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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 14:31

 

 

 

Banner Alain Rubin

 

Voici les réponses qu'Alain Rubin transmettait à un ami qui lui avait envoyé un article de « l’internationaliste trotskiste » israélien Warschawski. Elles datent de 2006 suite à la guerre du 'Hezbollah contre Israël.

Avec l'autorisation d'Alain nous les mettons en ligne car elles sont on ne peut plus actuelles.

Aschkel

 

A lire aussi 

Décryptage d'un discours antisioniste

 

Controverse autour d’une désinformation aussi “disproportionnée” que venimeuse (2006-2011).

 

Un an et demi plus tard

L’ennemi est dans notre propre pays, Mentez, mentez, mentez,

C’est le nec plus ultra de la vertu « internationaliste »...

Par Alain RUBIN

Pour © 2011 aschkel.info et © 2011 lessakele

 

 

La conférence d’Annapolis, ses suites, les derniers événements dans la bande de Gaza ont braqués tous les médias du monde sur un seul point du globe quotidiennement : Israël et les « territoires » palestiniens.

On pourrait souvent croire qu’il ne se passe plus rien, ou presque, au Darfour, au Pakistan, en Irak, au Venezuela ou le régime Chavez prend des accents « nationaux socialistes » façon NSDAP des années 20-30. Tandis qu’Israël… « L’entité sioniste » est, pour l’armada de correspondants permanents spéciaux, comme les galeries Lafayette de la politique ; chaque jour on trouve quelque chose à dire pour alourdir l’accusation, quitte à chercher même un seul cheveu pour faire une abondante perruque à produire au procès. Israël, c’est la mine d’or des bonnes notes de frais et l’on n’y courent finalement pas trop de risque, même pas du tout, même quand on raconte qu’un soldat israélien a tué un enfant palestinien et même après qu’une enquête de terrain ait montré que cela n’avait pas pu se produire sauf si la technologie israélienne avait déjà inventé le fusil à tirer sur les côtés. Par contre, l’armada des correspondants de presse n’a pas encore trouvé le temps d’aller voir, pour leur donner la parole, les femmes et les enfants israéliens victimes traumatisées des tirs quotidiens de roquettes envoyés par le Hamas. Ces correspondants consciencieux, par contre, nous apitoient sur le sort d’un chef lanceur de roquettes, fils du numéro deux de cette organisation, victime d’une « exécution ciblée »…

C’est pourquoi les réponses que je faisais à un ami qui m’avait envoyé un article de « l’internationaliste trotskiste » israélien Warschawski me semble actuelles.

Alain Rubin

 

 

 

Le 22 août 2006

 

 

Claude,

 

Excuse-moi pour le retard mis à te répondre.

Sais-tu, ton courriel m'inquiète.

 

Tu réagis, malgré tes informations diversifiées, comme la moyenne de nos concitoyens, mis délibérément par le gouvernement, les médias et les formations politiques de ce pays, dans la situation de n'entendre qu'un son de cloche et subir le harcèlement quotidiennement par des images et des commentaires destinés uniquement à prouver qu'au Liban on assiste à "une guerre israélienne", à une guerre "disproportionnée" et illégitime, et aujourd'hui à des violations israéliennes, inacceptables, du cessez le feu.

 

"La grande tur(que)rie" écris tu, comme si on pouvait faire de l'humour sur une question aussi tragique que la vie et la mort de centaines ou de milliers de personnes?

Tu pars d'un postulat : «L’antisémitisme et les actes odieux qu'il cause en Europe sont insupportables et condamnables". Fort bien et encore heureux, mais ensuite?

 

Les actes odieux qu'il cause au proche orient ne sont-ils pas condamnables? Doivent- il être patiemment supportés, sans réagir? Et s'il est possible de réagir, quelle est la réaction "non disproportionnée", en quoi consiste-t-elle?

 

Pour ce qui est d'actes antisémites odieux au proche orient, je pense notamment à ces jeunes gens fanatisés dés l’enfance que l'on envoie se faire exploser, comme c'est devenu courant, au milieu d'écoliers, d'étudiants, de personnes âgées, de gens faisant leurs courses sur un marché ou dans une grande surface, ou de travailleurs venus d'Asie qui attendent leur bus. Ce n'est pas odieux et pas condamnable ça? Ne doit-on pas riposter?

 

Les actes de l'antisémitisme au proche orient, c'est, autre exemple, il y a deux ou trois ans, ce jeune couple de kibboutznik et leur jeune enfant, tous trois assassinés dans leur sommeil, exécutés de sang froid, à coups de revolver, tirés à bout portant, dans leur chambre ou les assassins s'étaient introduits.

Crime prémédité et revendiqué contre des "objectifs sionistes" ces trois assassinats.

 

Ces actes ne sont-ils pas odieux et condamnables? Il faut croire que non, puisque aucune de ces belles âmes qui foudroient Israël aujourd'hui et nous le font savoir aux moyens de tracts, manifestations et articles sur Internet, ne les ont alors condamnés.

 

Ces objectifs sionistes, c'étaient, en la circonstance, un homme, une femme et un enfant. Ils étaient connus pour leur militantisme aux côtés de villageois palestiniens opposés à une décision des autorités israéliennes concernant des terrains agricoles appartenant à leur communauté villageoise.

 

Le langage du commando de tueurs "palestinien" ("objectifs sionistes atteints") met ses pas dans ceux des tueurs des einzatzgruppen des années 1941-42. Eux comptaient alors "les pièces" et non des femmes, des enfants et des hommes qu'ils avaient fusillés, lorsqu'ils faisaient à leurs chefs le bilan chiffré de leurs actions spéciales contre la population juive désarmée de Pologne et d'Union soviétique.

Jamais les parents ou les proches des "pièces", qui purent gagner des maquis, ne tuèrent un enfant ou une femme allemande pour venger leurs morts. Pourtant, ils auraient pu le faire, et la question fut posée à Varsovie par certains en 1942. C'est ce que rappelait le bundiste (militant de Solidarnosc en 1981) Marek Edelman, dans une lettre ouverte envoyée aux organisations palestiniennes, lettre qui est restée sans réponse.

 

Je voudrais faire un retour en arrière pour que tu prennes conscience de ce qui se passe vraiment au proche orient.

Avant, je te dirais seulement que l'article de Michel Warschawski que tu m'as envoyé n'apporte en réalité que des éléments de confusion, rien d'autre.

 

Je connais bien le parcours de ce militant de la Quatrième internationale. Se voulant fidèle à l'internationalisme ouvrier cet homme lit les événements avec des lunettes sélectives, résumées- dans leurs effets en termes d'analyse et de compréhension des événements- dans la fameuse formule de Karl Liebknecht en 1914: "l'ennemi est dans notre propre pays".

Les ennemis de Michel Warschawski ne se limitent pas semble t'il, dans son propre pays qui ne l'est finalement pas à l'en croire, à son propre gouvernement. Son ennemi, c'est son propre peuple.

 

Michel Warschawski a donc son ennemi dans son propre pays qui n'est pas le sien, si l'on suit son raisonnement; c'est ce pays lui même, c’est Israël et sa population.

 

Israël et sa population sont coupables de tout, coupables d'exister, coupables de ne pas vouloir se disperser à nouveau comme après l'écrasement de la dernière révolte juive contre les Romains de l'an 135, coupables de ne pas vouloir tomber ou retomber dans l'ancienne dhimmitude, cet état d'asservissement politique et moral, d'humiliation permanente, dans lequel vivaient, -habitants de seconde zone plus ou moins tolérés selon les Califes et les autorités locales et le voisinage-, les 850 milles juifs revenus en Israël, des réfugiés eux aussi, expulsés ou contraints de fuir les pays « arabes » ou ils avaient vécus pendant des siècles (dans les pays d'Afrique du nord), voire pendant des millénaires comme en Irak, en Iran, au Yémen.

 

La dhimmitude, elle faisait du Juif une espèce de "nègre blanc" que chacun pouvait librement humilier, brimer, frapper, dont la situation vis à vis des autorités et du voisinage était toujours incertaine, ressemblant à celle de l'Américain Africain quand il vivait, par exemple en Alabama, avant les lois civiques conquises à la fin des années soixante du vingtième siècle.

 

Warschawski portent des lunettes dont les verres sont dépolis. Il aperçoit la vie au travers d'ombres, et seulement certains événements distordus. Elles lui font voir, en juillet 2006, une "guerre de Bush" totalement injustifiée et absolument illégitime, quand il y a riposte plutôt chaotique à un parti militaro religieux, le "Hezbollah" émanation d'un gouvernement d'Iran qui a sciemment mené une opération de guerre pour trouver un conflit quel qu’en soit le prix en vies humaines ; ce gouvernement que je me refuse de le qualifier de gouvernement iranien. C’est le gouvernement des Ayatollah. Il s'est imposé aux peuples d'Iran par l'écrasement sanglant de leur Révolution politique et sociale et nationale de 1979. Il a consolidé son pouvoir au moyen des potences pour les militants politiques qualifiés « d’hypocrites », par les fusillades massives d’étudiants en 1989, et par les bombardements aériens du Kurdistan d’Iran dés les débuts du régime des ayatollahs.

 

Les ayatollahs sont parvenus à installer un fascisme spécifique qui, comme tout fascisme, à commencé par écraser le mouvement ouvrier et a finalement fait disparaître tout élément de démocratie, même le plus élémentaire. Ce fascisme oriental, ce fascisme spécifique, celui non prévu par les maîtres à penser, celui d'un pays non "impérialiste" (au sens classique que les marxistes donnent au terme depuis Lénine) déroutent et fausse le jugement de pseudo marxistes dirigeant les organisations qui se déclarent marxistes ou sont dans cette mouvance. Ce fascisme là n'encadre pas la population avec des SS, des SA et la Gestapo, mais avec la hiérarchie des ayatollahs et les unités de Pasdaran qui utilisèrent largement  d'anciens savaki (police politique du Shah) repentis pour se structurer à Téhéran dans les premiers temps du khomeynisme. 

Comme le nazisme et le franquisme, l'ayatollisme a broyé le mouvement ouvrier du pays ; mouvement ouvrier qui était actif et important en effectifs, malgré le régime autoritaire du Shah. C'est un fascisme, des plus purs, qui sévit depuis bientôt 30 ans en Iran.

Quelle est la nature d'une organisation qui en émane, dis moi? Et quelle est nature de la politique d'une organisation française ou israélienne qui voit dans ce pur fascisme un gouvernement de "résistance à l'impérialisme"?

 

Warschawski et ses plus ou moins proches compagnons d'idée ici, voient dans une milice religieuse fondamentaliste armée, le Hezbollah, (surarmée par le gouvernement d'Iran, gouvernement répétons le d'un régime anti ouvrier et anti démocratique basé sur l'utilisation de la potence comme argument principal dans le débat avec le mouvement ouvrier et les groupements démocratiques ainsi qu'avec les organisations des minorités nationales), un parti qui "résiste à l'impérialisme et au sionisme sa créature". Bref, ce seraient des gens tout à fait fréquentables ces ayatollahs au pouvoir depuis presque 30 ans ainsi que les organisations militarisées sympathisantes ou stipendiées ; les uns et les autres seraient même des alliés de qualité, si on doit suivre dans leur délire M. Warschawski et ses cousins politiques que l’ont trouve en France et dans d’autres pays.

 

Avant Warschawski, d'autres firent une lecture semblable de formations de même nature.

C’est ainsi que le NSDAP d'Adolphe Hitler des années vingt- trente fut ainsi décrypté et considéré par le dirigeant bolchevik Karl Radek, après sa capitulation devant la bureaucratie qui détruisait de l'intérieur la révolution russe. Staline, nouveau chef de l’ancien dirigeant de l’opposition trotskiste, devint aussi le héros de la doctrine du "social fascisme".

En interdisant l'unité d’action du KPD et du SPD, les deux grandes organisations politiques du mouvement ouvrier allemand, Staline et les siens servirent de marche pieds à l'organisation nazie pour parvenir au pouvoir. Staline- Radek firent du nazisme la même lecture que les Warschawski et consort font du Hezbollah et de son maître iranien.

 

Pendant le second conflit mondial, les Marcel Déat, Doriot, Degrelle et toute une longue théorie d'antisémites fanatiques à prétentions socialistes, le cerveau obscurci par une haine absurde et fréquemment pathologique du Juif (on ne disait pas encore le « sioniste »), trouvèrent de semblables vertus au Parti hitlérien ...

 

Tu ne dois pas avoir oublié que le Comintern stalinien imposa au Parti communiste allemand, le KPD, de réaliser, dans l'organisation de la grève des transports à Berlin, une unité d'action, un front unique avec l'organisation berlinoise du NSDAP contre le préfet socialiste de Berlin Sévering ; cette grève d’unité communiste- nazis était destinée à faire tomber le gouvernement social démocrate du Land de Prusse. L’objectif fut atteint. On a vu les résultats de ce « front unique » : il ouvrit le chemin du pouvoir à Adolphe Hitler. Cela ne valu pourtant pas aux staliniens allemands d'être mieux traités que les sociaux démocrates quand les nazis parvinrent au pouvoir.

 

Warschawski et autres "trotskistes" ne seront pas mieux traités que les « objectifs sionistes » par leurs « alliés » islamistes, -enfin ce qu'ils croient unilatéralement être des alliés. Les travailleurs espagnols morts (parmi lesquels des travailleurs marocains), assassinés sans état d’âme, dans l'explosion d'un train de banlieue madrilène l'an passé, en sont la terrible illustration.

 

Warschawski et ses compagnons d'idée, partisans de la disparition d'Israël, oublient volontairement ou non, quelques pièces essentielles du puzzle.

 

En 1929, Bush n'était pas né. Une révolte, en fait un vaste pogrome, éclatera à Jérusalem et dans d'autres bourgades de la Palestine mandataire (Safed et Hébron) à l’instigation du Mufti Husseini.

A Hébron, vieux centre Juif de toujours, ou demeuraient nombreux depuis des siècles des Juifs du vieux Yichouv, des Juifs mystiques vivant misérablement, accrochés viscéralement à la cité du "caveau des patriarches", depuis fort longtemps pour la plupart, présents dans ce pays bien avant que les proches ancêtres de beaucoup des actuels Palestiniens n’aient quitté l'Egypte, la Syrie, le Soudan, l'Algérie avec l'Emir Abdel Kader, le Caucase, la Bosnie, l’Albanie… au 19ème siècle et pour beaucoup d'autres dans les premières années du mandat britannique (les années 20 du vingtième siècle), pour immigrer en "Palestine". A Hébron, plus d'une centaine de juifs, des hommes désarmés, des vieillards, des femmes et des enfants seront sauvagement assassinés après avoir été battus, parfois atrocement mutilés. Au total, le pogrome de 1929, mené contre des autochtones juifs du "vieux Yichouv", fit 135 victimes. Révolte? Mouvement national légitime ce massacre de gens pacifiques et sans défense?

 

"Révolte anti impérialiste", "mouvement pour constituer la nation palestinienne" ces meurtres de passants, ces assassinats de gens que l'on venait battre et tuer chez eux après avoir cassé les portes pour s'introduire dans leurs pauvres logis? Les victimes furent toutes des familles pacifiques et misérables, des gens que leurs assassins, souvent, connaissaient personnellement depuis toujours.

 

Ces furieux assassinats de gens sans défenses, ce n'était pas del'antisémitisme odieux et condamnable parce que les meurtriers n'étaient pas des pogromistes européens?

 

La tradition du Hezbollah et du Hamas en Israël plonge dans ces actions meurtrières, ce dont ils sont fiers.

 

Tu parles d'une "énième guerre absurde pour le grand Israël".

C'est quoi à ton avis le "grand Israël"?

 

Réaliser le "grand Israël", ce serait faire d'un territoire plus petit que les 4 départements bretons, un territoire qui serait aussi grand que ceux ci plus le cotentin, si Israël annexait la portion du foyer national juif (foyer national décidé par la SDN après la première guerre mondiale) que l'ONU a attribué en 1948 à la formation d'un nouvel état arabe palestinien.

C'est pourquoi, l’anti impérialisme", celui de la tradition dénoncée par Friedrich Engels, August Bebel et Liebknecht père, je veux parler de la tradition du "socialisme des imbéciles", -cette tradition que l'on pourrait appeler désormais "l'anti impérialisme des fous et des imbéciles", en ce début de 21ème siècle-, a besoin de mystifier l’opinion.

Il invente, suivant en cela les chefs de l'OLP et d'autres, il invente de toute pièce que « les sionistes voudraient un "eretz Israël" allant du Nil à l'Euphrate ».

 

C'est pour accréditer ce mythe, qu'un "anti impérialiste" des fous, dans un livre publié par une maison d'édition syrienne (la maison d'édition Dar el awael) a publié une telle carte du "grand Israël" qui n'existe nulle part en Israël; il y explique que les buts de guerre israéliens, inféodés à la stratégie américaine, visent à s'emparer des champs de pétroles arabes. C'est à peu de chose près le contenu  d'un récent éditorial d'Informations Ouvrières, qui roule des yeux de Chimène pour les "résistants du Hezbollah".

 

Claude, tu es pessimiste pour l'avenir de la région m'écris tu.

Moi, je suis très inquiet, mais pas pessimiste.

 

Si le Hezbollah a réalisé une sorte de coup d'état pour s'emparer du pouvoir de décision en matière de guerre et de paix,  en lieu et place des institutions légales libanaises, pour décider un nouveau conflit armé avec Israël, je ne crois pas que ce soit uniquement pour des raisons de fanatisme religieux, ni seulement pour des buts "nationaux" libanais (récupérer les quelques dizaines de kilomètres carrés de Syrie, lieu dit des fermes de Chebaa, que la Syrie considéreraient comme étant libanais pour sous- traiter au Hezbollah le harcèlement militaire d’Israël ) ou pour des buts nationaux palestiniens.

La provocation du Hezbollah visant à déclencher la guerre, a des causes politiques ; elle a des buts stratégiques "libanais" du point de vue de la dictature baasiste syrienne et des objectifs « libanais » du point de vue du fascisme des ayatollahs. Elle est déterminée par des causes et des buts internes des deux dictatures en crise. Principalement me semble-t-il:

 

 refouler le mouvement populaire et national libanais qui a déferlé l'an passé après l'assassinat de Rafic Hariri,

 

 des objectifs purement internes iraniens. Le Reich devait durer mille ans. La dictature fasciste des ayatollahs n'a pas fixé de durée connue à sa perpétuation; elle veut durer toujours, au moins jusqu'à ce que Dieu mette fin au monde des humains, ce que montrera la venue du douzième Imam dit « l’imam caché ». De ce point de vue, du point de vue de la profondeur de sa crise, elle n'a pas tord d'être inquiète l’ayatollahcratie.

Les années passées ont en effet montré des signes manifestes de crise et de décomposition interne, jusqu’aux sommets de la bureaucratie religieuse khomeyniste.

La guerre est toujours* un moyen de contenir les contradictions internes, jusqu'au moment ou elle les amplifie et accélère leur développement

Présentement, Ahmadinejad doit croire que la tension guerrière favorise le maintien de la dictature des ayatollah, -qui continue de prendre l'eau-, en corsetant les contradictions internes au moyen de l'union sacrée contre l'ennemi absolu, contre "l'entité sioniste", "cette chose venue d'un autre monde", et contre son "maître américain". C'est pourquoi il continue d'approvisionner en armes le Hezbollah, via la Syrie. 

 

Et l'avenir?

Moi, je vois les choses ainsi, et cela te montrera que finalement je ne suis pas pessimiste, que je ne pars pas vaincu d'avance :

Le respect des droits des uns et des autres est indispensable, y compris celui de se défendre.

C'est pourquoi je ne partage pas l'analyse fantasmagorique de nos ex amis politiques et de leurs cousins. Je considère que :

 

1° Israël est légitime, en tant qu’Etat juif.

 

2° Les autochtones "arabo musulmans", ainsi que les descendants d'esclaves africains et les divers immigrants arabo musulmans, ainsi que les Bosniaques, Albanais, Caucasiens, Algériens, Circassiens, Africains, immigrés au 19èmesiècle ou venus au 20ème siècle après la première guerre mondiale, avec la forte bienveillance britannique, ont tous aussi des droits légitimes, y compris celui de se constituer en nation palestinienne souveraine sur place. Mais cela ce n'est pas le programme du Hamas, ni celui du Hezbollah.

 

3° Le respect des uns et des autres : c’est le respect qui écarte la menace de retour de Juifs en dhimmitude (la « Charia pour tous » qui sert de carburant à la guerre de plus de vingt ans au Soudan), permettant le rétablissement des relations familiales entre les "arabes israéliens", citoyens « arabes » d'Israël, les réfugiés et leur nombreuse descendance. Cela passe, je crois, par l'établissement de relations confédérales entre trois Etats souverains:

 

 l'état national souverain restauré de la vieille nation hébraïque, Israël restauré officiellement le 15 mai 1948 à partir du quasi Etat que constituait l’organisation du nouveau Ichouv formé à la fin du 19ème siècle, avec une minorité nationale "arabe"disposant de droits légaux égaux à ceux de la majorité juive

 

 l'état arabe, prévu par le vote de 1947 de l’assemblée de l'ONU, enfin constitué, avec une minorité nationale juive (ceux que l’on appelle actuellement dans les médias : les « colons ») disposant elle aussi de droits légaux égaux à la majorité dite « arabe »

 

 l'état des bédouins de Transjordanie et sa minorité nationale quasi majoritaire palestinienne. Il pourrait comprendre une minorité juive,  ce qui respecterait la décision de la SDN en 1920 concernant le périmètre du « foyer national juif » et les traces de l'histoire (le peuplement hébreu sur la rive droite du Jourdain, petit territoire de quelques centaines de km2 des tribus de Reuven et Gilaad). Les milliers de Cohen jordaniens pourraient recouvrer leur identité en sortir d’un humiliant et oppressant marranisme.

 

Pour garantir les uns et les autres, les élections locales, comme c'est déjà le cas en Israël, auraient pour collège électoral tous les résidants, quelque soit la "nationalité", tandis qu'aux élections nationales/gouvernementales ne prendraient part au vote que les membres de la nationalité de chacun des trois pays confédérés qui posséderaient des lois communes et des lois non communes.

 

Ce que je vois, comme issue positive, correspond plutôt à la manière de concevoir la question nationale défendue par les Austro marxistes, les socialistes de l’école d'Otto Bauer. Elle visait à unir, sans n’opprimer aucune, les différentes nationalités de l'empire austro hongrois. Je n'entrevois pas d'autres perspective pour résoudre la question des réfugiés palestiniens, sans noyer l'état issu du foyer national juif et sans prendre le risque de faire peser l'épée de Damoclès de la "Charia pour tous"*, tout en permettant la libre circulation des personnes qui résoudrait, sans risques ultérieurs, le problème de milliers de familles palestiniennes déchirées depuis 1948.

 

Ma perspective peut te paraître aussi utopique que la "Palestine unique démocratique et laïque" de Warschawski et Cie. Pas tout à fait, je crois, même si elle suppose l'émergence, chez les "arabo musulmans", de repères politiques et sociaux démocratiques et socialistes qui n’existent pas encore, pas même en germes ; repères socialistes et démocratiques au sens vrai du mot, ce qui n'est pas encore arrivé (pour l'instant, -en ces temps d’expansion d’un néo islam conquérant et irrédentiste qui influence largement les masses musulmanes, même en Europe-, mais cela ne veut pas dire que cela ne pourra pas se produire). Elle se distingue de la perspective de Warschawski et ses semblables parce qu’elle n’abandonne pas la proie pour l’ombre en faisant un mauvais procès aux droits nationaux du peuple Juif que j’estime plus que jamais légitimes, sans nier ceux de la récente « nationalité » palestinienne.

 

Amitiés

Alain Rubin

 

Le 23 août

Claude

 

En guise de PS, une réponse que j'avais omis de faire dans mon mail d'hier à propos de ce que tu écrivais sur la "énième guerre absurde pour le grand Israël".

 

En fait ma réponse sera une question : si le conflit du mois de juillet 2006 avec le Hezbollah est une "énième guerre pour le grand Israël", il y en a forcément eu d'autres avant, pour cet objectif. Lesquelles? Quand, peux-tu me dire?

 

1° Je savais qu'il y avait une première guerre israélo-arabe en 1948, quand tous les états arabes environnant ont envoyé leurs forces armées liquider immédiatement le nouvel état qui résultait du vote de l'ONU, donnant une expression étatique indépendante à un modeste morceau du foyer national juifdécidé par la SDN après la première guerre mondiale.

 

Guerre pour le "grand Israël"?

 

2° En 1956, je me souvenais de l'opération de Suez, quand les gouvernements français et anglais entraînèrent Israël pour s'opposer à la nationalisation du canal de Suez par Nasser ; par la même occasion, fournissant à Israël une occasion de priver de leur base de départ, pour des actions sanglantes contre les populations, les commandos venus d'Egypte.

 

Guerre pour le "grand Israël"?

 

3° en 1967, nouvelle attaque des voisins d'Israël, se terminant en déroute humiliante pour la coalition d'attaquants.

Guerre pour le "grand Israël"?

 

4° en 1973, guerre du kippour, lourdes pertes d’IsraëL qui l'emporte sur ses attaquants après avoir été, encore une fois, l’objet d'une attaque surprise des forces armées coalisées de ses voisins.

Guerre pour le "grand Israël"?

 

5° dans les premières années quatre vingt du siècle passé, il y a l'occupation du Liban, en proie à déjà plusieurs années de guerre civile et de chaos politique et social. Il y a l'alliance avec les organisations libanaises maronites en guerre contre l'état armé non libanais imposant de fait sa loi à l'état libanais déliquescent, je veux parler de l'OLP. Sharon n'intervient pas quand les milices maronites mènent la sanglante action de vendetta massive qui lui vaudra de devoir démissionner de son poste ministériel, à la suite de grandes manifestations en Israël et des résultats de la commission israélienne d'enquête.

 

Guerre pour le "grand Israël"?

 

Alors quand, dis-moi, les précédentes guerres pour le "grand Israël?

Mais peut être qu'involontairement j'aurai zappé ces guerres précédentes dont celle de juillet serait la "énième"?

 

Ce que je crains Claude, c'est que finalement, par le pouvoir de persuasion des commentaires de médias, truffés d'anciens jeunes gens qui sautillèrent sur place pendant quelques années, scandant "Ho Ho Ho, Ho chi Minh, FLN vaincra" et/puis "Palestine vaincra", sur le même air des lampions et toujours en sautillant, pas mal de gens de bonne foi, pas spécialement favorables à l'antisémitisme au point de départ, ne se retrouvent aujourd'hui la tête remplie de pseudo souvenirs des pseudo précédentes guerres israéliennes pour "le grand Israël" et n'en tirent des conclusions du genre de celles recherchées en son temps par les rédacteurs et les diffuseurs du "Protocole de sages de Sion", si tu vois ce que je veux dire.

 

Le mensonge peut être une arme redoutable. Sa déclinaison, l'information partielle et/ou bidonnée sont aujourd'hui des facteurs majeurs redoutables. Ainsi ces images d'une jeune internaute israélienne de Haïfa que nous montre RTL. La jeune femme israélienne, qui se plaint des bombardements incessants du Hezbollah, devient, par la grâce du commentaire de RTL diffusé en Belgique, une jeune internaute libanaise se plaignant de bombardements Hezbollah que RTL cherche à faire passer pour bombardements israéliens auprès du téléspectateur belge.

Sans commentaire n'est ce pas?

Finalement, Althusser n'avait pas si tord que nous le disions quand il qualifiait les médias du monde actuel "d'appareil idéologique d'état".

Alors dis-moi, quelles étaient les précédentes guerres pour le "grand Israël"? La révolte de Judas au marteau, guerre des Asmonéens contre la dynastie grecque de Syrie, quelques siècles avant l'ère chrétienne? Mais vois tu, même cette guerre là n'était pas une guerre pour recouvrer l'intégralité du territoire des douze tribus d'Hébreux. Elle défendait uniquement le droit moral des Juifs à pouvoir respecter les règles de vie quotidiennes les concernant eux, les règles prévues par la Tora pour les « bné Israël ». Les Grecs et les Syriens pouvaient faire ce qu'ils voulaient, c'était leur problème, mais ils ne devaient pas imposer, par la violence qui plus est, leurs normes à ceux qui n'en voulaient pas, en la circonstance, les Juifs de Judée Samarie.

Guerre pour le "grand Israël"?

 

La guerre pour le grand Israël, un mythe forgé de toute pièce. Elle est une vérité politique et journalistique du genre des rumeurs moyenâgeuses d'enlèvements et de meurtres d'enfants, pour soit disant récupérer leur sang pour la confection des matzot de pessah. Et les propagateurs de cette légende de la guerre pour le « grand Israël »,- le plus généralement payés pour le faire, (les journalistes ne sont pas des bénévoles, sauf peut être quand ils écrivent dans des journaux d'organisations) et les dirigeants politiques et les diplomates encore moins-, se sont intoxiqués aux moyens de leurs propres mensonges.

 

Amitiés et à bientôt, Alain

* PS

 quand j'écris toutes les guerres, je devrais plutôt dire "les guerres" déclenchées par les régimes gouvernementaux oppresseurs de leur propre population, des gouvernements campant dans leur pays, comme des conquérants de leur propre nation, en opposition frontale avec la société qu'ils corsètent et empêchent de décider quoi que ce soit au moyen de la dictature sans limite.

 On peut dire ce que l'on veut d'Israël, mais les derniers développements internes montrent une nouvelle fois une société qui n'est pas soumise à une dictature; dictature qui aurait besoin de la guerre pour se maintenir au pouvoir.

Les dernières manifestations de rues, qui réclament la démission d'Ehud Olmert et de tout son gouvernement, sont principalement animées par des officiers et des réservistes. Ces militaires lui reprochent, en particulier, son incurie pendant le conflit armé de juillet avec le Hezbollah. Ils lui reprochent publiquement d'avoir été incapable de diriger une efficace action militaire, déterminée et décisive, permettant d'en finir avec le danger permanent représenté par l'armée privée du Hezbollah, obstacle absolu à la souveraineté populaire au Liban ainsi qu’à un voisinage normal entre Israéliens et Libanais et pour certains d'avoir employé des moyens et un type d'armement en contradiction avec les buts de la riposte à l'attaque du Hezbollah.

La charia pour tous s’illustre depuis longtemps dans la rue palestinienne chrétienne. Dans le port obligatoire de certains vêtements, le voile pour les femmes. Les dangers d’une aggravation du phénomène se traduisent dans les manœuvres plus récentes pour désintégrer le fort noyau « d’Arabes » chrétiens, le manque de respect pour leur lieux de culte. Depuis cet article écrit l’an dernier, on a assisté à l’émergence d’un groupe clandestin voulant imposer la charia obligatoire à Gaza, par la violence et les menaces de mort.

 

 

PPS

L’antisémitisme odieux, pour reprendre l’expression de mon ami, se nourrit aussi de l’information tronquée ou déformée.

Quand, vendredi 17 mai 2007, la télévision française rend compte de la situation dans la bande de Gaza, on le constate de façon flagrante. Quand ils laissent croire que les « six victimes » de l’armée d’Israël sont le résultat d’une nième agression israélienne à laquelle le Hamas déclare qu’il répondra par des attentats, les journalistes et leurs responsables, qui ne donnent la parole qu’au Hamas, aident à dresser un mur de haine basé sur l’ignorance et la partialité.

AR

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  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
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Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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