Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 14:11

 

 

 

 

mohamed-merah-tueur-denfants-2 (Copier)


Par Manfred Gerstenfeld

 

Les condamnations fusaient de toutes parts, après les exactions de Mohammed Merah, un Français d’origine algérienne, qui a froidement assassiné un enseignant juif et trois enfants, dans l’école Ozar Hatorah, à Toulouse, en mars. Le Président d’alors, Nicolas Sarkozy, se rendit en visite dans cette école juste après les meurtres. Lui-même et son concurrent François Hollande – ensuite élu Président – avaient suspendu leur campagne durant deux jours pour marquer leur respect envers les victimes. Ces condamnations ne provenaient pas seulement de France, et même de quelques représentants musulmans, mais de partout dans le monde. Le Roi du Maroc a, ainsi, envoyé une délégation vers cette école pour présenter ses condoléances.

 

Pourtant, il y a aussi eu beaucoup d’autres réactions à ces assassinats. L’école a reçu, juste après, un grand nombre de courriels truffés de haine et de menaces. On s’est récemment aperçu qu’à la suite du massacre de Toulouse, l’antisémitisme s’est dangereusement développé, en France. Le Service de Protection de la Communauté Juive, le SPCJ a enregistré plus de 90 incidents antisémites au cours des dix jours suivant les meurtres de l’école juive.

 

Le Ministère de l’Intérieur français a déclaré 148 incidents antisémites en mars et avril, dont 43 sont classés comme particulièrement violents. Cela représente le double de la configuration des mêmes mois en 2011. Le dernier incident violent d’avril s’est déroulé à Marseille, où un homme juif et son ami ont été agressés par des assaillants qui se disaient Palestiniens et qu’ils voulaient exterminer les Juifs. Le SPCJ a publié son rapport, après une autre attaque violente, le 2 juin, contre trois jeunes Juifs à Villeurbanne, près de Lyon. Il a déclaré que ces attaques reflètent l’empathie que certains éprouvent et expriment envers Merah -1-. A la suite d’une autre agression antisémite, dans la banlieue parisienne, à Sarcelles, le nouveau Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, y a assisté à un office religieux, afin de témoigner sa sympathie envers la Communauté Juive-2-.

 

Depuis le début de ce siècle, les principales vagues d’incidents antisémites en Europe Occidentale ont régulièrement coïncidé avec les évolutions de la situation au Moyen-Orient. Ce fut le cas, lors de la Seconde Intifada, la Seconde Guerre du Liban, en 2006, et l’Opération « Plomb Durci » à Gaza, en 2008-2009.

 

Ces vagues de violence antisémite ont grandement différé des trois précédentes, dans l’après-guerre. Au cours de la seconde moitié du siècle passé, on a identifié trois pics majeurs de violence antisémite : « L’épidémie de Swastikas » (en 1959-1960), une autre à la fin des années 1970 et au début des années 1980, puis une troisième entre 1987 et le début des années 1990. Simon Epstein, expert de l’antisémitisme, a étudié la morphologie de ces incidents. Il a conclu que ces vagues étaient rythmées par des lois autonomes. En d’autres termes, il existe un antisémitisme caractérisé par le syndrome de « la montée dans le train en marche » : quelqu’un déclenche les incidents, mais ce sont d’autres individus, n’ayant, apparemment, aucun lien avec lui, qui commettent des actes supplémentaires et ainsi de suite-3-.

 

L'écho apporté aux assassinats de Merah semble, ainsi, bien indiquer une perspective effrayante. Non seulement les évènements au Moyen-Orient accentuent gravement les risques d’incidents antisémites à l’étranger, mais même un acte majeur de violence antisémite peut déclencher beaucoup d’autres incidents similaires. L’auteur d’une telle agression s’autorise ainsi à penser que l’impact de son crime ne porte pas seulement sur ceux qu’il agresse en réalité, mais sur bien d’autres, dont il provoque indirectement les agressions répétées.

 

Il y a, au moins, trois leçons qu’on peut tirer de la pente glissante des évolutions qui ont fait suite aux meurtres de Merah. La première est que la sympathie envers la Communauté Juive ou avec les victimes – bien que chaleureusement accueillies et traitées – est aussitôt recouverte par l’ombre de la violence provenant d’origines diverses. Les éléments les plus clairement identifiables émanent de la communauté musulmane. Cela démontre que les forces du mal, peu importe qu’elles soient minoritaires, parviennent fréquemment à surpasser les forces du bien.

 

C’est cette réalité que la plupart semble bien incapable de comprendre. Pas mal d’efforts sont entrepris en Europe pour combattre l’antisémitisme, y compris par le biais de l’enseignement de la Shoah. Aussi conséquent puisse être l’effort acquitté pour dire aux gens que l’antisémitisme est intolérable, il reste loin derrière ce que les malfaisants parviennent à réaliser, en plein cœur des sociétés européennes contemporaines. La diffamation et la délégitimation sont faciles à mettre en œuvre. Parvenir à les combattre s’avère, en contrepartie, extrêmement difficile.

 

Un second enseignement est moins transparent. Une fois qu’un certain récit a pénétré les différentes strates des sociétés, divers effets du type « de la montée dans le train en marche » continuent de s’accroître. Par exemple : si, lors des soirées dinatoires, la conversation prédominante prend des tours anti-israéliens, ceux qui souhaitent se faire apprécier par la plupart des participants, s’attireront les faveurs de leurs hôtes, en montrant qu’ils se conforment au son de cloche correspondant à l’humeur dominante, alors que ceux qui auraient des opinions favorables à Israël vont avoir tendance à demeurer silencieux et à ne pas trop se faire remarquer. Dès lors que ce type de « montée dans le train en marche » a fait le plein de participants, le plus souvent, il s’autoalimente et les gens restent à bord pour des raisons plus sociales qu’idéologiques.

 

Dans la sphère universitaire, si les professeurs les plus éminents du département d’une université s’affichent comme de fervents anti-israéliens, les doctorants et membres juniors de l’équipe ne peuvent trouver un tremplin pour leur plan de carrière qu’en adoptant leur point de vue. La même chose survient pour les étudiants qui veulent obtenir de bons résultats aux examens et leurs diplômes. Des effets similaires de « montée dans le train en marche » apparaissent, avec les journalistes qui écrivent pour des chaînes de télévision anti-israéliennes, ou parmi de nombreux correspondants des journaux présents en Israël. Les effets de « montée dans le train en marche » contre Israël en Europe n’ont jamais fait l’objet d’investigations appropriées, pourtant, ils sont probablement une force essentielle dans la propagation de biais énormes contre cet Etat.

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans . Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski

“Toulouse Massacre Encouraged More French Antisemitic Attacks, Report Says,” Jewish Telegraphic Agency, June 4, 2012. For more details, see Communique, Service de Protection de la Communauté Juive, June 4, 2012.

“Three arrested for attacking Jewish man near Paris,” JTA, 11 June 2012.

Simon Epstein, “Cyclical Patterns in Antisemitism: The Dynamics of Anti-Jewish Violence in Western Countries since the 1950s.” Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism, Hebrew University, 1993. Analysis of Current Trends in Anti-Semitism.

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
Demonstration impeccable. La prise d'otages le 19 juin dernier, soit 3 mois exactement apres le quadruple meurtre a l'ecole juive, et dans la meme ville, par un denomme Abdallah illustre evidemment
ce phenomene de montee dans le train en marche...Y a t-il un pilote a bord de ce TGV ?
Répondre

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis