Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 10:56
 
 
 

1. Lodz. Genèse : le paradis perdu

À Lodz

 
Dans les années Trente, Lodz est une grande ville d'industrie où se côtoient plusieurs langues, le polonais, le yiddish, le russe. La rue Piotrkowska, aux imposantes façades retentit d'activités incessantes, on y voit passer des automobiles, des attelages, locomotives, rouler des tramways, on entend au loin les machines qui font tourner les usines textiles. Si on passe le porche de l'immeuble portant le Numéro 88, la rumeur de la ville s'estompe et la vie devient plus laborieuse et familiale. Elle est rythmée par les automnes et les printemps du calendrier juif et, chaque semaine, par l'entrée du sabbat. Les cours intérieures s'ouvrent l'une vers l'autre et sont rarement silencieuses. On y entend toujours l'appel d'une mère, le jeu des enfants, le chant d'un artisan. C'est ici que Haïm - personnage dont ce spectacle retrace la vie - vit ses premières années.

Un univers de musiques
Dans cette ville, la musique est proche des hommes. Les industriels et banquiers financent des orchestres pour agrémenter la vie moderne ! La musique, le chant ou les mélopées, c'est aussi la vie de chacun, comme l'autre versant du monde, comme une fenêtre ouverte vers la joie, vers une vie sans entraves, vers le rêve de tous les accomplissements.

Un monde de musiques juives
Haïm est né en 1922 dans une famille hassidique où la musique est présente de multiples façons. Il y a le chant des prières, avec ses mélopées et nigunim emprunts de joie et de sentimentalité ; il y a les mélodies yiddish, un monde de foi, d'amour de la vie et de mélancolie. De son père, un « Ba'al tefilah» qui chante les prières à la synagogue de Lodz, il s'imprègne de la liturgie hébraïque de Pologne, alors que sa mère lui chante les chansons yiddish de l'enfance.

L’appel de la musique classique
Dès son jeune âge, Haïm est attiré de façon mystérieuse vers la musique classique, et tout particulièrement le violon, dont il tombe littéralement amoureux. Tout jeune, il veut apprendre à jouer de cet instrument envoûtant. Cette passion le pousse à se faufiler parmi les grandes personnes aux concerts de l'Orchestre Philharmonique de Lodz où se produisent les grands interprètes de l'époque : Bronislav Hubermann, Joseph Szigeti, Arthur Rubinstein… Il découvre progressivement les grands concertos pour violon et est spécialement attiré par Mendelssohn, Beethoven, Brahms. Violoniste professionnel, son voisin polonais chrétien l'initie à la virtuosité et aux morceaux de bravoure très prisés à cette époque : Wieniavski, Kreisler, Korngold, Sarasate, Monti…

2. Auschwitz. Du ghetto à l’enfer concentrationnaire

La musique, ultime refuge
Dans le ghetto de Varsovie, le public ne ratait pas les concerts. Les concerts symphoniques, quant à eux, étaient pris d'assaut. Un défi à la détresse ? Non. Ce n'est pas la volonté du défi qui poussait les affamés, les désespérés, vers les salles de concert, mais plutôt la recherche d'une consolation, d'un peu de réconfort. Ceux qui à chaque instant craignaient pour leur vie, ceux qui végétaient, en sursis dans des situations inhumaines, étaient à la recherche d'un refuge, d'un havre, pour une heure ou deux, quelques moments préservés, quelques fragments de bonheur, l'aspiration à un contre-univers. Ceux qui se pressaient dans les concerts c'étaient surtout les amoureux, bien qu'il y eût aussi des solitaires et des naufragés. Ceux qui s'étaient trouvés se voyaient confirmés dans leurs sentiments par la musique. Il en allait de même dans le ghetto de Lodz. Theodore Ryder, un grand pianiste, était l'organisateur de la vie, ou plutôt de la survie musicale, au moyen de concerts et d'un orchestre symphonique où prit place Haïm.

La musique, passe-temps des bourreaux
Dans l'enfer du monde concentrationnaire nazi , la musique avait sa place.
Auparavant, elle avait fait partie de la vie des déportés. Mais au camp, elle faisait également partie de la vie des bourreaux. Les bourreaux, eux, ont peu à peu étouffé la musique dans les ghettos, à Lodz comme à Varsovie, puis ont exploité à leur profit les musiciens réduits en esclavage.
Dès que la guerre éclate, Haïm est enfermé avec ses parents dans le Ghetto de Lodz. Il n'a que dix-sept ans, mais ses capacités musicales le conduisent vers l'orchestre des adultes du Ghetto dirigé par le grand pianiste Théodore Ryder. Dès lors, le violon devient le fil d’Ariane qui lui permet de traverser l’enfer de la Shoah et de survivre. Du camp de Poznań (KZ Posen fut le premier Campnazi de la Pologne occupée) - où il est forcé sous peine de mort de jouer pendant les exécutions par pendaison - aux mines de Janina - desquelles il survit – en interprétant des chansons de Noël pour adoucir ses gardes polonais. Sa musique lui permet alors d’obtenir quelques restes de repas pour ne pas mourir de faim. A Auschwitz, il est sélectionné par les nazis pour rejoindre à l’orchestre du bloc 15 et survit miraculeusement jusqu’à la Marche de la Mort. Dans les derniers jours de celle-ci, Haïm parvient à s'enfuir en Allemagne. Dans le dénuement le plus total, avec son violon comme dernier espoir d’une existence enfin supportable.
En terre allemande, il trouve refuge dans le grenier d'une maison. Il est caché par une veuve, qui a perdu ses deux fils à la guerre, et qui joue de la cythare. C'est à Altötting, près de Salzbourg, que Haïm assiste à l'arrivée des Américains. C'est là qu'il se marie et prend la décision de partir en Israël, vers la liberté, vers un nouveau commencement, dans l'espoir de trouver enfin une vie de paix.

3. Haïfa. Terre promise : Israël et le Nouveau Monde

Libération
En terre allemande, il trouve refuge dans le grenier d'une maison. Il est caché par une veuve, qui a perdu ses deux fils à la guerre, et qui joue de la cythare. C'est à Altötting, près de Salzbourg, que Haïm assiste à l'arrivée des Américains. C'est là qu'il se marie et prend la décision de partir en Israël, vers la liberté, vers un nouveau commencement, dans l'espoir de trouver enfin une vie de paix.

Une autre vie
Un jour, dans son nouveau pays, Haïm se rend au lieu où se tiennent les auditions pour entrer à l'orchestre philharmonique d'Israël. Il hésite, fait plusieurs fois le tour de l'immeuble, sans passer la porte, et rentre finalement à Haïfa, la ville où il vit encore aujourd'hui. À la maison, il donne à son épouse les raisons de son choix : Israël n'a pas besoin de musiciens, mais de bâtisseurs ! « Il appartiendra à nos enfants et à nos petits enfants de continuer dans la voie de la musique ». C'est ainsi que Haïm devint technicien en électricité après des études au Technion (équivalent de l’école polytechnique) de Haïfa.

Postérité et transmission
Lorsqu'il a pris sa retraite, Haïm est revenu à sa passion de l'enfance et s'est remis au violon. Il joue aujourd'hui dans l'orchestre symphonique du Technion et dans plusieurs formations de musique de chambre. Tous ses enfants et petitenfants sont des musiciens qui se produisent de par le monde et qui exercent des activités pédagogiques. Son fils est violoncelliste et chef d'orchestre aux États-Unis. Sa fille est violoniste, a n c i e n memb r e d e l ' o r c h e s t r e philharmonique d'Israël et de l'orchestre de Paris. Haïm a cinq petits enfants dont deux sont des musiciens professionnels (harpe et violon). La troisième joue de la flûte, la quatrième aux États-Unis joue du violoncelle, et la plus jeune, 14 ans, joue du violoncelle et du piano. Son rêve semble s'être réalisé. Enfin.

Haïm à la lumière d’un violon
Spectacle musical et théâtral
Mercredi 8 décembre 2010 à 20 h (Création à Paris)
http://borzykowski.users.ch/HAIM.pdf

Texte et mise en scène de Gérald Garutti
Narrateur : Xavier Gallais

Musiques de Bloch, Mendelssohn, Wieniawski, Szymanowski, Enesco, Kreisler, Bartók, Bach, Chopin, Bernstein, Bruch.
Et musiques klezmer traditionnelles, chansons yiddish...

Interprétées par :
- Naaman Sluchin, violon
- Dana Ciocarlie, piano
- Alexis Kune, accordéon
- Samuel Maquin, clarinette

Haïm à la lumière d’un violon est avant tout un hommage ; quatre musiciens et un narrateur saluent le destin de Haïm Lipsky, violoniste juif né à Lodz, rescapé d’Auschwitz.
À sa sortie du camp, Haïm rejette le polonais pour ne plus parler que deux langues : le yiddish et le silence. Aujourd’hui, à 87 ans, il parle hébreu. Mais toute sa vie, sa langue de cœur aura été la musique. En elle comme chez lui résonnent l’optimisme de la vie, la pudeur de l’humour et la résilience du combattant. A chaque instant, le chemin de Haïm a baigné dans la lumière du violon – lueur fragile qui, seule, le sauva de l’extermination nazie.
Ainsi, d’une époque à l’autre, d’une musique à l’autre, mélodies klezmer et morceaux classiques scandent la vie de Haïm, avec un égal souci de vérité.
Un violon, une clarinette, un accordéon, un piano et une voix suggèrent l'essentiel de ce parcours inouï, de la Pologne natale à la Terre promise, de la destruction du Yiddishland à la fondation de l’Etat d’Israël – grâce au miracle d’une survie à la Shoah. Et, à travers ce récit, se dessine un destin où se fondent mémoire et survie, musique et transmisssion.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis