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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 21:15

 

 

 

AL-QAIDA DÉPASSÉ PAR LES RÉVOLTES DU MONDE ARABE
06-03-2011

 

Les pays arabes connaissent aujourd'hui des évènements historiques qui marqueront le XXIe siècle. La jeunesse pléthorique de cette partie du globe a décidé de se soulever contre les dirigeants qui sont parvenus au pouvoir après la décolonisation. Une grande partie de ces derniers a fini par confondre ses intérêts personnels - et ceux de leur garde rapprochée - avec ceux des Etats qu'ils ont la charge de présider. Les résultats sont connus : chômage endémique ; non redistribution de dividendes des revenus de l'exploitation des matières premières (en particulier des hydrocarbures), du tourisme ou autres activités lucratives ; et développement en sous-main d'une criminalité latente qui se livre à tous les trafics en associant étroitement des responsables politiques, économiques ou des administrations, via la corruption.


Personne ne semble avoir pris conscience de la montée des mécontentements qui ont atteint un niveau tel que les manifestants n'ont pas hésité à se jeter sous les balles des forces de sécurité et des milices au service des despotes vieillissants. Une nuance doit être toutefois apportée : fin 2010/début 2011, les manifestants  ne savaient pas ce qui allait réellement se passer et l'ampleur que prendraient les évènements insurrectionnels.


Pour leur part, les services de renseignement avaient bien noté le fait que la succession du Raïs égyptien allait être pour le moins compliquée car son fils, héritier politique pré positionné, ne semblait pas remporter l'adhésion des responsables militaires. Ils soulignaient depuis longtemps qu'un problème allait se poser en Algérie en raison de la santé défaillante de son président. Depuis des années, la DGSE avait alerté Paris des risques de troubles en Tunisie. Dans ce dernier cas, comme rien ne se passait vraiment, ce discours avait commencé à lasser et le gouvernement avait pensé qu'il s'agissait d'une supputation oiseuse de la caserne Mortier, d'autant que les analystes du Quai d'Orsay ne partageaient pas cette vision des choses. A la décharge des décideurs politiques, il faut bien constater que les informations de différentes sources[1] dont ils disposent sont nombreuses et souvent divergentes. A eux de choisir la bonne et le temps de la réflexion sereine leur manque souvent pour ne pas dire toujours. Ils se reposent alors sur des experts dont certains - qui ont pignon sur rue dans les médias - se sont lourdement trompés, notamment sur la situation en Tunisie.

Al-Qaida a été pris de court

Que les chancelleries, prisonnières de leur realpolitik - qui est un des piliers de la diplomatie - n'aient rien vu venir est peut-être un fait impardonnable mais, en fin de compte, cela est techniquement compréhensible.


Par contre, la grande surprise provient du fait qu'Oussama Ben Laden et son Majlis al Choura[2], implantés au Pakistan, n'ont également rien vu venir. Et pourtant, Al-Qaida ne manque pas d'informateurs dans le monde arabe. Si cela peut se comprendre en Tunisie - où la nébuleuse terroriste est pourchassée impitoyablement depuis des années, les activistes tunisiens étant en conséquence basés loin de la mère Patrie - cela est plus difficilement concevable en Egypte. En effet, le numéro deux du mouvement, le docteur Ayman al-Zawahiri, surveille toujours la situation d'un œil attentif puisqu'il est lui-même issu des Frères musulmans. En outre, de nombreux responsables d'Al-Qaida, comme l'ex-colonel Saïf al-Adel, récemment nommé chef opérationnel du théâtre Afghanistan/Pakistan (AfPak), sont de nationalité égyptienne. Il est étonnant que ces personnages importants n'aient plus de contacts dans leur patrie d'origine. Cela est possible, vie clandestine oblige.

Par contre, c'est beaucoup plus surprenant pour le Yémen et l'Algérie, où les activistes d'Al-Qaida sont en permanence à pied d'œuvre, donc immergés dans les populations ! Même les réseaux clandestins de Ben Laden n'ont rien vu venir...

La révolte du monde arabe ne plait pas à Oussama Ben Laden

Non seulement Oussama Ben Laden a été pris au dépourvu par la tournure des évènements, mais de plus, il n'apprécie que modérément ce qui est en train de se passer. Il l'a fait discrètement savoir par la voix d'Ayman al-Zawahiri, lequel a adressé un « message d'espoir et une vague de bonheur pour notre peuple en Egypte », diffusé le 18 février. Bien sûr, suivant le style alambiqué habituel, le responsable d'Al-Qaida se félicite des évènements, mais il explique doctement qu'un Etat démocratique (auquel aspirent la majorité des manifestants) n'est pas satisfaisant car il ne répond pas aux règles de l'islam. Il réaffirme la volonté d'établir un califat qui dépasse les notions de nations et où règnera la loi islamique, seul rempart à ses yeux contre la corruption, l'immoralité, l'injustice, l'oppression et l'indépendance. A noter que dans le même message, il appelle à l'éviction des dirigeants tchétchènes, afghans, irakiens, saoudiens, jordaniens, yéménites et algériens.


Pour leur part, depuis Londres, les Brigades Abdullah Azzam appellent à la destitution de la famille Saoud, relayant par là la vieille haine qu'entretient Oussama Ben Laden vis-à-vis de la royauté saoudienne.


Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) apporte de son côté son soutien aux révoltés libyens tout en se félicitant du départ de Moubarak et de Ben Ali. « Nous déclarons notre soutien et notre aide à la révolution libyenne et à ses demandes légitimes, et nous assurons notre peuple en Libye que nous sommes avec vous et que nous ne vous laisserons pas tomber ». Par contre, on peut légitimement douter de la qualité de l'aide opérationnelle que peuvent apporter les activistes d'AQMI et, surtout, s'ils seraient réellement bien accueillis par la population. Par contre, il est vrai que de nombreux militants du Groupe islamique combattant libyen (GICL) ont fréquenté les terres de djihad en Irak, en Afghanistan et au Pakistan aux côtés d'Al-Qaida. S'ils revenaient au pays, ces anciens combattants aguerris pourraient effectivement représenter un danger dans l'avenir.


Bien sûr, le Barhein ne fait pas partie de la liste des régimes à abattre en priorité pour Al-Qaida. Il faut dire que dans ce pays, c'est la majorité chiite - 70% de la population - qui souhaite le renversement du régime sunnite, ce qui est tout à fait inacceptable pour Ben Laden.

Ben Laden perd la guerre des idées mais reste dangereux

En fait, Oussama Ben Laden est en train de perdre la guerre des idées dans le monde arabe, car il ne propose que la violence (la guerre sainte), avec pour objectif l'établissement de régimes à la mode talibane. Pour des populations avides de liberté, d'élections libres, de respect des droits de l'homme et de redistribution des richesses, ce modèle de théocratie autoritaire n'est, non seulement pas attrayant, mais en plus, il fait peur. En effet nul n'ignore que la grande majorité des victimes occasionnées par les sbires d'Al-Qaida sont des musulmans. Même les Frères musulmans déclarent ne pas vouloir suivre les préceptes de Ben Laden. Ce dernier leur reproche d'ailleurs d'avoir participé à la vie politique du régime égyptien qu'il considère comme apostat.


Que l'organisation Al-Qaida soit ébranlée sur la base idéologique ne veut pas dire que ce mouvement en est moins dangereux aujourd'hui. C'est même peut-être l'inverse à court ou moyen terme. En effet, Oussama Ben Laden et ses disciples ont besoin d'exister. Or l'actualité les a totalement éclipsés du devant de la scène médiatique. Ce n'est absolument pas acceptable pour eux. Il n'est donc pas impossible que l'organisation tente de mener des attentats de grande ampleur, particulièrement en Occident, pour rappeler au monde en général, et aux musulmans en particulier, qu'il faut compter avec elle.



  • [1] MAE, DGSE, DRM, presse, internet, etc.
  • [2] Conseil consultatif, organe de commandement du noyau central du mouvement terroriste.
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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