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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 15:54

Peut-on éviter Madoff ?

Un scandale spectaculaire à 50 milliards de dollars. Et une bonne dose d’incurie, de la SEC américaine et des professionnels. 

 

http://www.morningstar.fr/news/commentary.asp?articleid=77078&validfrom=2008-12-19%2009:02:00&

Comment cette arnaque a-t-elle pu prendre une telle ampleur alors que de l’aveu de la SEC "des allégations crédibles et circonstanciées concernant les pratiques fautives de Mr Madoff, remontant au moins à 1999, ont été à plusieurs reprise portées à l’attention du personnel de la SEC" selon un communiqué de son patron, Christopher Cox, publié mardi dernier ?

C’est une des nombreuses questions sur lesquelles cette affaire oblige à se pencher. Pour le reste l’essentiel, ou presque, a été dit. Bernard Madoff affiche tous les gages de l’honorabilité : ancien président du Nasdaq, la bourse américaine des valeurs technologiques, généreux donateur à des œuvres caritatives, honorablement connu à près de 70 ans dans le monde de la finance internationale, une longue expérience des marchés et un "track record" impressionnant. Bref avec sa chevelure de vieux lion, son air souple et son personnage de Juif new yorkais à la Woody Allen, Bernie Madoff avait tout pour séduire et inspirer confiance…

Finance romanesque

Et c’est bien d’une histoire de séduction et de confiance dont il est question dans cette exercice de cavalerie pyramidale : pendant des années Madoff a collecté des sommes colossales (environ 50 milliards de dollars selon le plainte de la SEC déposé le 11 décembre) en payant aux investisseurs un rendement substantiel quelques soient les conditions de marché.

En réalité, Madoff payait le rendement en prélevant sur le capital qui lui était confié. Comme il payait régulièrement, les capitaux ont fini par affluer, les sommes déposées par les nouveaux investisseurs permettant de répondre aux demandes remboursement des plus anciens. Tout serait allé pour le mieux dans le meilleur des mondes si le volume des retraits n’était tout d’un coup devenu trop important : 7 milliards de dollars à sortir en quelques jours.

Ne pouvant faire face à cet afflux de demandes de remboursement Bernard Madoff est alors obligé de jeter le masque. C’est ce que décrit par le détail la plainte du 11 décembre qui se lit véritablement comme un roman, en particulier les points de 1 à 24

On y apprend pourquoi le financier a commencé à lâcher le morceau début décembre à un collaborateur ; le détail de la réunion qui a eu lieu à son appartement où il avoue à 2 cadres qu’il est à la tête d’une vaste arnaque ; comment il envisageait avant de se dénoncer de verser par avance leur bonus à ses employés et de rembourser amis proches et membres de sa famille sur les 200 à 300 millions de dollars restant en caisse.

Quis custodiet ipsos custodes ?

Pour spectaculaire que soit l’affaire Madoff, elle n’est en tant que telle que vaste pantalonnade. Souvenons-nous qu’au début des années 2000 nous avons connu des arnaques d’une toute autre ampleur et autrement institutionnalisées, comme par exemple l’effondrement du courtier en énergie Enron ou encore Parmalat où étaient impliqués la direction de ses entreprises, mais aussi les cabinets d’audit, dont Andersen qui disparu purement et simplement à cette occasion.

On se souvient aussi de l’affaire Vivendi / Salustro-Reydel, le premier tentant de faire avaliser par le second, son commissaire aux comptes, des traitements comptables douteux. Opération qui avait entre autre eu pour effet la mise sur la touche du directeur de la doctrine (le gardien de la Loi en quelque sorte) du cabinet d’audit.

On était alors dans le cas relativement clair de structures de contrôle qui n’ont pas rempli leurs missions. Avec l'affaire Madoff, on est un peu plus dans une zone grise.

Certes l’homme est un voleur. Mais on reste surtout abasourdi par la crédulité des investisseurs qui lui ont fait confiance. Dans le cas des particuliers, leur naïveté peut être compréhensible ; mais que penser des professionnels, banquiers, conseillers financiers et gérants de fonds, qui ont suivi Madoff ?

Chers Hedge Funds

UBP (Union Bancaire Suisse) explique dans un courrier confidentiel à ses clients qu’il a fait pour le mieux. La banque estime en effet que ses "analystes ont passé un temps important à comprendre et suivre la stratégie et le gérant [Madoff]"

On y apprend comment les fonds de fonds maison, comme UBP Multi-Strategy Alpha, Dinvest-Total Return ou encore TrendSquare ont investi dans des fonds Madoff tels que Fairfield Sentry ou Kingate Global. Des fonds qui affichent un historique de performances tout simplement étonnant puisque années après années ils ont progressé pratiquement sans à-coup avec une régularité de métronome.

On est saisi de voir comment ces fonds ont passé toutes les crises sans fléchir : l’explosion de la bulle spéculative liée aux valeurs technologiques à partir de 2000, la crise asiatique de 98… Bref, on est face à des fonds qui affichent un train de sénateur comparable à celui d’un fonds monétaire mais avec un rendement bien plus substantiel.

Il suffit pour s’en convaincre de comparer les courbes de performance de ces 2 fonds avec celles de quelques grands indices de Hedge Funds tel que les Trémont qui sont loin d’afficher une telle régularité alors même que, calculés à partir de plusieurs fonds, ils tendent à lisser les performances.

Mais d’où vient la performance ?

Autre facteur de doute : d’où vient la performance ? C’est ce doute qui a retenu un gérant de fortune suisse d’investir dans Fairfield Sentry. "Bien sûr, nous sommes à la recherche de fonds performants pour nos clients. Mais nous ne sommes pas prêts à acheter de la performance à n’importe quel prix. Si on ne comprend pas d’où vient la performance et le processus du gérant on n’y va pas." Explique ce professionnel sans souhaiter être cité…

En réalité, plusieurs éléments étranges étaient susceptibles d’attirer l’attention d’un professionnel. Les performances d’abord ; mais aussi le fait que la société de Bernard Madoff assumait en même temps plusieurs fonctions qui sont normalement dissociées. En particulier BMIS (Bernard Madoff Investment Securities) étaient dépositaire de fonds confiés par les investisseurs. Cela s’explique par le fait que BMIS assure d’autre part des fonctions de brokers et donc tient de ce fait des livres de compte pour ses clients. Mais en l’occurrence, les sommes confiées à Madoff comme gérant, non comme broker, auraient dû être placées entre les mains d’un tiers indépendant, un dépositaire.

Autre curiosité : le commissaire aux comptes n’était autre qu’une officine… détenue par Madoff et des proches. Et que penser encore de la façon dont les fonds étaient valorisés, en interne ?

Travail de fonds

Ce travail d’investigation, un concurrent de Barnard Madoff l’a réalisé au fil des années, alertant la SEC, le gendarme des marchés financiers américain, à plusieurs reprises. Jusqu’à lui adresser en 2006 un mémorandum très documenté afin d’argumenter pourquoi il était convaincu que Bernard Madoff était un fraudeur.

Il est vrai que Harry Markopolos, comme l’explique le Wall Street Journal, avait de bonnes raisons d’en vouloir à Bernard Madoff : lui-même gérant de hedge fund, il avait un patron qui lui mettait la pression afin qu’il produise des performances comparables à celle de Madoff. C’est ce qui a conduit Markopolos à se pencher sur la gestion de Madoff pour en démonter les mécanismes...

Un travail que certes ne peut pas faire chacun. Mais quelques principes de base permettent bien souvent de limiter les dégâts lorsqu’il s’agit de choisir un placement financier : ne pas s’arrêter aux seules performances pour apprécier un fonds, se demander comment les performances ont été obtenues, essayer de voir quels risques sont associés au fonds. Et, lorsque que l’on ne comprend pas d’où vient la performance, passer son chemin....


Frédéric Lorenzini est Directeur de la Recherche de Morningstar France. Il est joignable à l’adresse suivante : lorenzini@morningstar.fr

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Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

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Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

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Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

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