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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 08:41

 

 

 

 

 

 

Petition contre JCALL

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Des Juifs officiels et des Juifs réprouvés ...

Shmuel Triganole 28 mai 2010

Une des expériences les plus significatives que nous avons faites avec la déclaration « Raison Garder » a été, et est toujours, le silence des médias français à son propos. La presse suisse, italienne, israélienne lui ont fait écho, même si ce fut la plupart du temps dans les marges de JCall.

C’est une situation à laquelle nous nous confrontons en fait depuis la deuxième Intifada. Elle se manifeste aujourd’hui avec une stridence supplémentaire parce que les deux pétitions en lice, « Raison Garder » et « Appel à la raison », peuvent se mesurer par un dispositif informatique simple : 10 200 signataires pour « Raison Garder » contre 6000 pour J Call.

Le constat le plus immédiat que l’on puisse faire, c’est que les médias français pratiquent une information sélective qui obéit à une grille idéologique. C’est bien ce qui s’est produit depuis 10 ans. Seuls les Juifs « autorisés » ont pu s’exprimer et tenir le micro. Cela a concerné en premier toute la galaxie de ceux qui s’étaient recommandé d’un « autre » judaïsme, d’une « autre voix juive » et que nous avons nommés, respectueux de leur auto-définition : les « Alterjuifs » (de « alter » : « autre ») (1).

Tout leur discours se résumait dans l’accusation d’Israël et de la communauté juive. Il y avait, à cette époque, une sorte de cérémonie d’allégeance en vertu de laquelle, pour avoir le droit à la parole et à l’écoute, l’interlocuteur juif devait impérativement prononcer en guise de « Sésame ouvre-toi » la formule : « Je suis pour Israël, mais, attention ! Je suis contre ceci ou cela : « Sharon », « l’occupation », les « colons », etc.

Le reste des Juifs étaient renvoyés à la tourbe grouillante et visqueuse du tribalisme, du sionisme « viscéral », du particularisme, exactement à tout ce dont l’apôtre Paul – « autre » fils d’Israël - accusait déjà « les Juifs », il y a 20 siècles. De ce monde-là, aucune voix articulée et construite ne fut répercutée dans le débat public. Et les efforts d’explication, les livres, les conférences, les newsletters ne manquèrent pas. L’histoire enregistrera cet effort désespéré de la communauté juive pour se faire entendre de la communauté nationale.

Certains pourtant, qui avaient accablé le « communautarisme juif » dans les années 1990, se virent confirmés par les médias comme ses porte-paroles uniques et obligés, sur tous les plateaux et dans tous les journaux, mais uniquement pour faire entendre les échos de leur âme juive souffrante et tourmentée, prise dans les rets de ses contradictions. Le reste des Juifs resta toujours massifié, anonyme et menaçant.

Les auteurs de J Call se sont manifestés dans ce paysage-là de sorte que la structure de communication – ou plutôt de non-communication, ici évoquée– a connu une mutation : ils se posent en porte paroles exclusifs du judaïsme, puisqu’ils accaparent sa morale, son honneur et la raison, pour tancer de haut le monde juif - à nouveau donc voué au « tribalisme » viscéral (2) !-, en prenant l’univers à témoin – et c’est là où est le problème –, convoqué pour imposer leur volonté partisane à tout un peuple voué à être sous tutelle.

Le colloque organisé par l’Ambassade de France à Tel Aviv le 31 mai (3), en est une illustration. Il commence par un débat entre un porte parole de J Call – mentionné tel quel, es qualités, c’est là le problème- et la ministre Likoud de la culture, comme si toute la diaspora française était résumée dans J Call, auquel l’ambassade donne voix sans aucun souci d’équilibre.

Y-a-t-il donc des Juifs « officiels » et des Juifs « réprouvés » ? Hanna Arendt a bien analysé ce syndrome dans son livre De l’antisémitisme, à travers la notion de « Juifs d’exception ». Au 18ème siècle, les salons mondains les fêtaient en les opposant à la masse ghettoïsée de ceux qui ne bénéficiaient pas encore de l’émancipation citoyenne. Eux-mêmes, remarque-t-elle, ne retiraient leur statut privilégié et leur reconnaissance que de cette relégation de tous les autres Juifs. Hier comme aujourd’hui, la « reconnaissance » des uns se paie de l’exclusion des autres de la citoyenneté, en diaspora comme en Israël, où J Call ne propose rien d’autre que de court-circuiter la procédure normale de la démocratie et de la souveraineté républicaine.

Ce parallélisme souligne quelle terrible régression connaît aujourd’hui la condition juive.


*Chronique prononcée sur Radio J, vendredi 28 mai 2010.

1 - http://www.controverses.fr/Sommaires/sommaire4.htm
2 - Paroles de Eli Barnavi, l’un des inspirateurs de J Call : «
 Oui il y a bien deux Israël. Le mien tourné vers le monde, séculier et rationnel ; et l’autre, idolâtre, centré sur une terre diviniséeet prisonnier de croyances archaïques... Entre les deux il n’y a pas de compromis possible. Dans le combat qui les oppose, chaque camp compte ses alliés, au sein du monde juif et parmi les Gentils. Ils ont les leurs, juifs de la Diaspora arc-boutés sur leurs peurs ancestrales qui flairent l’antisémitisme partout et sont prêts à se battre pour Abou Dis jusqu’au dernier Israélien, ou évangélistes américains dont le « sionisme » annonce la conversion des juifs et le second avènement du Christ Roi. Nous avons les nôtres « Juifs de l’éthique »... Réponse de Eli Barnavi à Régis Debray dans son pamphlet récent A un ami israélien (Flammarion).
3 - « La démocratie et ses nouveaux défis », 
les 30,31 mai et 1er juin 2010, en collaboration avec le journal Haaretz.»

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commentaires

Thierry+Nathan 30/05/2010 12:08


De plus ça donne l'image vers l'extérieur d'une communauté divisée. Ce qui est, sans doute,la pire image que nous puissions donner. Nous donnons nous-mêmes le bâton pour nous faire battre. Et
"Libération" peut faire sa une victorieusement sur les "Juifs qui critiquent Israël". Si, même les juifs critiquent Israël, il est possible de tout dire à leur sujet et au sujet d'Israël. En dehors
du fondement de cette pétition elle est un poison par son existence même.


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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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