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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 09:54

 

CONTROVERSE | Contrairement aux allégations du président iranien, Israël n’est pas né de la Shoah, affirme l’historien Georges Bensoussan.

© dr | Georges Bensoussan. «Toute chronologie est un jugement».

Georges Bensoussan | 23.04.2009 | 00:00

«Sous le prétexte de la souffrance juive»… A Genève, lundi, Mahmoud Ahmadinejad a une fois de plus accusé les Occidentaux d’avoir à la fin de la Seconde Guerre mondiale «envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de l’Holocauste établir un gouvernement totalement raciste en Palestine occupée». Sous «le prétexte de la souffrance juive», les puissances alliées auraient eu «recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière».

Le discours n’a rien d’inédit. Il a cours en Iran, dans les pays arabes, et au sein de diverses fractions de l’ultra-gauche européenne. La Shoah, affirme le comédien français Dieudonné, est un outil «aux mains du Sionisme international».

Le procès repose sur des idées répandues bien au-delà du monde des ennemis: combattu ou défendu, l’Etat d’Israël procéderait directement de la destruction du judaïsme européen. «Sion a ressurgi des crématoires et des charniers, écrivait en 1958 François Mauriac. La nation juive est ressuscitée d’entre ces millions de morts».

Pour l’historien Georges Bensoussan, cette «vision compassionnelle» n’a pas plus de rapport avec l’histoire que le négationnisme des antisionistes. «Toute chronologie est un jugement», estime-t-il. Forts d’une armée, d’une agriculture, d’une industrie, dotés d’une langue propre, d’une administration, d’une presse, d’universités, de syndicats, les Juifs auraient pu constituer un «Etat viable» dès avant la guerre, affirme-t-il.

Des survivants méprisés

«Pour comprendre le processus de naissance de l’Etat juif*, écrit-il, il faut remonter à la fin du XIXe siècle au moins. C’est à cette condition que l’on perçoit combien loin d’avoir oeuvré à la mise au monde de l’Etat d’Israël, la Shoah en a au contraire sapé les bases». Les six millions de juifs assassinés entre 1941 et 45 manqueront à jamais.

Responsable éditorial du Mémorial de la Shoah, à Paris, Georges Bensoussan ne nie pas la participation des survivants à la mise en place du nouvel Etat: à la fin de 1949, un Israélien sur trois - 350 000 - était issu des camps. Simplement, ce lien démographique ne suffit pas à faire du génocide «la matrice» de l’Etat juif.

Israël, ajoute Bensoussan, ne doit rien aux remords des nations occidentales, qui ne sentaient pas responsables des crimes nazis. Il ne se présente pas non plus comme «un sursaut des Juifs face à l’antisémitisme meurtrier». Incapables durant le conflit de venir au secours de leurs coreligionnaires européens, les juifs d’Israël ont eu tendance après-guerre à occulter les témoignages des déportés. En outre, ils ne cachaient pas toujours le mépris que leur inspiraient les juifs de la diaspora, coupables à leurs yeux de s’être «laissé mener comme des moutons à l’abattoir».

Plutôt que le malheur des rescapés, il fallait célébrer l’héroïsme des pionniers, le courage des soldats et la vigueur des Sabras, qui faisaient refleurir le désert. C’était le temps de la «mémoire sans sujets». La Shoah, explique Georges Bensoussan, est alors «commémorée, mais elle n’est pas remémorée à travers les figures de survivants», relégués au rang de «citoyens ordinaires».

Vision obsidionale

La mémoire du génocide ne s’imposera que très lentement. «Le tournant, rappelle Georges Bensoussan, aura lieu en 1961 avec le procès Eichmann», qui offrira enfin aux survivants l’occasion de se faire entendre. Il s’accélérera après les Guerres des six jours (1967) et du Kippour (1973), où se ranime à nouveau la peur de la disparition. La Shoah s’est depuis installée au cœur de la société israélienne.

Cette omniprésence suscite en Israël même de nombreux débats. Elle a pour effet, note Georges Bensoussan, de «projeter des souvenirs traumatisants sur l’actualité». La centralité du souvenir de la Shoah, confie-t-il, «enferme la société israélienne dans une vision obsidionale». Elle empêche l’identité juive de se normaliser, «en encourageant le thème du peuple qui habite seul ». Jean-François Verdonnet

*Georges Bensoussan. Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (1933-2007). Seuil. 2008.


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commentaires

G
Sur le plan théologique, idéologique et politique, de nombreux pro-Sionistes étaient des Chrétiens de différentes obédiences, souvent protestants, Baptistes, Evangéliques, etc. qui sont les inventeurs de la fameuse tirade : "Une Terre sans peuple"... attribuée aux Sionistes, qui l'ont peu utilisées, parce que concrètement, ils voyaient bien que ça ne collait pas à la réalité. <br /> Ce que sous-entendaient beaucoup de penseurs chrétiens anglais, américains, etc., c'est qu'une terre doit être légitimée, régie, ordonnée, travaillée, ce qui, à la Chute de l'Empire Ottoman, n'est plus vrai. <br /> Ce qu'on sait aussiest que la naissance de la "cause arabo-palestinienne" est postérieure et réactionnelle à l'arrivée et l'installation des premiers Sionistes. Mais elle était dirigée de Grande Syrie, d'Egypte, d'Arabie Saoudite à qui l'Angleterre, jouant sur les deux tableaux pour mieux générer la confusion et donc, la guerre, avait également promis que jamais, ô grand jamais, il n'y aurait de "foyer national Juif" au milieu de la Oumma! L'intérêt britannique était lié et causé à l'avenir de British Petroleum dans la région!<br /> Si les potentats arabes et leurs successeurs ont quelque chose à dire ou à reprocher, qu'ils en fassent le procès historique à la duperie britannique! Or, BP est également présent en Iran. On ne va pas fâcher les bons clients...
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G
Aussi bien Edgar qu'Olyvier : on en revient, chaque fois à la distinction (mais c'est le propre de la mise en garde contre les amalgames idéologiques de tour poil!) entre : <br /> -le lien, une contemporanéité, une circonstance majeure de la Création d'Israël<br /> - et la "Causalité première", sui généris, etc. <br /> <br /> Ce manque de gymnastique amène à la conclusion que l'Europe a créé Israël au lendemain de la Seconde Guerre, ce que parvient très bien à vous faire dire et admettre Ahmadinedjad!<br /> <br /> Le vote à l'ONU (d'abord concernant la partition : résolution 181) a été chaud est s'est bien effectué, qui en disconvient, après la Seconde Guerre Mondiale. Mais votait pour : par exemple l'URSS, qui s'est toujours targuée de ne pas être antisémite, mmais d'avoir lutté contre les fascistes et les "bourgeois" (y compris Juifs, largement purgés sous Staline : les premières Alyoth de pionniers, de Rishon le Tzion, Zikron Ya'acov proviennent directement des pogroms d'Odessa, Kichinev, avant, pendant la Révolution soviétique : d'où l'on pouvait être à la fois Communiste... et Sioniste! Paradoxe pratique n'ayant plus rien à voir avec un cadre idéologique "raisonnable"), <br /> les Etats-Unis qui peuvent se targuer d'avoir aussi libérer des Camps de la Mort. <br /> Pour l'Europe de la reconstruction, il va de soi que la question des réfugiés à nourrir, loger, retaper, était "brûlante"<br /> <br /> Néanmoins et dans tous les cas de figure, "l'offre géopolitique" existait de toutes les façons et question de temps ou de lutte, depuis la Déclaration Balfour, à tout le moins. <br /> La motivation première d'une telle Déclaration, même si elle ensuite, plus ou moins revue et corrigée par les accords Sykes-Picot ou "le livre blanc", la Création de la "Jordanie" à la place de la Transjordanie palestinienne, en 22, etc., n'est pas que 16 ans plus tard, Hitler va prendre le pouvoir en Allemagne et qu'il faudra une solution non-finale à la Shoah!<br /> Ahmedinedjad s'amuse de votre "culpabilité" masquée et vous renvoie les Juifs que vous n'avez pas envoyés à la figure, mais qui, pour certains, étaient présents à la fin du XIXès. Ou ce sont battus contre le Grand Mufti, contre les pogroms arabes de 21, 29, 36 et 37 (avant ou parallèlement à Hitler). <br /> <br /> Si vous aimez vous flagellez, grand bien vous fasse, le père fouettard Ahmadinedjad est là pour ça!
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E
Gad, quand vous concluez par ceci : "La question de la "faute de l'Europe" dans la constitution d'Israël n'est plus au menu : c'est trop tard.", vous donnez raison à Olyvier sur son point de départ.<br /> <br /> La création d'Israël est bien liée à la deuxième guerre mondiale et à la culpabilité européenne. <br /> <br /> Que vous ne souhaitiez pas en entendre parler, pour des raisons politiques, en décrétant que c'est "trop tard", est fort compréhensible. Mais vous ne ferez jamais que ce qui a été ne soit pas.
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G
PS : de plus, la délégation française, dans un geste théâtral (mais c'est un autre sujet), a quitté la salle. Vous voilà donc bien seul à défendre la "justesse" des propos d'Ahmadindejad!<br /> Où voulez-vous en venir? Qu'il faut discuter avec Ahmadinedjad? C'est déjà fait, l'Amérique s'en charge! A quel prix, nous ne le savons pas encore.
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G
Et bien : parlez-nous donc des Chrétiens de Mossoul! Et encore, parce que les armées américaine, irakienne les protègent, que les Kurdes leur offrent refuge ou que la Syrie consent à leur entrouvrir la porte!<br /> Vous nous tenez un discours qui est celui de la seule responsabilité israélienne dans tous les évènements survenus et elle est pour le moins lassante. Vous avancez une semi "nuance relativiste" pour mieux pointer un doigt vengeur des "souffrances palestiniennes" comme si elles étaient univoques et la seule au monde!<br /> Et vous souhaiteriez que nous arrondissions les angles, face aux vociférations d'Ahmadinedjad, avec lequel, certainement,vous êtes tout à fait disposé à discuter. <br /> Les Juifs présents en Israël n'ont pas l'intention d'être dispersés vers l'Europe, d'abord parce que le plus grand nombre n'est pas nécessairement originaire d'Europe, mais de sur-place, de l'Orient, voire d'Irak! (6, je crois, arrivés dès que les Américains sont venus : les derniers survivants des diasporas locales). <br /> La question de la "faute de l'Europe" dans la constitution d'Israël n'est plus au menu : c'est trop tard.
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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