pluralisme intellectuel, chose qui fait défaut dans l’Israël d’aujourd’hui.

 


Mati Ben-Avraham

 

 

 

© Israel Valley

 

 

Mis en ligne le 16 octobre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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