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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 07:27
On aura préalablement pris ses distances avec des interventions jugées parfois calamiteuses de l'auteur (AMD) sur certain forum. Le reproche majeur fait à sa démarche reposait, à ce moment-là, sur le sentiment d'une entreprise en réification du Texte (islamique), à partir duquel on devrait dégager insensiblement le comportement de toute personne issue de cette aire d'influence civilisationnelle, quelles qu'en soient (ou presque) le parcours, la formation, l'histoire familiale, etc. Il aurait donc fallu se méfier de tout transfuge, affilié, de près ou de loin à cet héritage commun à bien des groupes ou ethnies des bords de la Méditerrannée, jusqu'au fin fond de l'Indonésie, de l'Asie Centrale, etc. De là,  elle a pu un moment s'adonner à des interprétations étroites et fixistes des origines et de la personnalité de tel ou telle politique, intellectuel issu(e) d'une partie ou de l'autre du monde réputé "musulman". Selon elle, toute à une nouvelle forme de surdéterminisme culturel, il était quasi-impossible d''échapper à la règle de la Oumma, comme d'autres n'échappent, par ailleurs, pas aux rappels de la meute, y compris derrière leurs claviers ; d'où le sentiment qu'à une dérive sectaire répondait comme seule issue une autre dérive contre-sectaire, dans une sorte de combat métaphysique sans fin, s'alimentant lui-même en flattant les appêtits les plus vils. On aura tout aussi radicalement stigmatisé son refus de prendre en considération les inflexions socio-politiques et culturelles contre lesquelles, précisément, se barricade le monde islamique rigoriste pensant éternellement subvertir la résistance inhérente au principe de réalité, échapper à la diversité et l'altérité à chaque contact avec les façons d'être et de penser non-musulmanes... Au final, on pouvait croire à une absence d'alternative et au fait de répondre aux "Fous d'Allah" selon leurs propres critères, dans un non-débat stérile qui se mordrait la queue...

Il faut, par conséquent et avec le même souci d'impartialité et de cohérence, saluer les occasions de relancer le débat sur cette réalité humaine complexe, qui, selon nous, ne pourra s'en tenir à une lecture étriquée du Texte, rien que le Texte et tout le Texte, sans aménagements conséquents ou disparaître....

C'est précisément parce que le "Verbe" de l'Islam se donne pour ininterprétable qu'il convient de lui opposer le libre-arbitre de ceux qui, de l'intérieur comme de l'extérieur, osent le questionner et en déconstruire la mécanique implacable, potentiellement dévastatrice de toute expérience de cohabitation entre les peuples de la terre. On en a une illustration à travers l'archétype du conflit israélo-palestinien érigé en noeud gordien de l'avenir de l'humanité, ce qui n'est pas sans surestimer le rôle et les capacités des différents acteurs ; c'est encore ce qui est au coeur de l'actuel refus de la reconnaissance d'un Etat Juif au beau milieu des vestiges d'un projet panarabe qui capote depuis le différend Egypto-Syrien des années 77-79, la première guerre du Golfe -1991- ou encore l'émergence des rivalités pansunnites-panchiites depuis l'avènement de la Révolution islamique iranienne, puis la présence des Forces américaines tout autour de cet isolat menaçant la Région, depuis notamment les interventions en Afghanistan et en Irak -voir : L'axe Irano-Syrien de Masri Feki, aux éditions Studyrama, 2007.

C'est ce défi d'une esquisse des germes de l'avenir et des perspectives qu'il trace dès à présent qu'AM Delcambre se propose d'inventorier dans ce dernier ouvrage. Car l'humain est histoire, qu'on y reconnaisse ou non la Présence de Dieu (E.Fackenheim, La présence de Dieu dans l'Histoire, affirmations juives et réflexions philosophiques après Auschwitz, Verdier, 1970). L'Islam enseigne la soumission à une Révélation tenue pour parfaite en soi, le rôle de l'homme consistant, dès lors, à se conformer à une orthopraxie et à répandre le Message.

Cette propension passéiste va à l'inverse des autres monothéismes fondés sur l'appel à l'entendement de l'Homme : par exemple, selon la traduction rigoureuse de Raphaël Draï, la première question faite à Adam est : où en es-tu? renvoyant à une responsabilité et non à une culpabilité fondamentale. De même, lorsque Hachem s'annonce à l'homme (panim vé panim, face contre face et non seulement par la crainte et la soumission, contrairement à la traduction gréco-latine, il ne dit pas "être Celui qui Est", mais donne à entendre un énigmatique "Je Serai Ce que Je Serai", le futur d'une rencontre en devenir, un projet en perpétuelle re-création dans une Eternité dont nous ne percevons que les dimensions du déroulement et du dévoilement progressif...  La pensée Juive et l'Interrogation divine, PUF, 1996. 

C'est, par contre,  à la tension structurante entre tradition et modernité, au dialogue entre la créature et la Création, qui enfante le sujet libre et conscient du caractère inachevé du monde qui l'entoure, que croit pouvoir échapper la Doctrine de l'Islam. D'où un enfermement schizophrénique, sectaire et figeant entre la pseudo-perfection d'un "âge d'Or" à retrouver à toutes forces (l'Andalousie d'Al Qaeda et de Malek Chebel) et un présent factuel forcément décevant puisqu'il ne répond pas aux aspirations hégémoniques des Croyants, face aux "Mécréants", contenus dans la longue liste de tous ceux qui ne définissent ni leurs actes ni leurs pensées par référence à la prétendue perfection originelle du Message sans autre interprétation que l'application à la lettre (orthopraxie sans discussion, rétive à toute "démocratisation" encore imposée de l'extérieur, par confrontation avec le monde libre aujourd'hui).

Ce travail de réflexion d'Anne-Marie Delcambre pourra aussi se voir opposer les arguments d'autres précieux débatteurs de cette question, comme l'école Pipes, que traduit opportunément Alain Jean Mairet en francophonie. On appréciera au passage l'ironie quasi-talmudiste de l'ami AJM, qui assure que, dans la cadre d'une controverse intense et passionnée, deux avis, qui valent mieux qu'un, peuvent, dos à dos, avoir également raison et conserver leur intégrité, dans la synthèse qu'en conservera le lecteur libre d'adhérer pour partie à l'essentiel des argumentaires et viscéralement soucieux d'échapper au fatum du "Dogme".

A l'heure où des exemples concrets, incarnés, souvent féminins, comme Wafa Sultan, disent leurs 4 vérités à l'immobilisme fondamentaliste, tout en revendiquant et risquant leur "peau" de "musulmane modérée", culture ou éducation à laquelle elle ne prétend pas échapper intégralement, il serait grand temps qu'on ne claque plus la porte au nez de celles et ceux qui manifestent âprement leur désir sans concession d'émancipation et de participation au XXIè siècle. Cette ère pourrait bien commencer par être "religieux", comme l'annonçait Malraux, mais en commençant par l'aborder de façon dépoussiérante et critique, plutôt qu'accroché désespérement aux vieilles lunes héritées du Moyen-âge.  Comment prendre pour référentiel les comportements d'une époque caractérisée par sa fermeture sur un monde fixé une fois pour toutes par quelque Loi ancestrale, voire pré-tribale, réinterprétée, voire détournée de son sens premier? Telle est pourtant l'ambition de ce Texte retardataire et largement inadapté aux défis qu'il prétend relever ... Le saut qualitatif d'une réactualisation des sources serait susceptible de nous libérer au moins partiellement des risques de "choc des civilisations" tels qu'on tente de les déjouer actuellement. Car, face aux menaces globales venant frapper chez soi, l'isolationnisme n'était plus de mise. Le principe d'ingérence est devenu légitime à partir du refus responsable de rester insensible à l'extension des conséquences géopolitiques des exactions que répandaient les "Fous d'Allah" sur les peuples qu'ils tentent de soumettre à leur domination...

November 12th, 2007 by ajmch

Le dernier livre d’Anne-Marie Delcambre devrait être livrable dès cette semaine. J’ai de nombreuses raisons de le recommander: je l’ai lu d’une traite avec grande joie, j’en ai reçu un exemplaire dédicacé, je suis mentionné à l’intérieur au titre de traducteur français de Daniel Pipes, dont les divergences d’opinion et les échanges personnels avec Anne-Marie Delcambre forment en quelque sorte le fil rouge de cet ouvrage, lequel est enfin très bien écrit et agréablement structuré.

Et surtout, ce livre est consacré à une question tout à fait centrale pour l’Islam, à mon avis, celle de son avenir: sera-t-il soufi ou mufti, deviendra-t-il moderne, humain, compréhensif et fraternel (pour l’ensemble des vivants et non plus seulement pour les «frères») ou gardera-t-il cet air arriéré, haineux, rigide, légaliste et normatif hérité de la fable de son improbable prophète?

Selon Daniel Pipes, l’Islam peut changer, se moderniser et perdre sa connotation islamiste. Selon Anne-Marie Delcambre, l’Islam donne de trop bons arguments aux rigoristes – les lois, elles, ne changent pas. Son ouvrage fait le tour de la question en abordant sous cet angle une série de thèmes essentiels pour l’Islam. C’est un frappé bien fruité de la crème du débat en la matière. Un régal.

Anne-Marie Delcambre a raison: l’Islam n’est pas récupérable. Mais Daniel Pipes a raison: l’Islam peut fort bien changer. La clé du dilemme réside dans cette majuscule que je met toujours au mot Islam, par une sorte de malice bénigne, en contravention avec ce que la langue française exige (majuscule pour la civilisation, minuscule pour la religion).

Lorsque l’Islam majuscule aura mis son islam minuscule dans la poubelle qu’il mérite, peut-être que les caractéristiques qui lui ont été imposées par ce fléau durant tant de siècles donneront naissance à une communauté humaine digne de ce nom, et alors, ce pourrait être grandiose.

Pensez: un peuple gigantesque empêché de se montrer créatif pendant plus d’un millénaire: pas de grande musique (si ce n’est les grincements des psalmodies coraniques), pas de véritable science (si ce n’est en cachette), pas de véritable expression artistique (si ce n’est une calligraphie médiévale figée et des arabesques toutes inventées par d’autres), pas de progrès linguistique (si ce n’est une explosion de dialectes déconsidérés), pas d’innovation (si ce n’est d’importation). Tous ces gens, enfin libérés de ces mensonges réducteurs, mais conscients de partager les mêmes traumatismes et les mêmes idéaux dans leur sphère intime, dans leur contact avec Dieu, pourraient bel et bien former la meilleure communauté de la terre dont parle le Coran.

Et même si l’Islam majuscule rate alors sa catharsis et s’éparpille simplement en une mosaïque d’ex-Islams bariolés, ce sera tout de même un fantastique essor. Oui, l’Islam a de l’avenir, s’il parvient enfin à maîtriser son islam. Et nous ferions bien de l’y aider.



 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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