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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 11:17

 

 

 

Interviewé Par Manfred Gerstenfeld, le 5 avril 2012 (soit un mois avant l'échéance électorale), plus que jamais en phase avec l'actualité. 

 

Shmuel Trigano (Copier)

Shmuel Trigano

 

 

“Les conditions de renaissance d’un courant d’opinion antisémite (« antisioniste »), en France, résultant d’une fusion avec l’antijudaïsme islamique classique, reflètent l’état actuel de la société française. Les nouveaux-arrivants, autant que d’autres secteurs de l’opinion démontrent –depuis, maintenant, une décennie - combien l’instrumentalisation de la position symbolique et mythique des Juifs dans la société française et la mentalité européenne, est devenue le moyen de faire progresser leur propre agenda politique, dans le plus parfait cynisme. Plusieurs partis politiques de diverses obédiences, des hommes politiques et des publicistes manipulent également la situation des Juifs comme un levier, dans des domaines variés.

 

“Lorsque le second soulèvement palestinien a éclaté, en 2000, une vague d’antisémitisme virulent a traversé l’opinion publique française. Israël était décrit comme monstrueux, un Etat nazi qui cherchait à tuer intentionnellement des enfants. Ce narratif anti-israélien a des racines plus profondes. Les stéréotypes antisémites étaient déjà présents – quoiqu’encore enfouis - tout au long du processus d’Oslo. Les Juifs étaient, alors, souvent accusés de « surexploiter la mémoire de la Shoah », pour en tirer du prestige, du pouvoir et se l’approprier en exclusivité ».

 

Shmuel Trigano est Professeur de Sociologie à l’Université de Paris Nanterre, Président de l’Observatoire du Monde Juif et auteur de nombreux livres traitant de philosophie et de pensée politique juives.

 

Trigano remarque que, si l’on veut comprendre la situation actuelle, il est essentiel de se rappeler, non seulement l’accroissement important des actes d’antisémitisme violent en France, qui a explosé en 2000, mais aussi la réaction du public qui l’a accompagné : « C’était sans précédent, en ce qui concerne toute la période de l’après-guerre. Ses principaux auteurs étaient des citoyens français d’origine arabo-musulmane et d’Afrique sub-saharienne. Il y avait déjà eu des incidents similaires –bien qu’en moins grand nombre – au cours de la Première Guerre du Golfe, au début des années 1990. »


 arton132 (Copier)

 

Trigano rappelle que la violence antisémite fut largement passée sous silence, autant dans la presse que de la part des autorités publiques, durant plusieurs mois. « Même les organisations juives demeuraient silencieuses, nous avons su plus tard que c’était à la requête expresse du gouvernement socialiste, conduit par le Premier Ministre Lionel Jospin. Cette Omerta a constitué un facteur déterminant expliquant pourquoi la communauté juive s’est sentie abandonnée, aussi bien par les autorités françaises que par une société trop complaisante.

 

 

“La situation des Juifs, en France n’a fait qu’empirer, lorsque divers medias ont exprimé des opinions affirmant que la violence et la haine étaient « compréhensibles », au vu des évènements au Moyen-Orient et des politiques adoptées par Israël. Cela impliquait que la destinée des Juifs de France était déterminée par les politiques israéliennes et la posture critique française à son égard.

 

“Durant les premiers mois de ces attaques, la communauté juive a demandé de l’aide, mais personne ne l’a entendue. Cela a conduit à ce que beaucoup de Juifs de France prennent conscience que leur place et leur citoyenneté dans ce pays étaient, désormais, remises en question. Ils ont commencé à comprendre que les autorités préféraient sacrifier la communauté juive sur l’autel de la paix civile. Cette attitude se voyait encore renforcée, du fait de la politique pro-arabe de la France, à partir du déclenchement de la guerre d’Irak.

 

“Les Juifs ne comprenaient pas qu’on commettait des actes violents contre eux, au nom des évolutions qui se déroulaient à plus de 3000 kms de là. Aujourd’hui, certains se rappellent encore les paroles d’Hubert Védrine, ancien Ministre socialiste des affaires étrangères, que plusieurs hommes politiques ont répété, avec des tonalités à peine différentes : « On ne doit pas forcément se sentir choqué que des jeunes Français d’origine immigrée éprouvent de la compassion pour les Palestiniens et qu’ils se montrent particulièrement agités, à cause de ce qui leur arrive ».

 

Trigano remarque que : “Individuellement, les Juifs réagissent en fonction de leurs propres expériences du passé. Une psychanalyste française d’origine juive, la regrettée Janine Chasseguet-Smirgel me racontait que, pour elle, cela lui rappelait les années 1930. Sur le coup, cela m’avait semblé relever de l’exagération, parce que la France est censée être une société démocratique ouverte. Pourtant, il devenait très difficile de comprendre comment le discours de la presse libre d’un Etat libéral pouvait suivre l’injonction du gouvernement avec une telle uniformité. Par la suite, cela m’a permis de mieux comprendre la réalité de l’Union Soviétique.

 

 

“ Mes propres associations d’idées faisaient plutôt retour sur le départ d’Algérie de notre famille, en juin 1962, lorsque nous avions dû fuir et attendre durant deux jours, sur un aéroport militaire, seulement munis de deux valises. Nous avions alors juste refermé la porte de notre maison derrière nous et quitté les lieux, alors que le pouvoir gaullien nous avaient abandonnés. Il ne nous restait plus qu’à nous sauver, si nous ne voulions pas être tués dans ce chaos.  

  

“Ces sentiments liés aux traumatismes subis n’ont pas quitté les Juifs de France, malgré le fait que, deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy, devenu Ministre de l’Intérieur, a commencé à tenter de combattre l’antisémitisme. Peut-être que la prise de conscience publique de ce problème survenait trop tard. En France, l’autocensure, concernant la libération de la parole antisémite, était rompue. Depuis lors, on rencontre de fréquentes expressions antisémites dans le domaine public. Un gouvernement démocratique ne dispose d’aucun moyen pour modifier ce phénomène. Les médias et le gouvernement désignent, de manière fallacieuse, l’antisémitisme comme relevant de « tensions inter- communautaires ».

 

“L’une des conséquences de l’hostilité dirigée contre les Juifs, c’est le développement croissant d’une attitude politique en leur sein qui rappelle plus celle du temps du ghetto que de la citoyenneté. Ils se sentent marginalisés et, par conséquent, tendent à s’abstenir de se manifester comme tels. Cela ne concerne pas seulement l’habit (la kippa) mais aussi les formes symboliques du judaïsme et de l’être juif. Un autre phénomène remarquable est le nombre croissant d’élèves et d’enseignants qui sollicitent l’adhésion dans des écoles privées juives, parce qu’ils se sentent vulnérables et sans défense au sein des écoles publiques où la puissance publique ne les protège plus.

 

“Le processus idéologique d’incitation à la haine anti-juive se poursuit depuis plus de dix ans, au sein de cercles convergents où les islamistes, l’extrême-gauche et l’extrême-droite se retrouvent. Les Juifs représentent une portion trop faible de l’électorat pour s’attendre à un changement quelconque de la part de quelque courant politique que ce soit. Pour le dire de façon globale, il y a actuellement très peu d’empathie pour les Juifs et Israël dans l’opinion publique française »

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme

 

Adaptation : Marc Brzustowski. 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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