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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 19:31

 

rise-of-militia (Copier)

 

Les nettoyages ethniques de Bayda et Banias illustrent la prochaine phase de la Guerre d'Assad. 

 

 

 MICHAEL WEISS


 

 

 

 

L’utilisation d’armes chimiques et les “lignes rouges” fugaces d’Obama, ont ouvert la voie à d’horribles séquences,  montrant un commandant schismatique des rebelles syriens en train de mordre dans le poumon d’un combattant du Hezbollah gisant au sol, et jurant de se venger des soldats d’Assad. Voilà sur quoi se concentre l’attention de la presse internationale, plutôt que sur l’évolution, bien plus significative, en Syrie, qui, elle, est restée presque entièrement hors du champ de vision. Les massacres d’Al Bayda et de Baniyas, qui se sont déroulés, un peu plus tôt, ce mois-ci, n’étaient pas seulement des crimes contre l’humanité ; ils signalent les preuves les plus évidentes, permettant de dater la transformation du régime, qui est passée d’une force armée conventionnelle , pour devenir un consortium de milices sectaires alaouites-chi’ites, entraînées et financées par l’Iran, ou réactivées après des années de désuétude. A la différence de l’armée syrienne, qui prétend mener un combat nationaliste contre des groupes soutenus par des intérêts étrangers, ces supplétifs armés n’ont aucune prétention à cacher leur objectif réel : procéder au nettoyage ethnique de la population sunnite de Syrie, tout le long du couloir ouest du pays, stratégiquement vital.

 

Le 2 mai, environ 400 personnes se sont faites massacrées, et, probablement, au moins 800 ont disparu, dans le hameau côtier d’al-Bayda. Parmi ces suppliciés, 200 ont été sommairement enterrés dans un charnier, où seulement 150 corps ont pu être identifiés, tous les autres ayant subi des mutilations allant au-delà de toute identification possible. Selon le New York Times, qui a interviewé des témoins survivants du massacre, les forces fidèles au régime, en uniforme ou à moitié vêtus de treillis militaires ont ratissé maison par maison, séparant les hommes et les jeunes garçons de plus de 10 ans, des femmes et des enfants plus jeunes. Des familles entières ont été sauvagement exécutées et des images ont surgi, depuis, montrant des corps d’enfants empilés les uns sur les autres, certains dont le visage était à moitié déchiqueté. On dit des corps retrouvés, plus tard, à al-Bayda, qu’ils comprenaient « le corps brûlé d’un bébé d’à peine quelques mois » et « d’un fœtus arraché du ventre d’une femme ». Deux jours plus tard, le 4 mai, un massacre identique s’est répété à Ras al-Nabeh, un quartier près de la ville de Baniyas.

 

A la grande différence d’atrocités précédentes, le régime n’a, ni nié que ces massacres avaient bien eu lieu, ni tenté de les imputer à l’opposition. Mais plutôt, il s’est, au contraire, vanté, à la face du monde, de leur complète « réussite ». La télévision d’Etat a prétendu que l’armée avait « écrasé un grand nombre de terroristes », tandis que les page Facebook favorables au regime ont diffusé ces photos macabres d’enfants victimes de la boucherie, en les rangeant dans la catégorie des « militants ». En outre, les Forces de la Défense Nationale étaient, de toute évidence, impliquées dans l’assaut sur al-Bayda et ont pleinement assumé le rôle consistant à battre, tirer sur ou poignarder à mort des familles entières, puis à mettre le feu à leurs maisons. Cette nouvelle armée de guérilla récemment homologuée est, véritablement, une réinvention professionnalisée des Comités populaires du régime, qui étaient, avant 2013, des milices alaouites localement armées, qui se sont étroitement coordonnées avec les services de sécurité syriens, le Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne (CGRI) et le Hezbollah. Désormais, les Comités sont entraînés, aux côtés du Jaiysh al Sha’bi, le « Bassij » syrien, comme parmi les pourvoyeurs essentiels de la violence d’Etat.

 

“L’armée syrienne ne sait pas comment combattre une insurrection urbaine”, m’a confié Elizabeth O’Bagy, de l’Institut d’Etude de Guerre. « Le régime aurait perdu une portion significative de territoire à Homs, si le Hezbollah ne s’était pas mis en mouvement, en déferlant du Liban », une délocalisation qu’Hassan Nasrallah était réticent à ordonner. Dans une synthèse de grande valeur qu’elle a publiée, O’Bagy fait observer que la stratégie du régime n’est pas de se tailler un Etat-croupion sur la côte méditerranéenne, mais de conserver une ligne de réapprovisionnement nécessaire en armes et en personnel, allant de Damas à Latakieh. Cela, parce que la plus grande menace pour la sécurité du régime n’est pas tant un conflit sunnite/alaouite, qu’un affrontement inter-alaouite, à l’intérieur même de cette communauté.

 

O’Bagy cite un exemple récent, par la mort d’une proche parente de l’exilé Rifaat al-Assad, le frère d’Hafez al-Assad, mieux connu comme ayant été le cerveau du massacre d’Hama, en 1982 et pour une tentative manquée de coup d’Etat, au début des années 1980. Cette parente est décédée il y a plus de deux semaines et demi, mais est demeurée sans sépulture, parce que Rifaat, qui a fanfaronné comme étant une des figures de l’opposition, depuis des années, n’a pas pu obtenir la permission de Damas, de retourner à Qardaha, la ville ancestrale des Assad, pour assister à ses funérailles. La conséquence est que les tensions latentes ou dormantes entre clans se sont ravivées, des tensions qui ne sont pas atténuées, du fait de la démographie déclinante des Alaouites, tout le long de la côte. Les Sunnites sont censés représenter, actuellement, 45% de la population de Tartous, la moitié de la population de Latakieh, et 70% de la population des banlieues de Latakieh, ce qui signifie simplement qu’ils ont été tout juste tolérés par les Alaouites, dans ces zones périurbaines – un phénomène qui remonte à la stratégie consistant à diviser pour mieux régner qu’Assad a poursuivie depuis le début du soulèvement. Le massacre systématique des communautés sunnites, à Houla, Quebair, Tremseh, al-Bayda et Banias est, par conséquent, destiné à alimenter la haine intertribale et à précipiter des attaques de représailles des Sunnites pour ressouder les liens distendus de l’autre communauté.

 

Le sens du message diffusé, de ce point de vue, est reconnaissable entre tous. La sauvagerie de Banias est survenue presque en simultané, avec la publication d’une vidéo YouTube non-datée, montrant un commandant alaouite turc de la province d’Hatay, appelé Mihrac Ural qui explique la nécessité « de nettoyer et de libérer » les places fortes alaouites de la côte syrienne. Se présentant aux côtés du Cheikh Mouaffac Ghazal, un religieux alaouite ( un moment rare de plongée au cœur de la propagande du régime), Ural est, en fait, un communiste laïque, dont le curriculum vitae rappelle celui de l’Anatolien Carlos le Chacal. Il a été emprisonné brièvement en Turquie, après sa participation, dans les années 1970, au Parti/Front de Libération du Peuple marxiste-léniniste, autant qu’à sa faction dissidente Acilciler (« Les prompts à la besogne »), qu’on croit largement être, à l’origine, une création des renseignements syriens. Libéré en 1980, Ural a déménagé en Syrie et y a obtenu la nationalité. La rumeur dit qu’il est l’homme qui, le premier, a introduit Abdullah Ocalan, le chef actuellement emprisonné du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), auprès d'Hafez al Assad.

 

L’ancien officier de la CIA et expert du contre-terrorisme, Edward Mickolus pense qu’Ural a épousé la secrétaire de Rifaat al Assad, ce qui aurait fait de lui un homme extrêmement proche du sérail à Damas, et qu'il était en charge des Compagnies de la Défense, une des forces de protection du régime tout au sommet de l’élite (et à majorité alaouite écrasante), jusqu’au début des années 1980. Ural dirige, à présent, la « Résistance syrienne », une super-milice alaouite, qu’on soupçonne d’être le principal auteur derrière le massacre de Ras al-Nabeh.

 

A la suite de l’attaque d’al Bayda, Ural s’est exprimé aux funérailles d’un homme de la malice locale, jurant de poursuivre la guerre contre les rebelles soutenus par l’Arabie Saoudite, et prêtant allégeance à Assad. Ural a aussi été impliqué comme étant le cerveau derrière les attentats à la voiture piégée à Reyhanli, la semaine dernière, qui a tué au moins 51 personnes et étaient clairement conçus afin d’exacerber l’animosité, à la fois entre Turcs et Syriens et Alaouites et Sunnites, dans cette ville rebelle.

 

Qu’un conscrit Rouge d'il y a plus de trente ans, au sein de la mukhabarat refasse surface, juste au moment où le régime dépend, de plus en plus, des supplétifs khomeinistes, peut, difficilement, relever de la simple coïncidence. Cela devrait aussi inciter à faire une pause dans la déjà très ridicule poursuite d’efforts diplomatiques supplémentaires, de la part des Etats-Unis, en direction de Damas. Il n’est pas complètement évident qu’un régime en tant que tel existe encore, pas plus qu’il ne contrôle encore les parties toujours loyales de Syrie. Des agents, plus proches des Janjaweed soudanais ou des impuzamugambi  rwandais apparaissent, désormais, être ceux qui ont repris la situation en main.

 

https://now.mmedia.me/lb/en/commentaryanalysis/rise-of-the-militias

 

Adaptation : Marc Brzustowski

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

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