Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 17:11

 

 

 

 

"Conduites de Grenoble" - en 1788 et 212 ans plus tard....... 

Par Alain RUBIN

pour aschkel.info et lessakele

 

A.Debelle La journée des tuiles, 1889, Carnavalet

L’histoire officielle et le journalisme, pour diverses et pas nécessairement concordantes  raisons, ont fixé au 14 juillet 1789 le début de la Grande Révolution française. On se souvient de l’anecdote du conseiller royal répondant à Louis XVI qui lui demande, après la prise de la Bastille, si c’est une révolte ? : « Non Sire, c’est une révolution ».

Ce que l’histoire et le journalisme laissent trop souvent dans l’ombre*1 c’est ce que l’on appellera « la journée des tuiles », quand les grenoblois refusèrent de recevoir le représentant du roi de France et lui firent une « conduite de Grenoble ». Les grenoblois étaient alors montés sur les toits de leurs maisons, d’où ils bombarderont de tuiles le représentant de la monarchie. Ce dernier sera contraint de quitter la ville.  Je pense pour ma part qu’on doit fixer à cette mémorable journée de juin 1788 le début de l’irruption directe du peuple qui va se constituer en nation politique pendant les cinq années qui suivirent.

Le visage et les fondations du pays vont donner au monde des repères durables.

Ce qui s’est produit au mois de juillet dernier à Grenoble est d’une autre nature. Au lieu de repères, il vise à se constituer des repaires, à conquérir des sanctuaires contre l’ordre démocratique et républicain, il vise à imposer l’existence d’antres de pirateries, comme ce que fut, pendant plus de deux siècles, cette magnifique région du sud du pays connue sous le nom de massif des maures, devenue alors une Gorée provençale du trafic esclavagiste vers l’Afrique du nord.

 

Deux cent douze ans plus tard l’autorité de l’état, en l’occurrence l’autorité d’un régime bonapartiste inachevé, en crise depuis quarante deux ans, est à nouveau défiée.

 

En juin 1788, c’était le peuple et la nation française qui s’avançaient. Ils annonçaient les profonds ébranlements qui changeront la face de l’Europe et du monde. Ils amorçaient le vaste et long processus historique construisant, -avec des avancées et des reculs-, la démocratie politique et créaient les conditions qui verront émerger et se fortifier la démocratie sociale en France puis dans d’autres pays à partir de la révolution de 1848 qui poursuivait 1788-1815.

 

En juillet 2010, nous sommes dans la continuité d’un autre type d’irruption violente d’une partie de la population. Nous sommes dans la continuité de l’action, dans l’histoire, du lumpen prolétariat. En 1848, Marx mettait en garde les ouvriers parisiens s’enthousiasmant pour le lumpen prolétariat recruté et militarisé par le général Cavaignac. La classe ouvrière parisienne, qui avait fait chuter la monarchie de juillet, qui avait voulu le drapeau rouge et obtenu des promesses de la part d’une seconde république se déclarant sociale, la classe ouvrière croyait naïvement que le lumpen prolétariat était une partie d’elle-même. La mise en garde de Marx s’avéra malheureusement fondée ; et l’expérience montre le lumpen prolétariat pratiquement toujours méprisant et haïssant la classe ouvrière, considérée par lui comme un ramassis de « pues la sueur »…

 

En juin 1848, le prolétariat déclassé et militarisé suivra les ordres de Cavaignac. Il noiera dans le sang le prolétariat parisien et ses illusions de « République sociale » déjà réalisée.

 

En 2010, dans notre pays, le noyau dur du prolétariat déclassé, soudé un peu partout par des considérations ethniques et religieuses, -en défiant et affrontant l’autorité étatique pour marquer sa solidarité avec un « présumé braqueur » harnaché au moment de sa mort d’un gilet pare-balle et armé de deux armes de guerre chargées (une mitraillette Uzi et une Kalachnikov)-, a mené des actions de guerre contre le peuple travailleur de la Villeneuve de Grenoble, allant jusqu’à proférer des menaces de mort, brûlant ses voitures par dizaines.

 

En 2010, ce n’est pas un bonapartisme façon régime politique de Louis Napoléon, qualifié par Victor Hugo de « Napoléon le petit », qu’annoncent les violences du lumpen prolétariat, c’est autre chose, de bien plus grave. Ce que ces violences annoncent, c’est l’instauration du chaos, pour faire taire la gueule des « céfrancs » ; c’est le chaos pour apeurer les « impies » ; c’est le chaos, pour préparer la marche par étapes, vers le pouvoir de fait puis de jure, de la dictature totalitaire de la charia.

 

Juillet 2010 est aux antipodes de juin 1788.

 

La « conduite de Grenoble » laisse place à l’inconduite de Grenoble. L’amorce du mouvement universel vers la souveraineté populaire, vers la liberté de conscience, vers la liberté d’opinion et d’organisation, vers la Démocratie sociale, est aux prises avec l’amorce déjà ample d’un mouvement vers le totalitarisme utilisant parfois, ici et là, comme tous les fascismes, un langage pseudo social qui trouble certains ou favorise la lâche capitulation munichoise d’autres.

 

Alain Rubin

 

*1 le journalisme est devenu en France un genre un peu spécial, souvent très proche de l’ancienne « agitprop » stalinienne. C’est ainsi que ce matin, la radio vient d’annoncer, pour la troisième fois, l’affrontement à la frontière libano-israélienne. Nasrallah se voit donner la parole à ce sujet ; il profite de l’occasion pour accuser Israël de son propre crime, en l’occurrence le meurtre du leader libanais Hariri dont il fut le principal bénéficiaire, avec les gouvernements syriens et iraniens ses commanditaires et fournisseurs en armes lourdes à longue portée.

Ce qui frappe, en écoutant Europe I, c’est que si Nasrallah y devient une source « d’information » fiable, par contre, l’auditeur n’y est pas autorisé à apprendre que la FINUL a fait savoir qu’il n’y avait rien à reprocher au petit groupe de militaires israéliens, pris dans une embuscade, que ce dernier ne s’était livré « à aucune activité répréhensible » quand il a essuyé les tirs libanais auxquels il a répondu. Mais cela, l’auditeur d’Europe I ne doit pas le savoir, comme il ne doit pas être informé que le beau frère du « présumé braqueur » du casino d’Uriage, -dont deux proches ont déposé plainte « contre x »-, abritait, outre un petit arsenal plus tout à fait artisanal (armes de guerre et munitions), une salle d’entrainement au tir, sous le café qu’il exploitait dans la Ville neuve de Grenoble.

Soulignons ici que Nasrallah est une des figures de proue de ce lumpen prolétariat déclassé qui descend de chez lui armé, des HLM bien équipées et en excellent état, brûle les véhicules du voisinage et tire sur la police dans les rues de la Villeneuve de Grenoble. En Allemagne des années vingt-trente, ce groupe social formera les gros bataillons des troupes de choc du parti hitlérien, les SS et les SA.

En préférant les incendiaires et les snipers des nuits grenobloises à l’autorité légale, les NPA, PCF, PG et autres pseudos socialistes, répètent la trahison du comintern stalinien et de sa section allemande, le KPD qui réalisera un front unique d’action avec l’organisation berlinoise du parti nazi pour renverser le gouvernement social-démocrate du land de Prusse. La victoire stalinienne et nazie contre le SPD à Berlin et dans toute la Prusse fut le tremplin qui permit, quelques mois plus tard, la venue du nazisme au pouvoir. La tragédie de la classe ouvrière et du peuple allemand qui mènera à la seconde guerre mondiale est directement sortie de l’auto aveuglement stalinien.

Alain Rubin

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis