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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 08:56

C'est une révolution !

États-Unis. Pragmatisme, opportunisme, politique à double tranchant…
http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=3589
Michel Gurfinkel, le 13-11-2008
SIPA
Et même plusieurs : la victoire d’Obama traduit une révolution politique, démographique, intellectuelle. Entre romantisme et pragmatisme, des choix difficiles pour le nouveau président.

Le 4 novembre, pendant que l’Amérique votait, le journal noir en ligne The Root publiait en première page le billet suivant : « Un mail circule dans notre communauté. Il dresse la liste des comportements qu’il faudrait mieux éviter en cas de victoire de Barack Obama. Notre rédaction pense que c’est une bonne initiative et ajoute les recommandations suivantes : 1. SVP, pas de Negro Spirituals ou de citations de Martin Luther King. John Hope Franklin (le plus grand historien afro-américain vivant, âgé de 92 ans) peut se permettre ça. Pas nous.

2.Ne dites pas à chaque passant blanc un peu coincé : “Hein, ça fait mal ?” 3.Ne faites pas à vos collègues un cours magistral sur la culture noire sous prétexte que le nouveau président est noir.4.Ne passez pas devant tout le monde dans une file d’attente en disant : “Barack me soutient”. »

C’est de l’humour, évidemment. Mais à moitié seulement. L’élection d’un Noir à la présidence des États-Unis constitue, en soi, une révolution. Les derniers, en termes communautaires, sont désormais les premiers. Certes, on peut discuter de la négritude d’Obama. Il est aussi européen par sa mère qu’africain par son père. Son profil personnel est encore plus complexe : protestant agnostique par sa mère, musulman « en recherche » par son père, il a été élevé en Indonésie, pays musulman où il passait lui-même pour tel, avant d’aller à Harvard, le temple de la haute culture laïque euro-américaine, et de se convertir à un christianisme progressiste à connotation afro-américaine. Mais finalement, il est noir : en vertu de la loi de la « goutte de sang ». Jusqu’aux années 1950, toute personne ayant « une seule goutte de sang noir » était réputée noire aux États-Unis, même si son apparence et son comportement étaient ceux d’un Blanc.

L’Amérique a répudié l’esclavage en 1865, la ségrégation raciale en 1965. Depuis un peu plus de quarante ans, des efforts considérables ont été déployés, tant par l’État que la société civile, pour « intégrer » les anciens exclus. Mais la méthode employée, la « discrimination positive » (affirmative action) était encore une forme de discrimination. Avec l’élection d’Obama, le débat semble clos : un Noir à la Maison-Blanche, cela signifie que tous les Noirs sont bien, désormais, des citoyens comme les autres.

Mais cela peut signifier, plus profondément, que le rapport des forces entre les groupes raciaux s’est modifié, au profit des non-Blancs. D’où la mise en garde, souriante mais ferme, du Root : pas de triomphalisme.

À la « révolution noire » s’ajoute une « révolution non blanche » presque aussi importante. Si Obama a obtenu 95% des suffrages dans sa communauté, il l’emporte également dans les autres minorités ethniques : avec 66 % des Hispaniques, 63% des Asiatiques, 58% des Native Americans, les Peaux- Rouges. Les communautés hindoue et sikhe semblent avoir voté démocrate à plus de 60 %. Chez les Américains originaires du Moyen-Orient islamique, le sénateur de l’Illinois semble l’avoir emporté à 60 %.

Linda Chávez notait le 1er novembre dans le Washington Post que si les Noirs votaient traditionnellement démocrate, ce n’était pas nécessairement le cas des autres minorités : bon nombre d’Hispaniques et d’Asiatiques, confrontés au communisme dans leurs pays d’origine, préféraient jusqu’ici les républicains ; les originaires de l’Inde faisaient de même, par peur de l’islam ; tandis que les Arabo-Américains se tenaient à l’écart d’un parti démocrate « dominé par les juifs ». Cette année, la question de l’immigration l’a emporté sur les autres sujets dans ces communautés. L’administration Bush a tenté de contenir l’« immigration illégale », au besoin par des mesures brutales, comme le «mur» qui longe la frontière américano-mexicaine. Et la législation sécuritaire adoptée après les attentats de 2001, s’est souvent traduite par un harcèlement des Américains ou des immigrants originaires du tiers-monde. Avec Obama, les minorités ont le sentiment que le flux en provenance de leurs pays ou continents d’origine va reprendre et s’accélérer.

Selon le Bureau américain du recensement, l’institut démographique des États-Unis,les Blancs constituent 66% de la population (221 millions), les Hispaniques 15 % (45 millions), les Noirs 13,4 % (41 millions), les Asiatiques 4,5% (14millions),et les « autres races ou ethnicités » 7% (20 millions). Même si ces chiffres doivent être utilisés avec prudence (ils reposent sur les déclarations des citoyens), ils donnent une idée de la composition du pays : trois cinquièmes de Blancs contre deux cinquièmes de non-Blancs.

En extrapolant à partir des tendances démographiques actuelles (natalité, immigration), le Bureau du recensement s’attend à la fois à une forte augmentation de la population globale au cours des quarante prochaines années (une période analogue à celle qui sépare la présidence Obama de celle de Kennedy), de 300 millions à 440 millions, et une montée en puissance des non-Blancs : pour 2050, il prévoit 46 % seulement de Blancs non hispaniques. Mais si les États-Unis s’ouvrent davantage à l’immigration, le processus peut prendre beaucoup moins de temps.Et la répartition des communautés se modifier.

Troisième révolution : la revanche de la gauche pure et dure.Le chroniqueur britannique Gideon Rachman rappelle dans le Financial Times qu’une « guerre de religion » culturelle se superpose depuis longtemps à la vie politique américaine : au-delà de la division classique entre deux « partis de gouvernements », les démocrates et les républicains, il y a l’opposition passionnée entre deux visions du monde, la gauche « libérale » et la droite « conservatrice ».

La première prône une stricte séparation entre les Églises et l’État, un gouvernement fort dominé par les intellectuels, l’émancipation des minorités ethniques et des « exclus sexuels » (femmes, homosexuels), la redistribution des richesses, une politique étrangère progressiste (ce qui peut conduire aussi bien à la « coopération » internationale qu’à des «interventions » au nom des droits de l’homme). La seconde affirme que la nation américaine est fondée sur des valeurs judéo-chrétiennes, que la démocratie repose sur la limitation des pouvoirs, et donc un gouvernement central de taille modeste, que les intellectuels ne sauraient l’emporter sur les autres citoyens, que la République ne connaît que des familles naturelles ou des individus, et ne peut conférer de privilèges à des communautés ou à des groupes fondés sur des «styles de vie» expérimentaux, que l’État fédéral ne peut ni ne doit se substituer à la libre entreprise et au marché libre, que la politique étrangère, enfin, doit être fondée sur l’intérêt national et la solidarité avec les pays professant des valeurs analogues.

La gauche libérale a été largement associée au pouvoir sous Roosevelt, de 1933 à 1945. Elle est ensuite mise à l’écart : par les démocrates centristes, sous Harry S.Truman,de 1945 à 1953, puis les républicains,sous Eisenhower, de 1953 à 1960. Qui plus est, l’éviction tourne à la persécution de 1950 à 1956, pendant l’épisode maccarthyste. Si les libéraux voient en 1960 dans l’élection de John F.Kennedy une réhabilitation partielle, ils interprètent son assassinat en 1963,comme une nouvelle persécution et sombrent pour quarante-cinq ans dans une sorte de paranoïa savamment entretenue par Hollywood, la presse chic et les orthodoxies universitaires. Les administrations républicaines de Nixon à Bush passent pour des régimes « fascistes », les administrations démocrates, de Johnson à Clinton,pour « timorées ».

Mais avec Obama, les libéraux ont le sentiment de l’emporter à nouveau. Le président élu est l’un des leurs, note encore Gideon Rachman,comme aucun autre ne l’a été.Par son profil : élégant,distingué, séduisant, nordiste, issu de la meilleure université du pays, Harvard, « transreligieux »,« transracial ». Et par son programme. Pêle-mêle, le candidat Obama a proposé de renforcer le pouvoir fédéral, d’étendre la protection sociale, d’instituer un service national de santé,de protéger les minorités, y compris sexuelles,d’imposer les riches, de dégrever les pauvres, de lancer de grands travaux nationaux, d’imposer aux jeunes un « service civique »,de désigner les juges en tenant compte des résultats électoraux. Et son « acte fondateur » n’a-t-il pas été, en 2003, de s’opposer à la guerre d’Irak, alors que presque toute la classe politique américaine y était favorable ?

Rien ne prouve qu’Obama va s’enfermer dans ce type de projet. Tout semble montrer qu’il sera prêt à en sortir si nécessaire. Il s’est gardé, face à la crise financière de septembre et octobre, d’instruire le procès du capitalisme et de l’économie de marché, il s’affirme partisan de baisser les impôts pour « 95 % » des Américains. Sans doute sait-il qu’un État-providence généralisé ferait des États-Unis une sorte de méga-Argentine. Et transformerait la crise régulatrice, déjà partiellement dépassée (le pétrole a baissé de 50%, l’immobilier repart), en « dépression » durable, analogue à celle de 1929.

Il en va de même en politique étrangère. La revue conservatrice Commentary a noté voici plusieurs mois déjà que ses positions sur l’Irak n’ont jamais été aussi tranchées qu’on le croit. Il ne parle plus d’« évacuer » ce pays. Mieux, il se propose d’étendre la guerre contre le terrorisme en Asie du Sud : en intervenant au Pakistan. Sur Israël aussi, il a rejoint le consensus bipartisan : « La sécurité de l’État juif est sacro-sainte ».

En préférant le pragmatisme au dogmatisme, Obama risque sans doute de décevoir certains de ses partisans. Mais la plupart sont déjà prêts à lui pardonner bien des arrangements : c’est le privilège des dirigeants « charismatiques », qui incarnent avant tout un « rêve ». John Kennedy était un homme de la guerre froide, qui tint tête aux Soviétiques sur Berlin,les défia à propos des missiles de Cuba, mit en place la Nasa pour leur ravir la suprématie spatiale et, enfin, renforça la présence américaine au Viêtnam du Sud.Mais dans le rêve de ses admirateurs, il était l’homme de la paix,et c’est l’image qui a prévalu. De même, en France, François Mitterrand est resté l’icône d’une gauche éternelle, et éternellement utopiste, alors qu’il fut, en réalité, le fossoyeur du parti communiste, le restaurateur de l’économie de marché et le champion d’une Europe unie à dominante libérale.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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