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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 00:45
Ouf, on l’a échappé belle !
 
Par Simon Frajdenrajch, analyste

Souvenez-vous : c’était au joli mois de mai 2007, Sarkozy venait d’être élu Président de la République, la France était pleine d’espoir, on allait voir ce qu’on allait voir, les choses allaient changer, la « rupture » commençait.
 
 Pour rompre avec la tradition politique des « dépouilles à la française (ce que les Américains pratiquent franchement avec le « spoil system » en cas de changement de majorité politique), notre nouveau Président fit preuve d’habileté : par sa politique d’ouverture, il débaucha du personnel classé à Gauche et pulvérisa ainsi le Parti Socialiste que ne s’en est toujours pas remis.
 
A la tête des ministères régaliens, il nomma la fidèle et inoxydable Michèle Alliot-Marie à l’Intérieur ; attira sans peine l’ex-UDF et nouveau centriste Hervé Morin à la Défense, l’atlantiste, pour asseoir ses choix stratégiques pro-américains ; enfin aux Affaires Etrangères, il avait l’embarras du choix : il lui fallait un homme de Gauche, frotté d’international. Pendant un moment, ce fut Hubert Védrine qui tint la corde : l’auteur de « l’hyperpuissance », anti-américain et anti-israélien en diable allait maintenir la tradition du Quai d’Orsay.
 
Un frisson parcourut les partisans de Nicolas Sarkosy : faire exploser le Parti Socialiste, c’était certes une bonne idée, mais aller racler dans cette Gauche caviar revancharde, « y fallait pas pousser mémère dans les orgies ! ». Un joker se présentait à tous les esprits : Bernard Kouchner, le « French Doctor », si populaire parmi les Français que certains l’auraient même vu Président de la République.
 
Kouchner donc accepta ce bâton de maréchal – le Ministère des Affaires Etrangères - dans sa carrière toute dévouée à l’humanitaire : après avoir créé « Médecins Sans frontières », qui est tout de même une idée française d’exportation, puis affrété un bateau pour le Vietnam, pour sauver quelques centaines de Vietnamiens fuyant le régime communiste que la Gauche française s’était époumonée à faire monter au pouvoir - on répare comme on peut ses bêtises de jeunesse – puis créé une organisation jumelle de MSF, « Médecins du Monde », pour reprendre la direction des opérations humanitaires, Bernard Kouchner fit avancer le concept de « Droit d’ingérence », pour s’attaquer aux régimes tyranniques abusant et martyrisant leur population, comme celle du Cambodge dans les années 1975, comme celle du Darfour et de Birmanie aujourd’hui.
 
Après avoir été ministre de la Santé sous Mitterrand, Kouchner fut nommé haut représentant de l’ONU au Kosovo en 1999-2001 : il dut apprendre les rudiments des arrangements entre communautés irréconciliables.
 
Puis, Il ambitionna fin 2006 de devenir Secrétaire Général de l’Organisation Mondiale de la Santé, filiale Santé de l’ONU, la seule peut-être avec l’UNESCO qui justifie les dépenses somptuaires généralement inutiles que génère cette énorme bureaucratie. On lui préféra le DG actuel, la chinoise Margaret Chan.
 
Les ambitions de Kouchner refluèrent vers la présidence française, au vu de sondages de popularité flatteurs.
Mais des sondages ne font pas une élection, et ne vous gagnent pas l’appareil d’un Parti, auquel cet électron libre s’est toujours montré rétif.
 
La popularité étant une denrée périssable, Sarkosy fit bien de valoriser celle que lui apporterait Kouchner. Ajoutons que sa nomination au « Quai » en rassura plus d’un. On se prit même à espérer un dépoussiérage.
 
Hélas, quelle erreur ! Comme le disait De Gaulle, « un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts ».
La « Politique Arabe de la France » est une option stratégique qui ne remonte pas seulement au XIXème siècle, on peut la faire remonter à François 1er qui pratiqua une alliance de revers avec le Calife de Turquie, pour contrer la puissance de la dynastie des Habsbourg en Europe centrale.
 
Mais sans remonter si loin, malgré toutes les protestations d’amitié dont Nicolas Sarkosy abreuve un public juif conquis d’avance – il a avalé tant de couleuvres depuis de Gaulle et Pétain – toutes ses démarches depuis neuf mois prouvent à l’envi que notre politique étrangère n’a varié que par l’affirmation d’un atlantisme de bon aloi.
 
En fait, depuis son élection, Sarkozy s’est efforcé de vendre des centrales nucléaires  à tout le monde arabe, en ne faisant nullement la fine bouche : A Khadafi, ce meurtrier qu’il a accueilli en grandes pompes ; à Bouteflikha, dont il accepta les crachats par ministre des anciens combattants interposé ; à l’Egypte du tyran Moubarak aussi, et le roi Abdallah d’Arabie saoudite n’aurait qu’à demander pour être servi.
 
Au dîner du CRIF, Sarkozy expliqua qu’il ne faut pas refuser ces nouvelles technologies aux nations arabes ?!?
Nous avons aussi vendu le nom du Louvre à Dubaï, et l’exposition de ses œuvres, compromettant ainsi le cœur de notre culture. Et nous nous apprêtons à mettre en place une base interarmes française au Qatar, au moment où nous nous retirons de nos anciens bastions africains, laissant aux islamistes le terrain libre.
 
Pour ce qui est de la position de la France vis-à-vis d’Israël, elle reste identique, voire encore plus perverse.
Comment cela ?

Lors de son voyage en Israël à la mi-février, interrogé par un journaliste du quotidien de Gauche ‘Haaretz’ sur l’interception d’un camion humanitaire de l’ONU, passant de Jordanie vers Gaza, et censé contenir des sacs de farines, en fait emplis de nitrates utilisables dans la fabrication d’explosifs, Bernard Kouchner eut cette réponse : « Que voulez-vous, ce sont des choses qui arrivent ».
Autre élément non rapporté dans la presse française lors de séjour de 48 heures en Israël et dans les « Territoires », Kouchner se plia de bonne grâce au dépôt de gerbe sur le mausolée fraîchement inauguré pour ce criminel de guerre qu’est Yasser Arafat, responsable jamais inquiété d’assassinats de citoyens français.
 
Et voilà que, suite à l’opération « Hiver Chaud » de Tsahal, destinée à donner un coup de semonce sévère au Hamas à Gaza, notre MAF en diable nous débite sa petite leçon humanitaire sur « France info » :

...
"Cet acharnement n’aura aucun résultat, il n’y a pas de solution militaire", a assuré Bernard Kouchner sur France-Info. "Il faut de la sagesse et des pourparlers" face au "redoublement de violences inspirées par souvent le nationalisme, et des idéologies périmées"… Et il insiste :

… « Le ministre des Affaires étrangères a estimé qu’"il n’y a qu’une solution, c’est la reprise, l’achèvement des pourparlers, la paix avec la création d’un Etat palestinien", jugé "indispensable" »... Pour achever sa tirade sur ces vœux pieux, qui lui permettent de faire sa pirouette, en retombant sur ses pieds humanitaires : 
…"Il faut que cessent les tirs de fusée sur Israël ; il y a des fusées GRAD ce qui est beaucoup plus dangereux, de plus longue portée, c’est pour cela qu’Ashkelon a été visée", a-t-il reconnu. »…

Il est inutile d’insister sur l’ineptie de l’angélisme de Kouchner : les Israéliens ne négocient pas avec le Hamas, qui soumet depuis 7 ans son territoire limitrophe à des agressions permanentes (tirs de roquettes de plus en plus perfectionnées et à plus longue portée) : on en vient à se demander pourquoi nos autorités poursuivent les indépendantistes corses et basques, qui sont des enfants de choeur comparés au Hamas.  

L’analyse présente doit porter sur la pensée politique qui sous-tend des jugements aussi péremptoires que : « violence inspirée par le nationalisme » et « idéologies périmées ». A propos de nationalisme, j’aimerais que M. Kouchner nous explique la différence qu’il fait avec le patriotisme, vertu citoyenne honorable jusqu’à ce qu’on impose au Peuple français, qui l’avait refusé à la forte majorité de 55 %, le « projet de traité de l’Union européenne » en avril 2005 : m’est avis que bon nombre de Français ont refusé la dissolution de notre nation dans un vaste ensemble continental sans histoire commune, sans langue commune, sans autre objectif qu’un marché commun déjà existant, avec des différences économiques entre Etats favorisant le dumping social,  sans moyens militaires autres que de prétendre suppléer à des actions humanitaires. Voilà précisément tout ce dont notre armée est capable aujourd’hui.

Il s’est trouvé que par une habileté de procédure constitutionnelle, le président Sarkosy qui l’avait promis, a fait adopter ce projet constitutionnel à peine remanié, par le Congrès des députés et sénateurs. Les Français n’ont pas forcément apprécié ce tour de passe-passe : voilà pour le nationalisme et les idéologie périmées.
Ajoutons que cette démarche sous-tend le politiquement correct en Europe : certes, depuis 50 ans, la construction européenne est parvenue à éviter les conflits sur notre continent, à l’exception des Balkans. La récente indépendance du Kosovo est pourtant un autre exemple de ce « nationalisme périmé ». Comme l’ex-président Vladimir Poutine l’a dit dans son langage fleuri : « cela va leur péter dans la gueule ».

Voilà ce que M. Kouchner veut faire admettre implicitement à Israël : « abandonnez votre lubie nationaliste d’Etat juif ; faites donc comme nous Européens : voyez comme nous sommes heureux et pacifiques, acceptez enfin de vous dissoudre dans un Etat binational, où Juifs et Arabes vivront en paix » … Embrassons-nous, Folleville !

Pour en finir avec notre MAF « humanitaire », il faut encore aller gratter une petite plaie qui va devenir suintante. Sa compagne, la valeureuse journaliste Christine Ockrent, vient d’être nommée Directeur Général Adjoint de « France Monde ». Pour reprendre une dépêche du Figaro ce jour :

… « La nomination annoncée par l'Elysée de Christine Ockrent, 63 ans, a suscité une polémique, les syndicats de journalistes y voyant une menace pour la «crédibilité» de la nouvelle holding France Monde chapeautant France 24, RFI et TV5Monde. Jusque-là, les trois entités étaient notamment sous l'autorité du Quai d'Orsay, mais la future holding dépendra directement des services du premier ministre »...

Avouez que c’est une pièce d’orfèvrerie : c’est un aveu transparent que la soupe médiatique de la France dans le monde se mijote à Matignon … et au Quai d’Orsay : en effet, l’Agence France Presse est l’outil d’influence du MAF en France et dans le monde.

Pourtant, notre candide humanitaire a le culot de nous la jouer la main sur le cœur (même dépêche du Figaro), à propos de la nomination de sa compagne à son poste de DG de « France Monde » : … « S'il y avait conflit d'intérêt, je serai le premier à le reconnaître, je ne me mêlerai pas du tout d'audiovisuel extérieur, j'en fais le serment », a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères.

Alors de deux choses l’une : ou bien M. Kouchner ne lira plus la totalité des journaux nationaux qui s’impriment en France avec la trame de l’AFP, ce qui serait surprenant, ou bien il se consacrera à la seule lecture de journaux étrangers, ce qui devrait lui ouvrir des horizons.

En conclusion, le Figaro faisait ces derniers jours deux sondages « ouverts » auprès de ses lecteurs, les interrogeant sur un remaniement ministériel après les municipales : « Souhaitez-vous la poursuite de l’ouverture ? » et « Souhaitez-vous un remaniement important ? ». Dans les deux cas, les lecteurs se prononcent négativement à une forte majorité.

En matière de politique étrangère, qu’il s’agisse de Bernard (Kouchner), de Philippe (Douste-Blazy), de Roland (Dumas), de Claude (Cheysson), ou de Michel (Jobert), que ce soit avec talent ou avec médiocrité, que ce soit avec une antipathie ouverte à l’égard ‘Israël, ou avec des embrassades hypocrites, rien ne change, ce sont les fonctionnaires du Quai qui font semblant d’obéir, et commandent, avec leur savoir-faire tout diplomatique.

Le président Sarkozy a révélé candidement au dîner du CRIF : « si l’on veut avoir de l’influence sur Israël, il faut être son ami ». Mais en politique étrangère, c’est comme en amour : il n’y a que des preuves d’amour.

Israël devrait réclamer de vraies preuves d’amitié, aussi bien lors des votes à l’ONU, où la France joint systématiquement sa voix à celle des pays de la Ligue Arabe, quand elle ne les précède pas ; que dans les décisions que la France impulse au niveau de l’UE. Nous verrons à partir de juillet, et pour « l’union Euro-Méditerranée », nouveau machin sarkoszien aussi dangereux que le Conseil Français du Culte Musulman.

Et puis cessez de nous promettre l’entrée dans le « Club de la Francophonie » : ce serait honorer la France, qui pourrait se targuer d’avoir un million de francophones dans un pays de 7 millions d’habitants, avec un taux de lecteurs parmi les plus élevés au monde, et des auteurs israéliens francophones, francophiles et francographes.


 
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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