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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 10:13

Il est de plus en plus fréquent de s'attaquer à la recherche historique au nom du fait que s'approfondissant jusqu'à la racine des mots et des maux, elle risquerait de compromettre des piliers de la "pensée moderne" considérée, a priori, comme seule source et planche de salut, "lumière de l'émancipation", et donc le fait de seulement en critiquer certains aspects, une façon "suicidaire" de scier la branche sur laquelle notre monde, le seul possible, la Weltangschaung sans laquelle il s'effondrerait. C'est le cas, récemment, avec l'ouvrage considéré comme polémique, de Sylvain Gogenheim : "Aristote au Mont-St-Michel". Suite à une discussion sur Voltaire, je remets en ligne l'ouvrage de Taguieff sur la pensée des "Modernes" :



Pierre-André Taguieff : la judéophobie des modernes

Par Paul Benaïm pour Guysen International News
Jeudi 6 novembre 2008 à 22:55
 
Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, vient de publier un essai sur les mille et un visages de la haine des Juifs, de l’époque des « Lumières » (XVIIIe siècle) à nos jours. Ce livre, intitulé « La judéophobie des modernes », est une analyse fouillée d’un sujet inépuisable, l’antisémitisme. L’œuvre imposante de Pierre-André Taguieff s’inscrit dans la lignée de celles de Jules Isaac et de Léon Poliakov. (1)

Au terme d’antisémitisme consacré par l’usage mais inexact car englobant la haine des Juifs et des Arabes, P.A. Taguieff préfère le néologisme de « judéophobie ».
Ce compte-rendu se propose de donner un aperçu de courants d’idées dont le point commun est la « judéophobie ». A ces idées sont attachés des noms, dont certains sont célèbres et d’autres totalement oubliés. L’auteur donne la parole aux premiers et aux seconds et l’on est surpris de constater que des hommes de talent, voire de génie, ont pu, aux côtés de cohortes d’opportunistes et de démagogues, apporter leur pierre à un édifice de calomnies.

Un processus bien rôdé

Le processus est bien rôdé : un fait réel ou imaginaire, un événement historique, une légende ou une rumeur sont « revisités », enrichis, déformés, amplifiés, de façon à donner des Juifs une image suscitant la répulsion et la haine.
Les pourfendeurs se sont renouvelés depuis deux mille ans, de même que leurs cibles. Ainsi les Chrétiens qui, il y a peu, portaient le flambeau de l’antisémitisme religieux ont cédé la place aux champions de l’antisémitisme racial. Aujourd’hui les intégristes islamistes, au nom du Jihad, vouent pareillement aux gémonies « les judéo-croisés », les Américains et l’Occident qu’il faut détruire pour que l’islam règne sur l’univers.

Propos de philosophes

- On sait que Voltaire (1694-1778) était l’adversaire des trois grandes religions, judaïsme, christianisme et islam, mais les Juifs ont une place privilégiée dans son discours : ses attaques ne se limitaient pas à leurs seules croyances. A propos de « ces ennemis du genre humain », il écrit froidement: « Des doctes (sic) prétendent qu’ils jetaient leurs petits-enfants dans l’eau bouillante de leurs chaudières. » et l’illustre philosophe porte cette accusation d’infanticide sans exprimer le moindre doute sur le sérieux de ses sources. (2)
- Un contemporain de Voltaire, le baron d’Holbach, a présenté une version très orientée du récit biblique de l’Exode, selon lui caractéristique des agissements de ce « peuple de brigands et de tueurs ». P.A.Taguieff en donne de larges extraits et l’on a quelque peine à reconnaître Moïse dans le chef de bande, prêtre d’Héliopolis, décrit par ledit baron, « inspirant à ses troupes la haine la plus envenimée contre les dieux des autres nations et la cruauté la plus étudiée contre ceux qui les adoraient. » (1)
- PA Taguieff établit la longue liste des auteurs qui, après et avant Voltaire, ont rendu possibles les formes modernes de la judéophobie et dont la responsabilité apparaît immense.

Le Juif est tout et son contraire

P.A. Taguieff ne cherche pas à argumenter le discours des judéophobes : les Juifs sont présentés par les uns comme s’identifiant au capitalisme, par d’autres comme les agents du bolchevisme, ou encore comme des obscurantistes primaires alors qu’ils sont pour d’autres les agents d’un modernisme outrancier, autant d ‘accusations contradictoires qui s’autodétruisent.

De plus le terme de Juif aux yeux de certains a une signification élargie :
- ainsi le socialiste Alphonse Toussenel est l’auteur d’un pamphlet « Travail et fainéantise » publié en 1849 dans lequel on peut lire : « J’appelle, comme le peuple de ce nom méprisé de juif, tout trafiquant d’espèces, tout parasite improductif, vivant de la substance et du travail d’autrui. Juif, usurier, trafiquant sont pour moi synonymes.
- le journal L’Anti-Sémitique (1883) va encore plus loin : « Nous englobons sous le nom de juif tout ce qui nous semble bas et vil »

La haine de soi des Juifs antisémites

La contamination par le virus de l’antisémitisme peut ne pas épargner des Juifs.
Ainsi Karl Marx (1818-1883), le théoricien de la dictature du prolétariat, ne s’est pas borné à désigner les Juifs comme les représentants du capitalisme : il manie l’injure à l’égard des « youpins » et dénonce son contemporain Ferdinand Lassale comme un « négro-juif ».

L’affaire al Dura, « version actualisée de l’accusation de meurtre rituel »

Le 30 septembre 2000 un caméraman palestinien, membre du Fatah, filme pour Antenne 2 « la mort en direct » d’un enfant palestinien présenté comme la victime de tirs israéliens. Ce reportage très contesté pourrait n’avoir été qu’ une mise en scène s’inscrivant dans la victimologie, le martyre du peuple palestinien. Toujours est-il qu’il a été le point de départ d’une vague de violences et d’ une propagande antisioniste effrénée dénonçant les israéliens tueurs d’enfants. Cette affaire a donné un nouvel élan aux efforts de ceux qui tentent d’accréditer le slogan sionisme = nazisme, objet de déclarations véhémentes à la conférence de Durban (2001) présentant les juifs-sionistes comme les ennemis du genre humain.
Cette propagande est parvenue à convaincre des journalistes comme Alain Ménargues pour qui la clôture de protection contre les infiltrations de terroristes palestiniens est une barrière destinée « à séparer le pur de l’impur » et pour qui l’Etat d’Israël est un Etat raciste (2004). Elle est à l’origine des tentatives de boycott des universités israéliennes par une grande association d’universitaires britanniques (2005).

Un lourd passé mais aussi un bel avenir

L’ouvrage de Pierre-André Taguieff a été publié en mai 2008.
Depuis cette date l’événement le plus marquant a été la crise financière mondiale. Comme on pouvait le prévoir, cette crise a déjà donné lieu à la mise en cause de banquiers juifs : la direction de Lehman Brothers a été accusée d’avoir viré deux mille milliards de dollars en Israël à la veille de leur faillite ! (3)

Le combat contre la haine

Il est plus facile d’allumer un incendie que d’en venir à bout, surtout s’il dure depuis deux mille ans. Mais il ne faut pas désespérer : les travaux de Jules Isaac n’ont-ils pas influé favorablement sur le discours vengeur de l’église chrétienne ? Les biologistes n’ont-ils pas pleinement démontré le caractère infondé de la notion de race et partant l’absurdité de l’antisémitisme racial ?
Le travail de Pierre-André Taguieff est comparable à celui d’un savant décrivant une maladie contagieuse aux mille formes cliniques, depuis la judéophobie « instinctive » ignorant les motifs de sa haine, à la judéophobie « réfléchie » fondée sur des données mouvantes, variant suivant les époques. Il s’interroge sur les mécanismes de « la haine la plus longue de l’histoire de l’humanité ». Cette haine est pour lui le fruit de mythes qui se métamorphosent en s’adaptant au contexte historique et social, tel le mythe de l’étranger dont il faut se méfier ou celui de l’ennemi absolu qu’il faut abattre.
Cet ouvrage de l’historien des idées, (de même que ses essais précédents « La force du préjugé » et « Les prêcheurs de haine »), est une contribution à la lutte contre un mal qui finira peut-être un jour par s’éteindre, comme se sont éteintes les épidémies de peste et de typhus qui ont ravagé l’humanité pendant des siècles.


. Sources
1-Pierre-André Taguieff La judéophobie des modernes
Des Lumières au Jihad mondial 683 pages Ed. Odile Jacob 2008
2- Voltaire Dictionnaire philosophique
3- Anshel Pfeffer Les Protocoles des Sages de Wall Street
Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant http://www.lapaixmaintenant.org/liste


Illustrations
1- Page de couverture
2 –Voltaire
3 – Arrêt sur image d’un reportage contesté
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commentaires

G
Ce livre fera référence, superbe analyse.
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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