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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 11:58

 

 

INTERVIEW DE CLAUDE DEMELENNE

« Les Résistants » ont rencontré Claude Demelenne, qui fait entendre une voix discordante, à gauche. Une voix de moins en moins isolée, à voir l’écho grandissant des prises de position du coauteur du livre « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac ».

Vous êtes devenu la cible de certains intellectuels de gauche, qui vous reprochent notamment vos critiques d’ « un certain islam réac ». La gauche et vous, c’est fini ?

Pas du tout, je reçois aussi beaucoup de soutien de militants, tant du PS que d’Ecolo, qui défendent des positions laïques et ne veulent pas du retour de l’obscurantisme religieux. Les intellectuels dont vous parlez sont peu nombreux, mais très aigris. Ce sont souvent des ex-gauchistes, comme Marc Jacquemain, un ancien de « Pour le socialisme » et Henri Goldman, un ex-trotskyste. En Belgique francophone, les anciens gauchistes, recyclés au PS et à Ecolo, ont longtemps dominé le débat d’idées. C’est fini.

Ils vivent mal la fin de leur suprématie ?

Très mal, apparemment ! Ils ne font plus la pluie et le beau temps. Ils sont abasourdis par leur perte de statut. Ils ne s’y attendaient pas, car ils ont une très haute estime d’eux-mêmes. Ils constatent qu’à gauche, les voix discordantes se multiplient. Elles dénoncent les dérives de ces intellectuels adorant nommer le Bien (eux) et le Mal (ceux qui ne pensent pas comme eux, souvent traités de « fachos »).

Leur passé de gauchistes les prédispose au sectarisme ?

Ils ont longtemps prétendu au monopole de la « bonne parole ». C’est typique du raisonnement gauchiste, de même que cette habitude de « nazifier » leurs opposants. Ils font rarement dans la dentelle. Ils organisent une police de la pensée et clouent au pilori les mal-pensants. Un exemple : l’été dernier, Henri Goldman, m’a exclu du blog de débats politique qu’il anime sur le Net, au lendemain de la publication d’une carte blanche que j’ai cosignée avec le libéral Alain Destexhe. Vous savez, les ex-gauchistes ont été à bonne école : dans leur jeunesse, lorsqu’ils militaient dans les groupuscules d’extrême gauche, ils étaient déjà experts en excommunion et en discours sectaires. Ils s’excluaient les uns les autres. Cela m’a toujours fait beaucoup rire.

Mais vous-même, n’avez-vous pas été gauchiste ?

Non, car je n’ai jamais partagé leur anti-américanisme et leur antisionisme primaires. Il y a toujours eu, chez eux, une haine de soi que je trouve infantile. Il faut relire « Le sanglot de l’homme blanc », de Pascal Bruckner, qui décrit avec brio cette haine de soi qui reste une caractéristique structurante de certains intellectuels dits de gauche, aujourd’hui.

Quel reproche majeur adressez-vous à cette intelligentsia que vous présentez sur le déclin ?

Ces intellectuels (ex) gauchistes se sont presque toujours trompés. Ils ont été staliniens, trotskystes, maoïstes, lorsque le communisme broyait des dizaines de millions de vie. Ils étaient pacifistes lorsque les missiles étaient à l’Est. Ils ont applaudi Khomeiny lorsque la dictature des mollahs s’installait en Iran. Aujourd’hui, ils se comportent en compagnons de route des islamistes. L’Histoire est un éternel recommencement. Je leur reproche surtout de ne pas tirer les leçons du passé.

Vous parlez de politique internationale. Qu’en est-il du profil de ces ex-gauchistes dans le débat belge ?

Leurs dogmes se résument à quelques slogans, qu’ils répètent en boucle depuis des décennies : « L’insécurité est un ‘sentiment’ de petits bourgeois apeurés », « la tolérance zéro est un gros mot », « l’immigration doit être régulée a minima », « le racisme est une exclusivité des ‘beaufs’ des ‘petits blancs’, Tariq Ramadan et ses amis sont des « progressistes »… Les intellectuels (ex)gauchistes ont un problème : ils ont viré leur cuti communiste. Ils se sont pour la plupart convertis au social-libéralisme économique. Mais ils ont mauvaise conscience. Pour sauver ce qu’ils croient être un label de gauche, ils multiplient donc des prises de position anti-sécuritaires, sans-frontiéristes, différentialistes, et bien sûr radicalement antisionistes. En agissant de la sorte, ils se coupent du peuple de gauche. D’autant plus que, depuis quelques temps, ils font la promotion des accommodements dits « raisonnables », en d’autres termes, du détricotage des acquis de la laïcité, du combat historique de la gauche, pour séduire la frange la plus conservatrice et bigote des musulmans de Belgique. Vis-à-vis de l’électorat populaire de la gauche, ils se tirent une balle dans le pied.

Vous critiquez leur attitude « sans-frontiériste ». L’immigration n’est-elle pas un atout pour nos sociétés ?

Elle n’est pas toujours un atout. Ceux qui prétendent le contraire nient la réalité. Dans un livre remarquable (*) qui vient de sortir, la démographe française, Michèle Tribalat, écrit : « L’immigration est sacralisée au point que le désaccord ne peut exister et être raisonnablement débattu ». Elle dénonce l’ « embrigadement des sciences sociales, qui a fait le vide, au détriment d’une pensée raisonnée, pensant à partir des faits » relatifs à l’immigration. Pour ma part, j’ai toujours estimé que les sans-frontiéristes et ceux qui veulent réguler a minima l’immigration sont les vrais ultralibéraux, la vraie droite, en fait. Curieux tout de même : une certaine gauche veut tout réguler, tout encadrer, sauf l’immigration. Ce type d’attitude est très négatif, pour la classe ouvrière de nos pays, pour les travailleurs d’origine immigrées qui s’y sont installés, et bien sûr pour les nouveaux arrivants. L’ouverture totale des frontières, mais aussi une immigration mal régulée, comme c’est le cas chez nous depuis un quart de siècle, c’est la meilleure façon de plonger dans la régression sociale, dans le malheur social. Les (ex)gauchistes ne comprennent pas cela, quelle incohérence ! Comme l’écrit Michèle Tribalat, « l’apriori idéologique est déterminant dans la manière d’aborder tout ce qui se rapporte à l’immigration… La réalité, la mise en évidence des faits, ne compte guère. Il faut avant tout se positionner, donner des gages, montrer que l’on pense du côté du bien ».

Revenons à notre question de départ : Claude Demelenne, vous êtes toujours de gauche ?

Evidemment. Ma meilleure référence de gauche, c’est l’ancien ministre de l’Enseignement, puis de l’Intérieur français, Jean-Pierre Chevènement. Il a toujours dénoncé l’Europe du fric que certains sont en train de nous construire. Mais il n’a jamais craint de combattre un certain discours dit « de gauche », angélique en matière d’immigration, de délinquance, d’insécurité. Et puis, Jean-Pierre Chevènement est un grand défenseur de l’enseignement laïque et républicain. Je me sens en phase avec cette gauche-là, pas avec ces ex-gauchistes qui ont trop longtemps fixé la ligne dans les débats sociétaux.

« Ils ont longtemps fixé la ligne », dites-vous. Etes-vous si sûr que ce n’est plus le cas.

C’est de moins en moins le cas, d’où leur fureur. Les excès de ces intellectuels ont suscité l’émergence de nouveaux progressistes, en rupture avec les radotages de la vieille gauche. Guy Haarscher et Nadia Geerts ont été les précurseurs. Bien d’autres ont suivi, je pense à Jamila Si M’hammed, Luckas Vander Taelen, les gens du RAPPEL, de Ni Putes, Ni Soumises…

Sur le Net, certains courageux anonymes vous insultent régulièrement. Cela vous inquiète ?

Je suis à la fois zen et vigilant. Les insultes, c’est le lot de tous ceux qui, ces dernières années, ont osé écrire sur le thème de l’islam réac, qui n’est pas tout l‘islam, mais qui a trait à une idéologie détestable, l’islamisme politique. Pour les courageux anonymes, je citerai l’écrivain et cinéaste Yann Moix qui écrit, dans son dernier essai, « La meute » (éd.Grasset) : « Qu’est-ce qu’une insulte sous pseudonyme ? Une lettre de corbeau. Une dégueulasserie de collabo ».

Propos recueillis pour Les Résistants par Aldo-Michel Mungo, Coordinateur

« Les Résistants » forment un réseau international  d’intervenants laïques, soucieux de combattre l’intégrisme musulman sous toutes ses formes.

 

(*) Les yeux grands fermés. L’immigration en France, Michèle Tribalat, éditions Denoël, 2010. Michèle Tribalat est directrice de recherche à l’Institut national d’études démograhiques (INED)

 

 

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commentaires

T
<br /> La gauche a toujours eu un problème avec l'islam, car celle-ci c'est avant tout construite contre 'Eglise catholique et le vatican. L'islam était de plus la religion des colonisés, des damnés de la<br /> Terre, résistant à l'impérialisme culturel occidental, d'où, beaucoup de mansuétude envers cette religion et sa doctrine politique induite. Après, il ne faut pas s'étonner de voir Ramadan taper la<br /> bise aux gauchistes du Forum Social Mondial à Saint-Denis, pour dire, sous les applaussiments, que l'islam politique peut être une alternative au capitalisme !<br /> <br /> <br />
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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