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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 11:06

 

 

A l'ONU, la Palestine

Abbas, nom de guerre Abu Mazen, en réunion officielle devant la carte de "SA" Palestine. Israël n'existe plus.

© Fouad Ajami
Traduction française Liliane Messika © Primo-Info,1/06/2011
Version originale Wall Street Journal

Cela a été un sacré gymkhana, le prélude au vote de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947 sur la question de la partition de la Palestine.

L’ONU elle-même n’avait que deux ans et 56 membres. La guerre froide était en pleine croissance et personne ne savait exactement comment les deux superpuissances, les Etats-Unis et l’Union Soviétique voteraient.

Les États arabes et musulmans y étaient, bien sûr, irrévocablement opposés, car cette partition annonçait avec certitude un Etat juif.

Finalement, le vote entérina la partition, les Etats-Unis soutinrent la résolution et, deux jours plus tard, l’Union soviétique leur emboîta le pas.

Il s’en est fallu de peu : 10 Etats se sont abstenus, 13 ont voté contre, 33 pour, soit deux de plus que la majorité des 2/3 nécessaire.

Maintenant, six décennies plus tard, les Palestiniens demandent un vote à la prochaine Assemblée générale en septembre, pour ratifier une déclaration unilatérale de création de l’État de Palestine.

C’est, pour une part, une appropriation par les Palestiniens du narratif sioniste.

Le vote de 1947 fut considéré comme le fondement du droit d’Israël à l’indépendance et à un Etat. Les Palestiniens et les pouvoirs arabes avaient refusé la partition et choisi la guerre. Leur choix allait se révéler calamiteux.

Quand les armes finirent par se taire, le Yishuv, la communauté juive de Palestine, avait résisté contre l’ensemble des armées d’Egypte, de Jordanie, de Syrie et d’Irak.

Ses forces tenaient les rives de la Mer Morte au sud et le plateau du Golan au nord. La société palestinienne s’était écroulée sous la pression de la guerre. Les élites avaient fui vers les pays voisins.

Les communautés agricoles s’étaient retrouvées atomisées et sans dirigeant. Les villes s’étaient battues et étaient tombées, seules.

La Palestine était devenue une grande honte arabe.

Peu d’Arabes avaient envie de raconter l’histoire telle qu’elle s’était déroulée, d’affronter son verdict sévère.

C’est pourquoi, à partir de ce moment, les Palestiniens allaient vivre dans une vague idée de restauration et de retour.

Aucun dirigeant n’avait le courage de dire aux réfugiés qui avaient fui Acco (Saint-Jean d’Acre) et Yafo (Jaffa) qu’ils ne retrouveraient jamais les foyers et les vergers de leur imagination.

Certains avaient emporté les clés de leur maison en Syrie, au Liban et de l’autre côté du Jourdain.

Ils ne trouveraient pas plus de satisfaction politique que les Juifs qui avaient été bannis de Bagdad, de Beyrouth, du Caire, de Casablanca ou de Fez, mais l’idée de retour, consacrée dans un « droit au retour », persisterait. (Wadi Abou Jamil, le quartier juif du Beyrouth de mon enfance est maintenant une place forte du Hezbollah et aucun narratif n’exalte ou ne rappelle cette ancienne présence.)

L’histoire n’est pas restée immobile.

Le monde s’est reformé. En 1947-48, quand les sionistes ont sécurisé leur Etat, des empires tombaient, les frontières étaient fluides et le système international des Etats tels que nous les connaissons était tout récent.

Deux Etats indépendants hostiles, l’Inde et le Pakistan, étaient nés de la partition du sous-continent en 1947 et Israël s’est garanti une place dans le concert des nations l’année suivante.

Beaucoup d’Etats arabes étaient encore balbutiants.

Mais le monde est totalement différent aujourd’hui.

Le nombre pourrait favoriser les Palestiniens à l’Assemblée générale, mais une victoire ne pourra être qu’une coquille vide.

Les Palestiniens ont une mauvaise lecture de ce qui s’est passé à l’Assemblée générale de 1947. Certes, la cause de l‘Etat juif avait bénéficié de la partition, mais le projet sioniste avait déjà gagné sur le terrain.

L’Etat juif était un fait accompli une bonne décennie avant ce vote. Tous les ingrédients avaient été mis en place solidement par le sionisme travailliste.

Il y avait une formation militaire assez puissante pour gagner contre les armées arabes, des institutions politiques en place et des dirigeants talentueux, David Ben-Gourion le plus éminent d’entre eux, qui savaient ce qui était faisable dans un monde de nations,

Le vote de l’Assemblée générale apporta une aide immense, mais il ne fut pas un facteur décisif dans la fondation de l’Etat juif.

Le plus gros du travail avait été accompli pendant les trois décennies qui s’étaient écoulées entre la Déclaration Balfour de 1917 et le vote sur la partition.

C’était le réalisme qui guidait le projet sioniste.

"Nous accepterons un Etat, même s’il a la dimension d’une serviette de table", disait Haïm Weizmann, un des pères fondateurs de l’entreprise sioniste.

Malheureusement, le mouvement national palestinien n’a jamais eu le même genre de leadership, unique dans son mélange de maximalisme et de sens du droit, dans son refus d’accepter ce qui peut et ne peut pas être fait dans un monde de nations.

Un leadership est souvent le fruit de la chance, le genre d’individus que l’histoire d’un peuple met en avant. C’est une vraie malchance pour les Palestiniens qu’au moment où c’était vital, et pendant quatre décennies, ils aient été menés par un jongleur, Yasser Arafat, un homme dont le destin était de gâcher chaque chance qui se présentait pour son peuple.

Arafat n’était ni un Ben-Gourion guidant son peuple vers un Etat, ni un Anouar el-Sadate acceptant la logique du compromis.

Arafat avait été l’ennemi d’Israël, mais Israël avait conclu un accord avec lui en 1993, lui avait fait de la place et lui avait offert le régime de son choix à Gaza.

Il avait bataillé contre les Etats-Unis, mais la diplomatie américaine était tombée sous son charme. Les années de la présidence Clinton furent marquées par l’illusion que l’homme trouverait le courage d’accepter une paix pragmatique.

Mais il n’en était pas question pour Arafat.

Jusqu’à sa mort en 2004, il refusa de dire aux Palestiniens la dure vérité qu’ils avaient besoin d’entendre concernant l’urgence du pragmatisme et du compromis.

A la place, il entretint l’illusion que les Palestiniens pouvaient tout obtenir, du Jourdain à la Méditerranée. Ses véritables électeurs habitaient dans les camps de réfugiés du Liban, de Syrie et de Jordanie, ou bien se recrutaient parmi les Palestiniens du Koweït.

Alors il colportait le rêve que le verdict de l’histoire pouvait être contourné et que le « droit au retour » leur appartenait.

Un espoir s’est fait jour que l’héritage d’Arafat disparaisse avec lui. Le nouveau dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avait été un lieutenant d’Arafat, mais quelques indices laissaient augurer d’une rupture.

L’alliance entre le Fatah et le Hamas pour laquelle il a optée a détruit cet espoir. Et l’illusion que l’ONU peut sortir la Terre Sainte de l’impasse appartient au millésime Arafat.

C’est Arafat qui s’est présenté à l’Assemblée générale en 1974 avec un révolver à la hanche. Il a proclamé qu’il était venu en portant l’arme d’un combattant de la liberté et un rameau d’olivier qu’il incombait à l’ONU d’empêcher de lui tomber des mains.

Les Palestiniens ne peuvent pas échapper à une négociation avec Israël.

Les autres Arabes ne peuvent racheter le fardeau des Palestiniens. Ils ont déjà leurs propres problèmes. En ce printemps arabe, saison de soulèvements populaires, on a peu parlé de la Palestine à Tunis, au Caire, à Damas et à Sanaa.

L’Assemblée générale pourra voter en septembre pour ratifier la déclaration unilatérale palestinienne de création d’un Etat.

Mais un véritable Etat palestinien devra convaincre une majorité israélienne décisive qu’il est annonciateur de normalité sur cette terre contestée, pour les Arabes comme pour les Juifs.

© Fouad Ajami
Traduction française Liliane Messika © Primo-Info,1/06/2011
Version originale Wall Street Journal

Fouad Ajami, d’origine palestinienne, est professeur à l’école des hautes études internationales John Hopkins et attaché supérieur de recherches à la Hoover Institution. Il co-préside le groupe de travail Hoover sur l’islamisme et l’ordre international.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Fouad Ajami
© Primo, 10-06-2011

 

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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