Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 23:23


Dans la suite des articles de Menahem Macina et l'appel de Marc Brzustowski à secouer les neurones des personnalités morales de la société civile, je mets en exergue une partie du Rapport de 2004 établi par JF Rufin, actuel Ambassadeur au Sénégal, sur la réflexion que lui inspirait l'état des rapports politiques radicaux incitateurs à la violence et aux accusations démesurées contre les citoyens de confession juive ou de patronyme, ou de culture juive. Si la piste juridique n'est pas la seule à apporter les réponses adéquates, elle a aussi volonté et le mérite d'encadrer des mentalités qui ne seraient pas parvenues à maturité, en acceptant le fait sioniste comme une réponse politique aux dérives enregistrées durant une histoire séculaire.

Le législateur s'est ravisé devant le risque, et c'en peut être un, de porter atteinte à ce qui est considéré comme un droit à l'expression "libre". Or, la liberté s'arrête là où elle empiête sur la liberté et à la sécurité d'autrui de ne pas être enfermé dans une propagande propagée à dessein de façon asymétrique et reposant sur la victimisation des propagateurs du terrorisme sous toutes ses formes : intellectuel, physiquement violent, tortionnaire (Ilan Halimi z"l) ou meurtrier...

La législation croise, bien évidemment, d'autres chantiers, comme celui de la pédagogie, de la formation, de l'éducation à rester dans les cadres du débat politique.

Aujourd'hui l'antisionisme, ou l'antisémi-sionisme est un véritable défi, en ce que, par certains aspects, il représente un danger plus grand collectivement que l'antisémitisme qu'il globalise, comme l'a très bien exprimé Judéa Pearl, le père de Daniel. Ce n'est pas seulement le Juif en tant qu'individu qui est visé, mais l'idée même qu'il puisse seulement avoir le droit, à l'instar des membres des autres peuples, de se reconnaître dans une entité et un état chargé d'exprimer et de défendre ses droits fondamentaux. Car il n'a d'autre choix qu'entre l'atomisation ou de faire front. Il est donc en soi une apologie de la destruction massive et du crime contre l'humanité.



Extrait du Rapport Rufin


Lutter contre « l’esprit de Durban »

Parmi toutes les formes, subtiles, d’antisémitisme par procuration, il en est une qui doit être particulièrement distinguée car elle émerge depuis quelques années comme forme de discours dominant : c’est l’antisionisme radical.

Cet antisionisme revêt différentes formes d’expression qui servent d’écran les unes aux autres et contribuent à le banaliser. Sans entrer dans une analyse détaillée de ces courants, notons que, pour l’essentiel, cet antisionisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, anti-mondialisation, anti-racistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte. Dans cette représentation du monde, Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-monde. La conférence de Durban, sous l’égide des Nations Unies, qui s’est tenue trois jours avant le 11 septembre 2001, a donné lieu à la plus violente mise en scène de cet antisionisme antiraciste.

Il ne prend cependant pas toujours cette forme extrémiste. En mettant l’accent sur la dénonciation de « la politique de Sharon » et en se recommandant de certaines voix juives dissidentes, il se donne des cautions de respectabilité et entend suggérer qu’il n’est pas assimilable à un antisémitisme.

Cependant, dès que l’on entre un peu dans le détail, on découvre facilement que cet antisionisme n’est pas la simple critique conjoncturelle d’une politique mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël. Depuis le lancement de l’Intifada Al-Aqsa par Yasser Arafat, le discours est en effet nettement régressif. Alors que les accord d’Oslo établissaient clairement la reconnaissance par tous du droit à l’existence et à la sécurité d’Israël, la thématique nouvelle du « droit au retour » des réfugiés palestiniens remet en question la survie même d’un Etat où les juifs du monde entier peuvent trouver la sécurité.

En légitimant la lutte armée des Palestiniens quelle qu’en soit la forme, même lorsqu’elle vise des civils innocents, l’antisionisme propose une lecture radicale de l’actualité, propre à légitimer les actions violentes commises en France même. L’antisionisme est en effet amalgamé à des thématiques auxquelles les jeunes sont sensibles : l’avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-monde 29. Lorsque des militants de la confédération paysanne passent de l’action violente ici à des opérations de soutien à la direction du Fatah là-bas, le mécanisme d’identification à la cause palestinienne des jeunes en déshérence tourne à plein, d’autant plus s’ils sont d’origine arabe et/ou de confession musulmane. L’intervention de penseurs « islamistes modérés », dont le discours reste ambigu complète cette identification et la prolonge. Derrière les critiques violentes qui assimilent le sionisme au nazisme, on entend, en écho subliminal, la voix interdite mais bien relayée des terroristes islamistes qui généralisent le combat et affirment « qu’il faut attaquer les Juifs partout où ils se trouvent ».

Ainsi se trouve constitué l’une des mécaniques les plus redoutables aujourd’hui qui fait d’un antisionisme en apparence politique et antiraciste l’un des facteurs facilitateurs du passage à l’acte, l’un des instruments de l’antisémitisme par procuration.

Tel est le paradoxe du moment présent : alors que le combat contre l’antisémitisme « classique » a été en grande partie couronné de succès, la menace réapparaît sous une forme nouvelle. L’attitude à adopter face à l’antisionisme est difficile à déterminer et les Juifs sont sans doute les plus mal placés pour agir.

Il a été maintes fois souligné qu’on ne devait ni ne pouvait assimiler les Juifs de France à Israël. Le soupçon de double allégeance est un des thèmes classiques de l’antisémitisme. Beaucoup de juifs français se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur Israël. Ce d’autant qu’ils sont souvent divisés quant à leur jugement sur la politique de son gouvernement. Autant l’antisémitisme les trouve mobilisés, autant l’antisionisme les prend au dépourvu car il joue sur le caractère complexe, intime et à certains égards paradoxal du lien entre Israël et les Juifs de France. Comme l’écrit Sylvain Attal : « Quel que soit leur attachement à Israël, les Juifs français sont républicains. Venant parfois d’un autre pays, ils ont choisi de vivre en France et d’y rester pour la plupart. Mais aujourd’hui, pour les Juifs, la perspective d’un monde sans Etat d’Israël est tout simplement insupportable » 30.

L’antisionisme radical enferme les Juifs dans un piège redoutable : il les désigne ici à la vindicte de ceux qui s’identifient aux victimes de l’Etat d’Israël. Ce faisant, ils créent entre eux et Israël un lien qu’ils ne peuvent ni reconnaître tout à fait (car ils se sentent différents) ni démentir (car ce lien existe bel et bien mais au sein d’un ensemble complexe d’attachements et de loyautés).

Ce serait une grande lâcheté que de laisser la communauté juive se débattre seule dans ces sables mouvants. Si l’on estime que l’antisémitisme a reculé grâce au droit (en particulier la loi de 1972), il faut tenter d’appliquer la même méthode à la nouvelle judéophobie et il revient aux autorités politiques d’en prendre l’initiative.

Car notre arsenal juridique, s’il est adapté à la prévention et à la répression des formes classiques d’injures à caractère racial et des actes de violence ou de discrimination, se montre extrêmement démuni quant aux formes nouvelles de l’antisionisme radical.

Certes, il n’est pas question de sanctionner des opinions politiques, portant critique par exemple sur tel gouvernement et qui sont parfaitement légitimes. Ce qu’il s’agit de sanctionner c’est le retournement pervers et diffamatoire du racisme contre ceux-là même qui en ont été victimes à un degré inégalé. Les accusations de racisme, d’apartheid, de nazisme portent des implications morales extrêmement graves. Elles ont, dans la situation où nous nous trouvons aujourd’hui des conséquences majeures qui peuvent, par contagion, mettre en danger la vie de nos concitoyens juifs. Il est légitime d’imposer par le droit qu’elles ne soient pas portées à la légère.

C’est pourquoi nous invitons à réfléchir sur l’opportunité et l’applicabilité d’un texte de loi qui complèterait les dispositions de la loi du 1 juillet 1972 et celles de la loi du 13 juillet 1990 (dite loi Gayssot). Ce texte permettrait de punir ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats des accusations de racisme et utiliseraient, à leur propos, des comparaisons injustifiées 31 avec l’apartheid ou le nazisme.

Une telle accusation n’est pas seulement une diffamation ; c’est, dans le contexte mondial d’aujourd’hui une véritable incitation à la violence, un trouble à l’ordre public et un préjudice grave pour ceux qui peuvent être concernés. C’est pourquoi les associations seraient fondées, en la matière, à déposer plainte.

En conclusion, j’ajouterai quelques remarques qui sortent du cadre de ce chantier mais me paraissent devoir le compléter. Il n’est pas concevable aujourd’hui de lutter efficacement, en France, contre l’antisémitisme dans ses formes nouvelles, sans tout tenter pour rééquilibrer l’appréciation par l’opinion publique de la situation au Moyen-Orient. Depuis la « rupture » de 1967, l’image de l’Etat d’Israël n’a cessé de dériver au point de produire à son endroit une véritable anesthésie victimaire. Les civils israéliens bombardés à la roquette, les enfants tués dans des bus par des kamikazes, n’émeuvent apparemment personne, tandis que la répression organisée par l’Etat hébreu suscite, à juste titre, l’émotion quand elle atteint des innocents. Bien des facteurs concourent à cette asymétrie. Les carences du droit international humanitaire, d’abord, qui dénonce avec force les exactions quand elles sont commises par les Etats, mais qui ne contraint pas les mouvements de libération ou de résistance à rendre [des] comptes sur les méthodes qu’ils emploient. Comprendre les souffrances endurées de part et d’autre ne veut pas dire excuser ou tolérer, mais seulement restituer un peu du tragique de cette situation et s’éloigner de la caricature qui en est faite.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis