Samedi 31 octobre 2009





A l’encontre de l’Iran nous répétons les erreurs commises avec les totalitarismes du XXe siècle, cependant nous n'avons plus d'excuses


http://www.thesydneyinstitutepodcast.com/content/binary/IMG_0639_2_1.JPG

Michael Ledeen


In : Il Foglio, p.2


http://www.informazionecorretta.it/main.php?mediaId=999920&sez=120&id=31793

 


Traduit de l’italien par Gilles Raphel


pour : aschkel.over-blog.com et lessakele.over-blog.fr


Michael Ledeen aurait pu titrer son article en reprenant un célèbre sujet de philosophie du baccalauréat : à quoi sert l’histoire ?

M. Ledeen rappelle dans son texte que nous, peuples d’Occident, avons été, faute de réaction et non d’information, incapables d’éviter la solution finale nazie, incapable de détruire à temps les bêtes immondes que furent le nazisme et le communisme qui mettent à mal l’essence même de nos démocraties.

Il en est de même vis-à-vis de l’Iran des mollahs qui représente actuellement le danger planétaire ; pourrons-nous dire à nos enfants que nous savions mais que nous n’avons rien fait ou agit trop tardivement comme la génération de nos parents au cours du XXème siècle ?

 

Le 12 avril 1945 les généraux américains Eisenhower, Bradley et Patton entrent pour la première fois dans les camps de concentration nazis. Le premier qu’ils visitèrent fut Ohrdruf, l’un des nombreux camps secondaires où étaient gazés certains prisonniers puis ils atteignirent le camp de Buchenwald éloigné de  quelques kilomètres. Le terrible secret d’Hitler portant sur l’extermination de tous les Juifs d'Europe (et avec eux beaucoup d'autres humains comme les homosexuels et les Tsiganes) était en fait bien connu des commandants militaires américains. Pendant des années ils avaient reçu des informations détaillées sur la solution finale et avaient lu des articles comme celui publié par le New York Times en décembre de l'année précédente dans lequel le journaliste Milton Bracker avait décrit la désolation d'un camp abandonné à Natzweiler-Struthof. «Les solides casernes vertes étaient pratiquement identiques à celles qui abritaient les bûcherons américains durant les premières années du New Deal mais dans ces beaux bâtiments y avait des pièces avec des crochets en forme de «s» au plafond auxquels les prisonniers étaient suspendus avant d'être envoyés à la mort dans les chambres à gaz ».


Eisenhower, Bradley et Patton croyaient être bien préparés à ce qu'ils auraient à découvrir. Mais ils ne l’étaient pas du tout (...). Le Général Patton, connu pour être un vrai dur, dû sortir vomir. Comme Patton, Eisenhower avait également été très actif sur de nombreux fronts de la guerre, de l’Afrique du Nord à l'Allemagne. Comme tout Occidental, il avait entendu et lu différentes histoires au sujet de l'holocauste nazi mais toutes les informations disponibles ne lui permirent pas d’être préparé à ce qu’il avait devant les yeux. Il écrivit à Washington : «D'après ce que j'ai vu personnellement, je peux dire avec certitude que tout ce qui a été écrit à ce jour ne décrit pas adéquatement l'horreur totale. Elle doit être vue avec les yeux, sans quoi elle est inimaginable ».


Les victimes elles-mêmes ont été incapables de reconnaître l'énormité de leur malheur. Quand l'armée nazie approchait de Turin, des membres de la résistance italienne sont allés avertir leurs voisins juifs, les exhortant à fuir la ville. L'un d'eux, le rabbin Augusto Segre, a ensuite précisé qu’il était presque impossible de convaincre les juifs de s’enfuir de Turin (...). Ainsi, tant les victimes juives que les généraux américains ont été incapables de comprendre la vraie nature de leurs ennemis. Cette reconnaissance est venue durant les décennies suivantes, d'abord au procès de Nuremberg puis dans celui d’Eichmann, enfin grâce à un grand nombre d'essais, d’autobiographies et les films. Les juges des procès ainsi que les écrivains et les réalisateurs ont été animés par un désir passionné afin de comprendre comment il était possible d’en arriver à de tels Etats terroristes, aux guerres mondiales et aux génocides de masse et comment il serait possible d’éviter le renouvellement de telles tragédies. Mais ils ne réussirent pas.


Tout comme Hitler et Staline avaient proclamé leur intention de détruire l'Occident et d'imposer une nouvelle tyrannie sur le monde, de même aujourd'hui les mollahs iraniens émettent des proclamations analogues. Tout comme les fascistes et les communistes avaient impitoyablement renforcé leur armée et attaqué leurs voisins, aujourd’hui l'Iran fait à l’identique. Cependant, en dehors du programme nucléaire iranien, nous n’avons jusqu'à présent porté peu d'attention à la nature même du régime iranien et à ses activités meurtrières à la fois contre le peuple iranien et contre les «forces sataniques » que les mollahs ciblent comme leurs principaux objectifs : l'Amérique, l'Occident chrétien, les Juifs et Israël. Et mis à part quelques sanctions économiques qui pourraient selon quelques experts contraindre les Iraniens à changer d'attitude ou à modifier la nature de leur régime, il n'a pas été mis en place une stratégie efficace pour s'attaquer au problème du mal iranien.


Après la Seconde Guerre mondiale nous avons essayé de trouver des réponses à certaines questions fondamentales : pourquoi l'Occident n’avait-il pas vu l’imminence de la catastrophe ? Pourquoi avait-il fait si peu d'efforts pour contrecarrer la mouvance fasciste et pourquoi presque tous les dirigeants occidentaux (et de nombreux intellectuels) ont-ils traité avec les fascistes comme s'ils étaient des dirigeants politiques normaux et non de cruels révolutionnaires ? Pourquoi même les mêmes principales victimes désignées - les Juifs – avaient-elles été incapables de reconnaître l'énormité de la tragédie qui pesait sur elles à ce moment là ? Pourquoi la résistance était si rare ?


L'étude du mal est toujours liée à la politique, que ce soit pour les États ou pour les individus, la compréhension du mal a pour but de nous mettre en condition de le reconnaître et de le combattre efficacement si jamais il revenait. Le slogan "plus jamais ça» ne signifie pas qu'il n'y aura plus jamais de mal dans le monde mais que plus jamais nous ne lui permettrons de grandir tranquillement. Si nous sommes en mesure de le reconnaître nous pourrons le combattre aussitôt, avant qu’il ne puisse devenir une menace mondiale. Alors, pourquoi ne sommes-nous pas capables de le reconnaître ? Pourquoi ne pas le reconnaître aujourd'hui même, alors que la République islamique d'Iran nous a déclaré la guerre et est agressive envers tout le monde ?


Dans le cas du fascisme, la plupart des spécialistes ont accepté une double explication : la nature particulière du mal et l'absence de tout précédent historique (...). Il était donc naturel que nous refusions de voir nos ennemis comme ils étaient vraiment (...). Une ou deux générations plus tard, des réponses semblables ont été données lorsque nous posions les mêmes questions sur le communisme. Comme le Troisième Reich, l'empire soviétique de Staline a systématiquement tué des millions d'hommes et les ambitions messianiques du communisme ont produit la même menace pour l'Occident. La plupart de ses contemporains ont considéré comme virtuellement impossible que le goulag fut ce qu’il était réellement. Les horreurs des camps de concentration soviétiques commencèrent à être reconnues dans les années soixante-dix après la publication des livres d'Alexandre Soljenitsyne. Comme dans le cas du fascisme, au final, nous avons été forcés de lancer une guerre mondiale (mais froide) pour vaincre le communisme. Et, une nouvelle fois, nous avons recommencé à étudier afin de ne plus nous laisser surprendre à l'avenir. Aujourd'hui, nous savons presque tout sur ce type de régimes et de mouvements. Nous savons que, dans tous ses détails terrifiants, le XXe siècle fut le siècle de l'histoire le plus violent et le plus sanglant. Il fut une boucherie si horrible que nous avons inventé un nouveau terme, «génocide», pour décrire l'extermination systématique de populations entières (...). Ces régimes malveillants ne sont pas une spécificité du siècle dernier et n'ont pas disparu après la défaite des nazis, des fascistes et des communistes. Ils sont aujourd'hui très présents, en particulier et de façon plus menaçante au Moyen-Orient (...). De toute évidence, les explications que nous avons données sur notre incapacité à réagir lors du siècle dernier sont fausses. La montée des mouvements messianiques de masse n'est pas nouvelle et nous le savons. Néanmoins, peu d'écrivains et encore moins de politiciens parlent de l'Iran en utilisant des mots identiques à ceux utilisés pour définir au siècle dernier les Etats totalitaires. Et nous n'avons aucune excuse pour nous déclarer surpris par le succès de dirigeants nocifs même dans des pays aux civilisations anciennes et aux longues traditions politiques et culturelles.


Aujourd'hui l'Iran a abandonné ses grandes traditions et est dominé par un régime cruel et fanatique qui opprime son peuple puis nous menace tous. Pourtant, beaucoup d’entre-nous se taisent sur la nature du régime iranien et sur son messianisme proclamé. Par conséquent, nous devons à nouveau nous poser l’ancienne question. Pourquoi ne pas reconnaître la puissance croissante des ennemis portant le mal ? Pourquoi les traitons-nous comme s'ils étaient des hommes politiques normaux, ce qui se produit chaque fois que les dirigeants occidentaux affirment que la négociation est la meilleure façon de traiter avec un régime qui appelle chaque jour à notre extinction ?


La réponse la plus brève est celle de Baudelaire : nous réconforter avec des pensées heureuses sur la nature humaine puis tomber dans le piège du démon, qui nous fait croire qu'il n'en existe aucun.


Cette dangereuse hypothèse prend habituellement la forme de la croyance des Lumières qui veut que tous les hommes sont fondamentalement égaux, qu'ils sont fondamentalement bons et que nous avançons progressivement vers la société idéale. Mais Machiavel vit la réalité plus clairement: «Les hommes sont plus enclins à faire le mal en bien», telle est la base essentielle sur laquelle il construit son art de gouverner. La quasi-totalité de l'histoire humaine, particulièrement celle du siècle dernier, confirme cette opinion. Mais nous préférons nier l'évidence (...). Malgré toutes les preuves du contraire que nous avons sous les yeux nous préférons suivre la voie du caractère raisonnable, même avec des ennemis dont le fanatisme déraisonnable est évident. Reconnaitre que l’Iran nous menace devrait nous donner l’initiative de réagir contre lui (sauf si nous désirons adopter une politique de suicide national). Nous avons tous vu les films avec des milliers d'Iraniens dans les rues de Téhéran dirigés par les mollahs et scandant "Mort à l'Amérique". Que devons-nous en penser ? Après l'expérience du siècle dernier, tout homme politique avisé supposerait que le sens de ces paroles est précisément celui-ci : la mort pour nous tous. Toutefois, le débat américain sur la République islamique d'Iran n’insiste jamais sur ce point mais se concentre plutôt sur le programme nucléaire des mollahs au sujet duquel il est hautement improbable que nous pouvons faire quelque chose. Le fait de discuter le problème du nucléaire iranien évite de mentionner le slogan «Mort à l'Amérique» qui nous désigne tous comme la véritable cible de l'Iran.


Reconnaître l'existence d’ennemis dangereux c'est accepter le fait que nous sommes en guerre puis élaborer et mettre en œuvre une stratégie visant à atteindre la victoire. Cela signifie que, au moins pour quelque temps, nous devons faire des sacrifices dans de nombreux domaines : dans le confort de notre vie, dans la restriction de nos libertés personnelles, dans le risque de perte humaines et dans la répartition des richesses nationales devant produire des instruments de puissance et non simplement destinées à la satisfaction de nos envies. Tout cela est douloureux, simplement le fait d’y penser l’est.


Avec un sinistre écho du siècle dernier, l'antisémitisme est un point central dans la vision du monde proposée par nos ennemis actuels. D’anciens textes comme "Les Protocoles des Sages de Sion", sont aujourd'hui traduits en persan et en arabe et largement diffusée dans tout le Moyen-Orient. Des appels prônant l'extermination des Juifs passent constamment à la télévision iranienne, égyptienne, saoudienne et syrienne et sont repris en Europe tout comme dans les mosquées américaines. L'Occident peine à exprimer des protestations et prend encore moins des mesures concrètes, cela rappelle, inévitablement, sa célèbre indifférence au sort des Juifs lors du siècle dernier.


Enfin, nous devons réfléchir à la forme même de la politique démocratique occidentale. Pas une démocratie n’était préparée adéquatement à la guerre avant son déclenchement en 1939. Aucune n’est prête à l'attaque terroriste lancée dans ce XXIème siècle. Il est très difficile pour les dirigeants élus (même les rares qui voient ce qui se passe et qui souhaitent agir) de prendre des décisions en temps opportun et efficace avant le déclenchement de conflits.


Comme dans le passé récent, l'initiative est entre les mains des ennemis de l'Occident. Même aujourd'hui, alors que nous nous battons en Irak et en Afghanistan, nous avons une reconnaissance suffisante du fait que nous sommes sous l'attaque d'une espèce d’ennemis déjà connue et par conséquent nous devons réagir. Cette fois, cependant, l'ignorance ne pourra être utilisée comme une excuse. Si nous sommes vaincus, nous le serons pour notre manque de volonté de comprendre la menace. Comme ce fut le cas lors de la Seconde Guerre mondiale.


J'ai écrit ce texte dans l'espoir que la génération actuelle d'Américains puissent être épargnée des terribles expériences vécues par Eisenhower, Patton et Bradley qui, dans les ruines de l'Allemagne nazie, se trouvèrent face à face avec le mal qu'ils avaient combattu et ont été choqués par le peu qu'ils en avaient vraiment saisi. Ils ne comprirent pas sa vraie nature jusqu'à ce qu'ils franchissent le seuil du camp d'Ohrdruf. J'espère que nos enfants n'auront pas à demander, comme je l'ai demandé à mes parents, comment cela avait été possible d'ignorer la réalité et de rester quiescent pendant si longtemps. Que pourrons-nous répondre ?

Par Gad - Publié dans : Provocations mollachiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 


Présentation

  • : Le blog de Gad
  • lessakele
  • : Actualité
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées. La sélection d'articles de différentes provenances sera approvisionnée de commentaires libres et de liens renvoyant à d'autres analyses préalables les confirmant ou permettant d'établir une comparaison pour garantir le
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • : 24/04/2007

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recommander

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus