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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 23:48
Affaire Al-Dura: un documentaire télévisé enflamme les passions en Israël (1 de 2 parties) J. Tsadik
Un article d’une remarquable justesse. Je l'apprécie d'autant plus que j’achève, en ces heures, la traduction intégrale de l’émission de "Mabat sheni", dont traite ci-après Jean Tsadik [*]. En cette qualité, je puis dire qu’il a fort bien campé les référents choisis par Yoram Shifer pour son émission consacrée à l’affaire Al-Dura, et que ses jugements les concernant sont rigoureusement exacts. J’espère que la Ména ne m’en voudra pas de mettre en ligne cet article. Je ne le fais pas pour récupérer des marrons tirés du feu par cette Agence, mais pour contribuer, à ma manière au triomphe de la thèse que Stéphane Juffa - dûment guidé par le physicien Nahum Shahaf, qui fut le premier à se persuader que toute l’affaire était une mise en scène – défend, depuis des années, contre vents et marées et dans l’indifférence générale d’abord, puis, sous les lazzis et les insultes de très nombreux opposants, dont surtout des Juifs, hélas. (Menahem Macina).
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09/03/08

 

Info # 020903/8) [Analyse]

 

1ère partie : Courage fuyons !

 

La fièvre autour de l’Affaire Al-Dura a enfin gagné Israël. Pendant des années planait le doute sur l’intérêt que portaient les Israéliens et leurs autorités au bras de fer qui met aux prises Charles Enderlin–France 2 à la Ména, ainsi que leurs alliés et sympathisants respectifs. Le doute en question fit longtemps les affaires de la chaîne publique française, qui se plaisait à isoler notre démarche, tentant de la présenter comme l’initiative d’hurluberlus que personne ne suivait, même dans leur propre pays.

 

Au niveau des autorités, le Bureau Gouvernemental du Journalisme, rattaché à celui du Premier ministre, avait pourtant, dès 2004, mis les points sur les i et affirmé sans réserves, par l’intermédiaire de son directeur, Daniel Seaman, que le reportage de FR 2 était une mise en scène.

 

Le porte-parole de l’armée, quant à lui, défend que Tsahal n’a pas tué Mohamed Al-Dura, dans l’attente, pour se prononcer sur l’accusation de mise en scène, de recevoir les rushes qu’il a demandés par écrit à la chaîne française. La réponse qu’il a reçue à ses courriers est pour le moins déroutante : c’est non, mais Enderlin se propose de présenter lui-même, en séance privée, des images à des généraux supérieurs. Ce qui fait une belle jambe à Tsahal, intéressée par l’analyse professionnelle des rushes d’Abou Rahma afin de faire avancer son enquête.

 

L’armée israélienne, première concernée selon la décision du Tribunal correctionnel de Paris, est ainsi empêchée de consulter les rushes présentés à la justice française en présence d’un public nombreux. Vous avez dit bizarre, c’est effectivement bizarre…

 

Mais, pendant qu’à Paris, Philippe Karsenty s’escrimait, fin février, à la Cour d’appel, contre Mademoiselle Chabot et Charles Enderlin [voir l’excellent compte rendu de Véronique Chemla "France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et contradictions relatives à l’incident al-Dura" pour Guysen], lundi dernier, l’Affaire était le sujet de l’une des émissions-phare de la 1ère chaîne israélienne. Mabat shéni (Second regard) est l’équivalent sur notre chaîne publique d’"Envoyé spécial" ; elle avait commandité l’auteur de documentaires chevronné, Yoram Shifer, afin de faire le point sur la Controverse de Nétzarim et de donner la parole aux principaux protagonistes du différend.

 

A quand une initiative similaire de la part d’un média tricolore, se demandent en soupirant les Français désireux de se faire une conviction sur la base des conclusions des uns et des autres, et non sur les seules insultes de Mademoiselle Chabot et d’Enderlin contre leurs détracteurs ?

 

Yoram Shifer fit les choses en grand, n’hésitant pas à se rendre dans la capitale française à l’occasion du visionnement des rushes. Les enquêteurs de l’Affaire, Nahum Shahaf et Stéphane Juffa, pour notre agence, de même que la journaliste allemande, Esther Shapira, répondirent favorablement à la demande d’entrevue de Shifer. Les autres personnes mêlées à la dispute et au procès Karsenty firent de même, ainsi qu’un professeur israélien, spécialiste des médias.

 

Lorsque vint le tour d’Enderlin d’être sollicité, celui-ci invoqua une action en cours, intentée contre l’Etat par l’association d’avocats, Shurat ha-din (Le for [**] de la Justice), à la Cour suprême à Jérusalem (1), pour arguer qu’il ne pouvait pas participer à l’enquête. Surpris, le réalisateur se tourna vers l’étude d’avocats Aaronsohn Sher Aboulafia Amoday & Co., ayant accepté de représenter le correspondant de FR2 en Israël, pour obtenir les détails du refus. Maître Louise Sportas infirma les allégations de son client, expliquant qu’il ne s’agissait pas de la même affaire et qu’il était libre de participer à l’émission.

 

Me Sportas accompagna toutefois son acceptation de la condition, très inhabituelle en matière médiatique, que Charles Enderlin fût accompagné de son conseil lors de l’interview. Re-surprise du réalisateur, qui, après avoir pesé le pour et le contre, soucieux de permettre à l’un des principaux intéressés de s’exprimer sur un différend qui le concerne au premier chef, décida de se plier à l’étrange condition posée par l’interviewé.

 

S’ensuivit une longue discussion de préparation entre Shifer et Enderlin, à laquelle le premier cité fut prié de se rendre sans micro et sans caméra et de s’engager à ne rien dévoiler du contenu de cette rencontre - Enderlin nage décidément dans la transparence. A l’issue de la rencontre, en dépit de la concession extraordinaire octroyée par Shefer aux usages journalistiques, [Enderlin] préféra ne pas participer au documentaire.

 

Toujours animé du même souci d’équité, le réalisateur demanda à Enderlin de lui indiquer le nom de quelqu’un qui pourrait représenter son point de vue lors du débat qui suivrait l’émission. Enderlin avança le nom de l’ex-numéro 2 du contre-espionnage israélien, Israël Hasson. Tout laisse à penser que les deux hommes se connaissent bien, puisque, quelques jours plus tard, Enderlin rappela Shifer pour lui demander pourquoi il n’avait pas encore contacté Hasson.

 

Finalement, Israël Hasson participa au débat. Un débat qui réunit deux autres intervenants : Gideon Levy, qui collabore à Haaretz, et Daniel Seaman, le directeur, déjà cité, du Bureau Gouvernemental du Journalisme.

 

Seaman répéta, lors de la discussion, que le reportage de FR 2 relevait assurément d’une mise en scène. Levy, l’un des chefs de file du post-sionisme et vedette israélienne d’Al Jazzera, annonça que, bien qu’il n’ait pas consulté la moindre enquête au sujet de l’Affaire Al-Dura, il était certain que Tsahal avait bel et bien tué l’enfant.

 

Quant à Hasson, son intervention changea l’issue de l’émission, de virulent K.O contre Enderlin-France 2, en nette victoire aux points de leurs adversaires. Hasson fut le canot de sauvetage du navire des "antidreyfusards" qui, lundi dernier, prit l’eau de toutes parts.

 

Parlant bien, distingué, mais surtout auréolé par sa pénultième fonction, Hasson adopta une ligne de défense peu orthodoxe : il choisit de ne rien prendre en compte des preuves de la mise en scène, qui pullulaient dans le film de Shifer. Il annonça, en vrac, avec un sang-froid qui le disputait à l’inconséquence, qu’aucun élément du documentaire n’apportait la moindre évidence de l’existence d’une mise en scène.

 

Même l’analyse de l’expert médical, le chirurgien, retrouvé par la Ména, Yehuda David, qui avait opéré le "père", Jamal Al-Dura, en 1994 à l’hôpital Tel Hashomer, ne vint pas troubler la tactique du partisan d’Enderlin. Pourtant, parmi les nombreuses preuves indiscutables référencées dans le film, le témoignage du Dr. David est pour le moins incisif. Ce dernier démontra que les images des cicatrices, distribuées à la presse par Arlette Chabot, lors de sa "réunion d’information" de novembre 2004, censées apporter la preuve de ce que Jamal avait été blessé par les balles de Tsahal en septembre 2000, sont en fait des cicatrices dues à une altercation avec des miliciens palestiniens en 1992, soit huit ans avant l’"incident" de Nétzarim. Qui plus est, Yehuda David fit la démonstration médicale de ce que les cicatrices exhibées par Chabot étaient le résultat de blessures causées par un objet coupant, un couteau ou une hache, et non par des balles.

 

Ce qui interloque, dans cette seule démonstration scientifique, c’est que l’analyse peut être refaite par n’importe quel médecin légiste, et qu’elle mènera invariablement aux mêmes conclusions. Ce qui interpelle, c’est qu’il s’agit en fait d’une seconde imposture de la part de France 2, venant s’ajouter à la diffusion mondiale des images de la mise en scène de Nétzarim.

 

 

"Mohammed du matin", ou de l'après-midi ? (Cliché extrait de l'émission Mabat Shani, ici ajouté par www.upjf.org)

 

A la chaîne française, qui a réitéré son offre, devant la Cour d’appel, d’exhumer le corps du Mohammed du matin [***] – ce que nous avons accepté immédiatement, sans pour autant causer d’effet chez nos contempteurs, – nous proposons de commencer par présenter les cicatrices de Jamal à des médecins légistes neutres, au lieu de les faire filmer par un caméraman parjure.

 

Il y a fort à parier que le clan des "antidreyfusards" fera comme s’il n’avait pas lu cette suggestion, ce qui démontre, si c’était encore nécessaire, que leur démarche consiste à enterrer la réalité et non à la porter au grand jour.

 

Jean Tsadik

 

© Metula News Agency

 

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Note de l’auteur

 

[1] Shurat ha-din demande à la Cour suprême d’Israël que le gouvernement retire les accréditations journalistiques de Charles Enderlin et de Talal Abou Rahma pour leur mise en scène de l’Affaire Al-Dura.

 

A suivre…

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

[*] Je l’avais signalée, le 4 mars, dans mon bref article " « Al-Dura, diversion médiatique ou symbole ? » L'affaire Al-Dura à la TV israélienne ".

 

[**] "Mot qui vient du latin. Chez les Romains, le tribunal se trouvait établi sur la place publique, le 'Forum'. Il s'emploie dans certaines expressions juridiques tel "la loi du for", traduction de "lex fori" utilisée en particulier en droit international pour exprimer que la loi qui doit être appliquée à une situation déterminée est la législation du lieu où la juridiction qui a été saisie, est établie." (Dictionnaire du Droit privé, par S. Braudo, Conseiller honoraire à la Cour d'appel de Versailles, 2004). En langage courant, on parle aussi de "for interne", ainsi que de "for externe", et par métaphore, de for intérieur - la conscience. En ce qui concerne le nom symbolique (tiré du Talmud) que s'est donné l'association d'avocats Shurat haDin, je le traduirais plutôt par "le cadre de la loi".

 

[***] Allusion à la découverte du physicien Nahum Shahaf, qu’un enfant, mort dans des circonstances inconnues, avait été amené à l’hôpital avant midi, alors que l’enfant censé avoir été tué par Tsahal serait mort vers 15h le même jour. D’où la question : les photos montrées à la presse par le médecin palestinien sont-elles celles du « Mohammed du matin », comme le dit ironiquement Tsadik, ou celles du Mohammed de l’après-midi, prétendument tué par des tirs de Tsahal ?

 

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Mis en ligne le 09 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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