Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 18:18

 

 

6470375809 5d18ddc54d (Copier)

 

L’Interview de Miriam Ben-Porat par Manfred Gerstenfeld.

 

[Madame Miriam Ben-Porat est décédée la semaine dernière, le jeudi 26 juillet 2012, à l'âge de 94 ans. Toute la nation lui rend hommage]

 

En 1988, la Knesset a élu la regrettée Miriam Ben-Porat à la Haute Cour de Justice, pour être Contrôleur de l’Etat et Commissaire aux Plaintes Publiques. Cette dernière fonction est plus communément reconnue sous le titre de Défenseur des Droits (Ombudsman). Elle a apporté un sang neuf, de la vitalité, de nouveaux concepts et une nouvelle approche de cette position, en établissant de nouvelles normes, à l’intérieur de bien des zones grises subsistantes. En 1993, elle fut réélue à l’unanimité  pour un second mandat de cinq ans.

 

En 1976, Ben-Porat devient la première femme à se voir nommer à la Cour Suprême d’Israël. Elle était Présidente de la Cour, au moment  où elle s’est retirée du Barreau, 12 ans plus tard. En 1991, le gouvernement l’a récompensée en lui attribuant le Prix Israël, la plus haute distinction du pays, pour sa contribution exceptionnelle au service de la société et de l’Etat.

 

Ben-Porat exerçait une approche militante pour livrer une bataille sans fin contre les abus de pouvoir et la politisation de l’Administration Publique. Elle considérait cette lutte incessante comme essentielle, rivée à l’objectif de maintenir sur ses rails le processus d’amélioration continue de la gouvernance en Israël.

 

Elle commença à apporter le bénéfice de ses remarques en observant que les normes et principes légaux d’Israël sont d’un niveau très élevé, mais elle notait, en revanche, que la façon dont l’Administration publique les applique laisse parfois à désirer. « A la Haute Cour de Justice, j’ai entendu de nombreuses contestations contre le gouvernement et l’administration publique », attestait-elle. « Les décisions de la Cour ont établi des normes, mais, en fait, il s’agit d’une constitution convenue des lois, puisqu’Israël ne dispose pas de constitution écrite. Nous opérons en conformité à ces principes et normes, qui sont très efficaces ».

 

 

“En tant que contrôleur de l’Etat et Défenseur des Droits, on doit appliquer scrupuleusement les mêmes normes », insistait Ben-Porat. « Le Défenseur des Droits agit de facto à la façon d’un tribunal populaire auquel les citoyens peuvent faire appel contre l’administration s’ils pensent avoir été lésés. En tant que Défenseur des Droits, nous faisons une partie du travail du citoyen qui porte plainte. Nous enquêtons et faisons office de porte-parole pour lui, même s’il n’a pu apporter tous les faits et arguments pertinents, ou s’il n’a pas précisé quel type de recours il recherche ».

 

Fidèle à son désir de voir s’exercer une plus grande intégrité au sein de l’administration publique, Ben-Porat a systématiquement été confrontée au problème des nominations politiques. « On doit concevoir l’agent de service public comme la personne de confiance de la population », affirmait-elle. « Les citoyens sont habilités à bénéficier de ses services. Les personnes nommées par les politiques, particulièrement ceux qui se trouvent à des postes-clés, peuvent sentir qu’ils doivent surtout leur loyauté à ceux qui les ont désignés, plutôt qu’au grand public, qu’ils ont, pourtant, le devoir de servir.

 

L’un des dossiers resté parmi les plus célèbres que Ben-Porat a eu à traiter concernait la répartition des masques à gaz distribués à la population, avant la Guerre du Golfe, en 1991. « En pleine Guerre du Golfe, nous avons entendu dire que certains des masques à gaz n’étaient pas adaptés aux personnes qui étaient censées les porter », racontait-elle. « Un nombre significatif de personnes n’étaient, en fait, pas protégées, alors qu’elles pensaient l’être. Aurais-je dû me contenter de dire : « Ce n’est pas moi qui ai rédigé le rapport à ce sujet, aussi ai-je le droit de soulever cette question ? ».

 

Pour Ben-Porat, la réponse était claire comme de l’eau de roche. Elle décida qu’elle ne pouvait pas remettre à plus tard le fait de devoir réagir, autour d’un problème aussi vital. Les dommages potentiels étaient si graves, raisonna t-elle, que son bureau était tout-à-fait habilité à intervenir. Elle écrivit une lettre au Ministre de la défense, pour soumettre le problème à discussion. Il y eu une fuite au sujet de cette lettre dans la presse.

 

“Je suis tout-à-fait contre le fait qu’il se produise des fuites comme celle-ci, même si cela peut parfois avoir des résultats positifs », précisait-elle. « J’ai donc porté la question devant le Comité des Affaires d’Audit de l’Etat de la Knesset »,  poursuivit-elle. « La première discussion s’est tenue avant même que nous ayons transmis un rapport ». Bien que cet ordre des choses différait de la procédure normale, Ben-Porat le justifiait du fait de la gravité du sujet en cause.

 

La conversation bifurqua, presque tout naturellement, vers un sujet qui préoccupait  l’opinion publique israélienne de manière récurrente : la relation entre la Haute Cour  et le gouvernement.

  

Ben-Porat soulignait les nombreuses nuances qui illustrent ce problème : “C’est très difficile de déterminer à quel moment la Haute Cour peut exprimer sa propre opinion, parce que le dossier traité n’est pas politique, et quand elle ne le peut pas, parce que sujet est de nature politique. Même si le dossier est politique, mais contient autant d’aspects publics généraux, la Haute Cour est autorisée à émettre son avis. Par contre, je ne suis pas en mesure de dire si c’est vraiment nécessaire, juste ni même judicieux. La seule question à laquelle je puis répondre, c’est, si et quand la Cour a l’autorisation de le faire ».

 

Ben-Porat disait que la Haute Cour devait faire preuve de grande discrétion sur ce point. Elle devait éviter de traiter de ces problèmes, qui concernent le monde politique et le grand public en général, quand la conséquence serait, en fait, que la Cour serait amenée à perdre de sa crédibilité aux yeux du public. C’est là, disait-elle, que résidait le vrai problème crucial.

 

“Si quelqu’un arrive et dit qu’il veut voir des normes s’établir, où qu’il a subi un préjudice, de la part de l’administration publique, alors la Cour a pleine compétence pour résoudre ce problème », m’a-t-elle déclaré. « A chaque génération, la Haute Cour a, cependant, à déterminer les limites de son intervention. Une des considérations essentielles à prendre en compte, ici, doit rester de ne pas porter préjudice à la confiance que la population lui porte ».

Ceci est une version abrégée d’une interview menée en 1994 et publiée dans le livre de Manfred Gerstenfeld : Israel New Future-Interviews [Le Nouvel Avenir d’Israël-Entretiens] (Jerusalem : Rubin Mass, Jerusalem Center for Public Affairs, 1994).



Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans . Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski. 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis