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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 10:23

Superbe analyse de Yéochoua

Etiquettes relatives ou absolues, sur humains et produits

Par Yéochoua SULTAN  

 © 2011 www.aschkel.info


Yéochoua 2

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Article précédent : Monologue de "l'humaniste israélien"

Les étiquettes sont des appellations, flatteuses ou incriminantes, qui sont apposées aussi bien à des personnes, des groupes ou mouvements, politiques, professionnels, sportifs, etc., des distinctions, que sur des objets ou des produits. Les étiquettes comportent fréquemment, en dehors de la désignation, un adjectif.

Elles ont tendance à être trompeuses, incitent à aimer ou à se méfier, contrairement à des désignations neutres de quantités, ou de prix au volume ou au kilo.

Commençons par les produits de consommation courante, avant de passer aux êtres animés ; nous verrons cependant que les mêmes procédés s'appliquent aux deux catégories, celle de l'homme comme celle de l'objet.

Considérons au hasard un produit de consommation courante, le blé soufflé, qui sert principalement de goûter ou de petit-déjeuner pour les enfants. Il sera bien plus attrayant s'il est présenté dans un grand carton brillant et en couleur, avec le dessin d'un animal au grand sourire humanisé, pour l'enfant.

Pour le parent acheteur, ce qui le rendra attrayant et attirant, c'est une mention du type «enrichi en vitamines», avec au moins une lettre de l'alphabet, A ou E, mais pourquoi pas plusieurs: vitamines A, B, C, D, E etc.

De plus, le prix affiché peut donner l'illusion d'être à bien meilleur marché que ce que coûte le blé soufflé habituellement, induction renforcée par une mention trompeuse comme «prix de lancement». Puis, une fois à la maison, en peu de temps, le produit est entièrement consommé.

Dans la majorité des cas, les parents se fient à leur intuition qui les conduit là où les experts en publicité, présentation, étiquettes et tentation l'auront décidé pour eux: s'il n'y en a plus, c'est que le produit est bon, et qu'il faut courir en acheter un stock. Même si la méthode n'est pas infaillible à coup sûr, elle reste rentable.

Peu sont ceux qui feront attention à la petitesse du sachet renfermé par le grand carton, ni à l'indication du poids, de 750 g dans le meilleur des cas, qui relève d'un bon tiers le prix au kilo, sans aucun mensonge explicite, en comparaison de celui que le consommateur avait cru comprendre. Il est vrai que certaines grandes surfaces ont voulu jouer la transparence: pas de couleurs sur l'emballage, pas d'emballage démesuré, et surtout la mention du prix au kilo à côté de celle du prix du produit proposé.  

Outre la présentation d'un produit, et la méthode qui joue sur les dimensions et la flamboyance de la façade, le client a besoin de connaître la taille de ce qu'il achète. Le poids pouvant rester une notion trop abstraite, il doit savoir directement s'il s'agit du petit, du moyen ou du grand paquet. Il n'ira pas acheter un tube de dentifrice de 125 ml ni un paquet de lessive de 5;8 kg, mais grand tube ou un paquet moyen.

C'est d'ailleurs la mention qu'il recherchera sur le paquet. L'étalage lui vient en aide, les différentes quantités étant classées par ordre de grandeur à hauteur de charriot, quand ce dernier devra, soit dit en passant, pour la commodité du vendeur, être le plus grand possible, pour que le client n'ait pas l'impression de s'être déplacé pour un petit achat s'il ne le remplit pas assez. Oubliant ou ignorant toute notion de volume ou de poids, les seuls repères qui permettront au consommateur de se retrouver consistent dans les positionnements relatifs de la gamme des quantités d'un produit donné, ce qui veut dire qu'un client qui veut un paquet moyen, qui durera suffisamment longtemps mais qui n'encombrera pas trop l'espace de son logement, le prendra toujours en considérant le petit et le grand paquets présentés de part et d'autre de l'objet visé.   Donc, peu importe s'il prend une boîte de cinquante ou de cinq cents sparadraps, du moment qu'il sera rassuré par la vue de boîtes de trente et soixante-dix sparadraps dans le premier cas et de trois cents et sept cents dans le second.

Un autre phénomène, en matière de consommation, consiste en la déflation du langage, qui fait que grand paraît petit. Il est fort probable que la perte de l'importance du langage soit aussi due à un effet du commerce.

En supposant que la lessive était vendue à un moment donné dans des sacs d'un, de deux et de trois kilos, ce dernier était donc le grand format. Si on a ensuite vendu de la lessive dans des emballages de cinq kilos, sans supprimer celui d'un kilo, le grand n'est pas devenu mezzo pour que le nouveau soit le grand, mais on a ajouté un adjectif plus fort pour le nouveau paquet: géant, par exemple.

Il en va de la qualité de la même façon que pour la quantité. Donc, si un produit lavait de façon satisfaisante, on disait qu'il lavait bien. En le perfectionnant, il a fallu passer à super hyper extra, quand bien ne voulait plus dire grand-chose. Parfois, le produit ne change ni en qualité ni en quantité, ce sont simplement les clients trop sollicités qui deviennent blasés. Par conséquent, le même produit présenté jadis comme bon, avec l'érosion de la portée du sens, a été présenté par la suite comme excellent, génial, fantastique, puis par tous les adjectifs en une seule tirade.

Apparemment, le genre humain n'apprécie guère les valeurs par trop absolues, peut-être parce qu'il est lui-même en évolution permanente vers sa décrépitude qu'accentue l'inaltérabilité relative de l'inerte, supérieur à lui par son immuabilité. Il n'aime pas le poids, la hauteur ou le volume, ni même des appellations pour lui trop figées, trop rigides.

Il aime que le grand devienne petit, pour que le géant devienne moyen et le fantastique grand. Il n'aime pas non plus le magnum, le jéroboam et le réhoboam. Ces contenants de liquides, qui représentent en volume deux, quatre et six bouteilles de 3/4 litre, ne permettent ni de jouer, ni de relativiser.

Et il n'est pas question non plus de rendre le réhoboam plus grand, de sorte que le magnum fasse du coup six bouteilles. D'autres formats existent déjà: le mathusalem, le salmanazar et le balthazar ; ils font respectivement huit, douze et seize bouteilles. Ces termes, pour parler de la taille de bouteilles, sont tellement rébarbatifs, soulants voire, qu'ils ont tendance à être oubliés de la langue commune. (J'avoue que j'ai dû avoir recours à de la doc.) L'homme n'aime pas l'étiquette absolue, mais relative, se relativisant lui-même au regard de son milieu.

Pourtant, dans d'autres cas, quand il est lui-même attitré, et pour ne pas remettre en question son prestige, il affectionne au contraire les valeurs rendues absolues. Ne dites pas que les titulaires du brevet ou même du bac ont le niveau d'un certificat d'études de la génération précédente, ou de deux générations en arrière. Ils ont le bac, point final. Ne demandez pas non plus pourquoi des diplômés d'écoles de journalisme écrivent souvent moins bien que leur grand-mère. On affectionne à relativiser son entourage, matériel ou moral, mais on se pose en valeur absolue.

Dans la société, les mêmes principes régissent les mentalités. Une société laïque ne parlera pas des gens religieux, quand ils sont censés la déranger, mais des orthodoxes. Dévaluation du langage aidant, ils deviendront peu à peu ultra-orthodoxe, super-hyper-extra-ultra-orthodoxes… pas encore, me signale-t-on depuis les coulisses?

Peut-être, mais ça viendra. Mais que faire alors si, en dehors des gens religieux qui ne font de tort à personne, on avait d'un seul coup à se mesurer à d'autres religions qui chercheraient à imposer sans «charrier» leur loi? Pas de panique, la langue n'est pas si pauvre, et on parlerait alors de fondamentalisme ou d'intégrisme. Nous voilà donc rassurés.

En politique, tout se classe également sous des étiquettes: extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême-droite. Si vous êtes politicien et que vous défendiez une idée juste, vos opposants, s'ils ne trouvent pas d'arguments, dirons: «Attentions, c'est de la politique d'extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême-droite (biffez les mentions inutiles), et ils ne réussiront jamais à nous entraîner, car nous ne pactiserons jamais avec l'extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême-droite (idem)».

Ces temps-ci, on parle surtout du dernier mouvement de cette liste. Le communisme ne fait plus peur depuis l'effondrement de l'ex Union soviétique et du rideau de fer. Mais, si on parle de la France, par exemple, on peut se poser la question suivante: l'extrême-droite s'est-elle dépréciée, tout comme la licence de lettre d'aujourd'hui vaut un bac de français d'avant la réforme Haby, auquel cas, elle ne fait plus peur, ou est-elle au contraire restée la même, et alors c'est le public qui s'endort et qui devrait à juste titre réactualiser la portée de son appellation, avec des superlatifs à n'en plus finir?

L'extrême droite est-elle une constance ou est-elle tout simplement le parti le plus à droite de l'échiquier, de la même façon que la boîte de trente pansements devient la plus grande quand il n'y a plus que des boîtes de dix ou de vingt, pour reprendre l'image citée plus haut, ou de la même façon qu'un homme d'un mètre cinquante est grand chez les pygmées et petit chez les globe-trotters?

C'est un peu la question que se posent les Juifs de France. Ils sentent que leurs droits et leur sécurité ne sont plus garantis, qu'ils sont souvent pris à partie par le type même de l'antisémitisme qui les a poussés à quitter les pays du sud de la Méditerranée. Ils sont en proie non plus à l'indifférence mais au cynisme des autorités qui approuvent les brimades dont ils font l'objet, n'y voyant que de l'antisionisme, et faisant mine de ne pas comprendre que les Juifs s'entêtent à soutenir Israël, ce qui se voit sur leur visage sans qu'ils n'aient besoin de le dire, si on se fie, encore une fois, à la nonchalance des autorités.

Sept cents zones de non-droit, où les autorités n'interviennent plus, sont recensées en France selon des études américaines dont les résultats sont dissimulés ailleurs, et l'insécurité grandissante dans les transports, rendent pour eux le sol incertain, d'où ils se sentent peu à peu contraints de partir.

D'un autre côté, ce qui est communément désigné comme l'extrême droite leur fait miroiter la fin du laxisme. Or, il se pourrait qu'ils se retrouvent alors en train de faire un choix entre le marteau du rétablissement d'un ordre qui pourrait les exclure et l'enclume d'un changement inexorable de l'identité du pays. L'un des plus infaillibles moyens de le savoir avant le fait accompli et analysable, c'est de laisser s'exprimer la principale intéressée, c'est-à-dire la direction féminisée d'un parti trentenaire. Bien entendu, des réserves s'imposent, le langage des politiciens n'est jamais le même avant et après les élections, «ils paraissent aimer, mais ils ignorent celui qui s'est fait connaître d'eux à l'heure de sa souffrance» (Pirké Aboth, chapitre II).

De surcroît, une direction nouvelle, même sincère, peut cacher un noyau dur indéfectible. Une occasion de découvrir ce qui se cache sous cette façade a été manquée, quand une pression-panique a fait annuler une émission sur une radio judaïque de Paris, Radio-J, mais elle s'est représentée quand un autre rendez-vous a été fixé sur une autre radio, israélienne d'expression française, la radio 90 FM, le 30 mars dernier.

Après les déclarations rassurantes prévisibles, affirmant que le FN n'est ni xénophobe, ni raciste ou antisémite, la patronne de la formation n'a pas jugé bon de défendre les droits d'Israël sur sa terre et sa capitale éternelle, contrairement aux prises de position qu'il faut malheureusement considérer comme engagées dans le contexte actuel d'un Wilders aux Pays-Bas.

Là, elle a chanté à l'unisson de la Ligue arabe, de l'Arabie Saoudite et des dirigeants d'Europe qui considèrent comme une chance, on ne sait comment, pour leur pays de voir les idéologies de ces dernières s'épandre chez eux.

En revanche, elle n'essaye pas d'étouffer Israël par l'anathème économique, et des clameurs exigeant la mort des Juifs n'ont pas été entendues dans des manifestations de son parti mais à gauche.

Donc, des éléments de réponse peuvent être apportés, sans grands risques d'erreur. Le langage «modéré», absurdement considéré comme tel, à savoir celui de la démarche visant à interdire aux Juifs l'accès à Jérusalem et au plus grand de ses lieux saints, l'esplanade du Temple, et à installer une autorité terroriste qui pourra bombarder leurs villes, se retrouve aussi bien chez le FN que chez le président français en poste actuellement.

Aussi, entre le marteau et l'enclume, ce sera toujours l'enclume du glissement d'identité nationale, et pour ce qui est des étiquettes relatives ou absolues, celle du FN semble bien s'être nettement relativisée.

Pour reprendre l'image des bouteilles, il ne reste plus en magasin que des mignonettes (5cc), des fillettes (37,5) et des clavelins.

Donc, la grande bouteille ne fait plus que soixante-deux centilitres. Et, à moins d'une manœuvre auprès de l'opinion, d'un mimétisme feint, dans un décor «modéré», l'extrême droite n'est plus que le plus grand des petits récipients

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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