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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 19:22

 

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La rhétorique dénigrant les ultra-orthodoxes encourage la communauté haredie toute entière à refuser l’intégration dans la société israélienne.

 

Yedidia Z. Stern

 

Publié le : 

14.06.13, 13:34 / Israel Opinion

 

 

 

 

Une lutte pour le pouvoir est actuellement en cours, au cœur de la rue des haredim [les « Craignant-D. »], entre une majorité modérée et une minorité extrémiste. Bien qu’il s’agisse d’une bataille interne à l’intérieur de la communauté ultra-orthodoxe, elle a des conséquences cruciales pour tous les Israéliens, puisqu’elle aura un impact sur l’économie israélienne, l’unité de sa société et notre résilience nationale.

 

Quel est le problème en jeu? La majorité ultra-orthodoxe aspire à mener sa vie en concordance avec le modèle traditionnel de la relation qui unissait les tribus d’Issachar et Zebulon-1-[1] : un tiers de la communauté, ceux qui ont de bonnes aptitudes intellectuelles et de fortes inclinations spirituelles, modèleront leur vie selon Issachar, et consacreront exclusivement leur temps à l’étude de la Torah. Les deux-tiers restants suivront le modèle de Zébulon. Ils étudieront la Torah jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge du mariage (soit, 22 ans). A ce moment-là, dès que leur identité ultra- orthodoxe est considérée comme fermement établie, ils seront intégrés dans la société israélienne. Ils serviront dans l’armée, apprendront un métier commercial et rejoindront la force de travail. Zebulon soutiendra financièrement Issachar et garantira ainsi l’avenir du monde la Torah.

 

 Au contraire, la minorité extrémiste au sein de la communauté haredie s’oppose catégoriquement à l’idée de quitter son confinement dans les textes saints. Ils ne conçoivent la vie que selon Issachar, comme le seul mode de vie possible, indépendamment des compétences ou inclinations de l’individu. Aux yeux de la minorité extrémiste, les 7000 ultra-orthodoxes qui sont entrés dans des institutions d’enseignement supérieur, au cours de ces dernières années, avec l’approbation des Grands Rabbins de la génération, sont, tout simplement, des « Hellénistes ».


Lors de campagnes publicitaires, la minorité extrémiste a surnommé les Haredim qui se sont enrôlés dans l’armée, les “Hardakim » (un acronyme pour « haredim kalei Daat »), les considérant comme versatiles ou frivoles, qui ne méritent rien d’autre que leur plus vive condamnation. Toute tentative visant à encourager l’intégration dans l’Etat et la société israélienne est perçue, par ces extrémistes, comme terrain propice au lancement d’une guerre sainte.


Savoir lequel de ces deux groupes sortira vainqueur de cette lutte pour le pouvoir reste encore à décider. Au premier round, qui s’est déroulé après la mort de feu le Rabbi Elyashiv-2-[2], ce sont les modérés qui ont prévalu. De nouvelles batailles, cependant, nous attendent. Si ce sont les extrémistes qui l’emportent, le rêve de l’intégration des Haredim dans la société israélienne s’achèvera. On perdra, ainsi, le principal moteur de la croissance pour l’économie israélienne au cours de la prochaine décennie et la société israélienne restera déchirée de l’intérieur.  


 Bien que cette bataille se mène au sein de la communauté haredie, elle est profondément influencée par les actions et les échecs de la société israélienne dans son ensemble. Les dirigeants de l’Etat d’Israël, cependant, ne semblent pas conscients de ce fait crucial. De façon tragique, leur conduite est aveuglée par les besoins de la société et pousse la majorité ultra-orthodoxe modérée dans les bras des extrémistes.


Une profanation de la religion


La Cour Suprême a réveillé le géant qui sommeille, lorsqu’elle a décidé de briser la Loi Tal [permettant un report de service pour les étudiants de Yeshiva], précisément, au moment délicat et fluctuant, où un mouvement ultra-orthodoxe significatif prônant l’intégration sociale, commençait à prendre de l’ampleur. Le militantisme flagrant qui motivait la révocation de cette loi a semé les germes du désastre. Nous voyons déjà apparaître les premiers de ses fruits empoisonnés, que nous n’allons pas tarder  à cueillir.


La sphère judiciaire a poussé le système politique à s’impliquer, alors qu’il n’est d’aucun secours en la matière. Au cours de la dernière campagne électorale, certains hommes politiques se sont lancés en campagne avec un agenda évident de dénigrement des Haredim, appelant ouvertement à exclure les « parasites » ultra-orthodoxes de la coalition des « frères » (des Sionistes acceptables), après l’élection. C’est terriblement attristant : dans l’Etat d’Israël libéral et éclairé d’aujourd’hui, les dividendes politiques sont distribués seulement à ceux qui dénigrent les ultra-orthodoxes. Et comme c’est terriblement stupide : la rhétorique anti- ultra-orthodoxes offre un chèque en blanc aux extrémistes ultra-orthodoxes, et ainsi, encourage la communauté haredie toute entière à refuser l’intégration dans la société israélienne.

 

Les recommandations de la Commission Peri n’ont fait qu’ajouter de l’huile sur le feu des extrémistes. La Commission a proposé une exemption immédiate du service militaire pour tout homme Haredi, âgé de 22 ans ou plus, dès que la loi prendrait effet. Ce geste n’a aucun sens pouvant promouvoir l’égalité (au contraire, c’est un recul significatif, au regard de cette notion) ; elle vise plutôt à « vider les Yeshivot ». D’un point de vue ultra-orthodoxe, c’est un geste purement cynique destiné à tester la loyauté envers la Torah au sein de la communauté et ils sont déterminés à ne pas échouer au test. Comme conséquence, à partir de maintenant, même les Rabbins haredim modérés vont, vraisemblablement, interdire les études universitaires ou le service militaire. La Commission Péri contraint ces modérés à apprendre à parler couramment le langage des plus extrémistes.

 

La Commission Péri a proposé que ce soit les Haredim eux-mêmes qui déterminent quels jeunes gens en âge de servir constitueront les 1.800 étudiants en Torah qui seront exemptés du service militaire. Dans une perspective nationale, il s’agit d’une scandaleuse privatisation de l’autorité souveraine, qui limite la capacité de l’Etat à déterminer qui sert dans l’armée. Comment la Commission pourrait-elle confier à des fonctionnaires communautaires la responsabilité de décider qui risquera sa vie dans l’armée et qui sera exempté de service militaire ? D’un point de vue ultra-orthodoxe, c’est un champ de mines, puisque cela conduira à un marchandage des exemptions militaires. Le petit-fils du Rebbe et le gendre de l’homme fortuné seront, à n'en pas douter, exemptés de service militaire. Le résultat débouchera sur une corruption du processus et une profanation du nom même de religion. Même les plus modérés des Haredim ne pourront tomber d’accord sur un tel procédé.

 

L’extrémisme ultra-orthodoxe, qui avait déjà le vent en poupe, s’est transformé en véritable tornade, quand la Commission Péri a recommandé d’appliquer des sanctions pénales – l’emprisonnement durant des années – pour les Haredim qui ne s’enrôlent pas à l’âge de 21 ans. L’Etat menace ainsi d’employer une arme digne du Jugement Dernier – l’incarcération de masse – contre un groupe qui constitue pas moins d’un dixième de la population israélienne. En faisant cela, la Commission  dépose une bombe à retardement dans la fabrique de l’existence israélienne même. Les extrémistes se frottent les mains avec allégresse ; ils ont triomphé, car leur travail de sape a été réalisé par d’autres.

 

La Juge Ayala Procaccia a affirmé, en parlant de l’égalité dans la répartition de la charge du service militaire, que la réalisation de cet objectif requiert d’avancer « pas à pas, sans rompre les systèmes existants, sans détruire la fabrique socio-humaine de la société, et sans manier le ciseau qui risquerait, probablement, provoquer des dégâts irréparables à la société ». Il ne semble, cependant, pas que quiconque ait entendu ce qu’elle disait et pourquoi elle le disait.

 


Yedidia Z. Stern est vice president d’un Département de Recherche à l’Institut pour la Démocratie Israélienne et professeur de droit à l’Université Bar-Ilan.


http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4392211,00.html


Adaptation : Marc Brzustowski.

 

A ce propos, lire aussi : http://www.universtorah.com/ns_actu-813-les-commandants-de-tsahal-vont-recevoir-un--glossaire-haredi-.htm



[1]-1- D'après la tradition juive, les tribus de Zabulon et Issacar semblent avoir développé une relation de symbiose, dans le sens où les descendants d'Issacar dédiaient leur temps à l'étude et à l'enseignement de la Torah, tandis que les membres de la tribu de Zabulon travaillaient pour les deux tribus. Ainsi, les uns partageaient le mérite de l'étude tandis que les autres partageaient les fruits de leur travail. Cette image de Issacar et Zabulon continue d'être utilisée dans les temps modernes, notamment dans la société israélienne où les Haredi dédient leur vie à l'étude en recevant des aides financières de l'État.

[2]-2- Rav Yosef Shalom Elyashiv. Décédé le 18 juillet 2012, à l’âge de 102 ans et ancêtre d’une lignée de 1.000 descendants, le Rav Elyashiv était le dirigeant de la Communauté (ou Cour) lithuanienne haredie, tant en Israël que dans la Disapora et le Posek (arbitre de controverses en matière de Halakha), considéré comme le Posek-Ha Dor ou autorité contemporaine en la matière. Critiqué pour avoir « verrouillé » cette communauté dans une vision opposée à toute intégration, ses avis ont eu, jusqu’à présent, un impact particulièrement marquant et durable sur le style de vie de cette communauté. Sur les aspects controversés de son enseignement : http://www.jewishideasdaily.com/4546/features/rav-elyashivs-mixed-legacy/

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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