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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 05:30

 

 

 

 

La semaine dernière, notre entretien avec Bonapartine nous a conduits à engager une réflexion sur la question de l’identité. Dans la suite logique de cette réflexion, Bonapartine nous dit aujourd’hui si des formes d’accord avec le pacte républicain sont possibles, envisageables et/ou souhaitables en France.

 

1- http://lessakele.over-blog.fr/article-vec-bo-54317882.html

2- http://lessakele.over-blog.fr/article-conversations-estivales-avec-bonapartine-2nd-entretien-54659575.html


 

Lessakele - Où serait le « juste milieu » ? Feriez-vous des distinguos dans les formes d’accord avec le pacte républicain (entre Judaïsme et Islam, autres) ?

 

Comme je le précisais dans l’une des questions précédentes que vous avez posée dans le cadre du présent entretien, il existe en France une loi fondamentale qui est la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat du 09 décembre 1905. Les valeurs qu’elle défend et qui sont la liberté de conscience, l’égalité en droit des orientations spirituelles et religieuses, la neutralité du pouvoir politique ont défini en France les contours du concept de laïcité.

 

A l’occasion du débat engagé en 2004 sur le port des signes religieux à l’école, Bernard Stasi disait : « La grande loi républicaine du 09 décembre 1905 qui sépare les Eglises et L’Etat est le socle du "vivre ensemble"en France. C’est par elle que la laïcité s’est enracinée dans nos institutions. Les trois valeurs indissociables qu’elle définit en font la pierre angulaire de notre pacte républicain. »

 

A partir de ce rappel simple, je ne considère déjà pas que l’on puisse élaborer des "distinguos dans les formes d’accord avec la pacte républicain"pas plus que "des accords"tout court "avec le pacte républicain". Pourquoi ?

 

Prenons l’exemple de l’école laïque et républicaine française. Si vous commencez à dire « Les élèves de confession musulmane ou de confession juive ont le droit de refuser de manger du porc à la cantine scolaire des établissements d’enseignement public », vous entrez alors dans un processus de différenciation sur des critères d’ordre religieux d’une population scolaire donnée. Or, la laïcité a pour vocation de veiller à respecter rigoureusement le principe d’égalité entre les citoyens, plus particulièrement dans l’exemple de l’école publique entre tous les élèves scolarisés. Et le respect du principe d’égalité commence à l’école publique et laïque, porte-drapeau de la laïcité par excellence.

De fait, aucun groupe, fut-il un groupe d’élèves, ne doit tenter d’imposer à qui que ce soit son appartenance religieuse. C’est pourquoi je considère que cette "forme d’accord avec le pacte républicain"qu’est effectivement celle qui consiste à laisser s’infiltrer le religieux à l’école n’est ni plus ni moins qu’une rupture du pacte républicain.

Imaginez qu’à partir de là, les enfants et/ou adolescents évoluant dans un milieu familial catholique pratiquant tout en étant scolarisés à l’école publique, sachant que contrairement à une idée préconçue tous les enfants issus d’un milieu de confession catholique pratiquante ne sont pas forcément scolarisés d’office dans une école catholique privée, aient eux aussi devant les dérogations d’ordre culinaire fondées sur des motivations religieuses, accordées à certains élèves et en fin de compte pas à d’autres, pour revendication de ne plus jamais manger les viandes proposées en semaine aux menus de la cantine scolaire sous prétexte que le christianisme de premiers siècles préconisait de s’abstenir de consommer des viandes sacrifiées. Que fait-on ? Interdit-on alors à tous les élèves de manger de la viande ?

Dès l’instant où vous rompez le principe d’égalité selon lequel tous les enfants doivent se plier aux mêmes règles de vie en commun, vous ouvrez la voie au développement des particularismes, des revendications individualisées qui se transforment de plus en plus à l’école et ailleurs en revendications communautaristes. C’est ainsi que l’on s’éloigne dangereusement de l’apprentissage du savoir vivre ensemble indissociable de l’attachement commun à un certain nombre de valeurs.

Il faut le répéter clairement, les convictions religieuses n’ont pas leur place à l’école laïque. Affirmer le contraire et le mettre en pratique, c’est remettre en question tout l’esprit de la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat. Et cela, selon moi, c’est inacceptable. Mon analyse aurait du reste été aussi sévère si nous avions parlé ici des revendications liées à certaines pratiques sectaires qui elles aussi ont désormais tendance à vouloir imposer leur "spiritualité"à l’école laïque.

 

 

Dans une interview récemment donnée au Monde, l’ancien grand maître du Grand Orient de France Jean-Michel Quillardet déclarait :

 

« Je ne conteste pas que les religions ont un rôle à jouer dans la société et dans certains débats, mais il apparaît aujourd’hui que, dans une République dite laïque, on n’arrive pas à comprendre que d’autres pensées, l’athéisme, l’agnosticisme, le doute, sont nécessaires. D’une manière générale, il me semble que les religions prennent le pas sur la vocation laïque.… les revendications identitaires et religieuses, notamment islamiques, sont inquiétantes, car elles remettent en cause l’unité républicaine. Nous pensons que l’islam est parfaitement compatible avec la République. Ce n’est pas l’islam qui pose problème. Le vrai problème est l’échec de la politique de la ville et de l’intégration. Dans les quartiers, on constate une déshérence sociale, une déstructuration citoyenne. Certains se retournent vers un islam politique, radical. Et l’on s’aperçoit incidemment que certains se considèrent "musulmans" avant d’être citoyens. »

 

Je ne partage pas l’idée que l’islam serait compatible avec la République, idée qui conduit Jean-Michel Quillardet à en déduire que seul l’échec de la politique de la ville serait responsable de la montée des revendications communautaristes observées en France. En effet, si chacun de nous base son raisonnement sur le seul critère des conditions de vie environnemental et social, je me demande alors encore comment expliquer que les enfants d’Arméniens et d’Italiens qui en leur temps avaient grandi dans les bidonvilles de Villeurbanne, n’aient pas eu eux aussi eu finalement "la tentation"d’imposer le pasterma ou la pizza aux aubergines dès les premières années de leurs scolarisation en France, n’ont pas remis en cause l’enseignement en Histoire du Siècle des Lumières qui démontait pourtant des siècles d’endoctrinement des esprits par les différentes églises chrétiennes – et pas seulement l’Eglise catholique romaine - et ce bien que nombre de ces enfants aient évolué dans un milieu familial où les convictions chrétiennes étaient souvent très ancrées , ne piétinaient pas la langue française, ne saccageaient pas les écoles, ne brûlaient ni les voitures ni le drapeau français ….. Pourtant, les enfants d’Arméniens ou d’Italiens qui ont évolué dans les bidonvilles de Villeurbanne n’ont pas toujours eu de chauffage ni d’eau potable à disposition.

Qui, d’ailleurs, parmi ceux de la classe politique actuelle, ceux des journalistes, celles des associations qui ne cessent de brandir le discours de la discrimination, de la présumée diabolisation de ces enfants nés Français dont les parents sont originaires d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, de l’hypothétique "haine anti-noir ou anti-arabe"auxquelles se voueraient apparemment un peu trop facilement à leurs yeux les Français sans, toutefois, jamais condamner en retour le racisme anti-blanc aussi condamnable que toute autre forme de racisme, rappelle dans quelles conditions ont vécu les précédentes générations d’immigrés qui ont, elles aussi, façonné de leurs mains ce pays face à un patronat qui n’a, du reste, bien souvent, pas hésité à les exploiter indûment au cours du siècle précédent ? Ont-ils pour autant élevé leurs enfants dans la haine de la France ? Non.

 

A l’inverse, sur le constat d’ensemble, je suis d’accord avec Jean-Michel Quillardet pour dire que les religions, non pas "semblent",mais de mon point de vue prennent effectivement le pas sur l’esprit laïc d’une part, s’apercevoir d’autre part que certains des enfants nés sur le sol français se considèrent actuellement musulmans avant d’être citoyens. C’est là un constat préoccupant quand on sait que le pacte républicain est une convention, l’idée de convention nous conduisant, de fait, inévitablement à la notion de contrat social tel que l’entendait Jean-Jacques Rousseau. Et sur ce point chacun sait que le contrat social est indissociable du concept de citoyenneté.

Là aussi, si l’on prend l’exemple des mesures d’aménagement d’horaires dans les piscines municipales qui ont été prises par certaines municipalités, que dire du respect du pacte républicain sinon qu’il est intégralement bafoué ? En effet, instituer des horaires aménagés dans les piscines municipales pour permettre de séparer les femmes des hommes, revient à mépriser non seulement complètement le principe d’égalité entre les hommes et les femmes mais aussi le principe d’égalité entre les citoyens. Nier et renier dans une république laïque comme la nôtre l’indispensable dissociation entre la citoyenneté et l’appartenance religieuse est un viol de l’esprit de la Loi de Séparation de L’Eglise et de l’Etat et donc du pacte républicain.

 

Dans ces circonstances, vous comprenez pourquoi je suis foncièrement opposée à ce que vous appelez "les distinguos dans les formes d’accord avec le pacte républicain".

Depuis quelques années, on voit même désormais apparaître en Europe des revendications communautaristes qui exigent que dans le public venu assister à une représentation théâtrale, les femmes soient séparées des hommes et là aussi mon analyse serait la même que celle que je viens de faire sur le dossier de l’aménagement des horaires dans les piscines municipales en France. Peu importe du reste la religion à l’origine de ces revendications. Si demain le Vatican demandait à la France de réviser la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, je m’insurgerais avec autant de vigueur.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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