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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 12:31

 

ANALYSE-A-LA-UNE

 

 

L’exploitation sous-marine israélo-chypriote, un caillou dans la chaussure ottomane

 

 

Par Marc Brzustowski

Pour © 2011 lessakele et © 2011 aschkel.info

 

 

 

La Ministre des Affaires étrangères chypriote, Erato Kozakou-Marcoullis, s’est rendue cette semaine à Jérusalem, en visite officielle. Elle y a rencontré le Président Peres, le Premier Ministre Netanyahou et son homologue Avigdor Lieberman.


Israeli Foreign Minister Avigdor Lieberman, right, shakes hands with his Cypriot counterpart Erato Kozakou Marcoullis, during their meeting at the foreign ministry in Jerusalem, Wednesday, Aug. 24, 2011.

Cette visite officielle est motivée par la recherche d’un appui d’Israël au projet de lancement rapide du forage en mer. Le soutien d’Israël est d’autant plus déterminant, que la Turquie occupe une partie de l’île depuis 1974 et n’entend pas laisser l’autre partie bénéficier de la moindre parcelle de souveraineté. Israël et Chypre ont signé un traité commun définissant les limites de chacune de leurs zones respectives d’extension économique en mer, en 2010.


Chypre est pressée de se livrer à ces forages et de tirer les premiers bénéfices de cette manne énergétique. Comme la Grèce, elle est minée par une dette publique abyssale. Il lui faut trouver très vite les moyens d’échapper à cette chausse-trappe financière. Mais l’avidité d’Ankara à son encontre tient de préoccupations géostratégiques, bien plus que de la seule mainmise sur les ressources sous-marines. Erdogan l’a récemment affirmé haut et clair :


« Nous voulons disposer d’une Marine capable de dominer la Mer Egée et l’Est de la Méditerranée, mais qui devance aussi la flotte russe en Mer Noire ».

 

Depuis 2004, l’ONU a mis sur pied un processus de négociation devant déboucher sur la réunification de l’île. Or, le 19 juillet dernier, Erdogan a produit un de ces coups de théâtre dont il a le secret. Profitant de l’enlisement de l’OTAN en Libye et de la crise syrienne, il bloque  toute discussion des quatre fers et annonce qu’il n’acceptera rien de moins qu’une « solution à deux Etats » pour l’avenir de Chypre. Il compte bien rester propriétaire de la partie turque, en violation de toutes les orientations internationales de ces 7 dernières années. Que cela plaise ou non à l’Union Européenne, dont Chypre est membre de plein droit, contrairement à Ankara.

 

Chypre est faible face à un puissant prédateur ottoman, mais c’est l’île qui dispose de la légitimité internationale. Israël est fort militairement, mais sur la sellette diplomatique, face à une ou des entités palestiniennes qui ne reconnaissent toujours pas son existence, après 65 ans. Netanyahou a accepté le principe de ces rencontres chaleureuses avec la Ministre des Affaires étrangères chypriotes, parce qu’il anticipe que l’île votera, probablement, contre la résolution unilatérale palestinienne, le 20 septembre. Cette position illustrera les préoccupations du Sud-Est de l’Europe (partagées par la Grèce, Roumanie, Bulgarie, etc.), échaudé par les ambitions turques au Moyen-Orient et sur les côtes de la vieille Europe.

 

Pour tous les protagonistes, l’île chypriote représente le débouché qui offre la maîtrise potentielle des côtes syriennes. Actuellement, l’Iran fait l’impossible pour sauver la tête d’Assad. Téhéran, trop occupé à cela, a délégué son vassal Nasrallah pour proférer des menaces contre Israël autour de ces enjeux énergétiques, comme pour gagner du temps. La Turquie en profite pour mettre la pression sur Chypre, comme elle le fait, contre le Kurdistan irakien. En contrepartie, elle s’affiche en garante humanitaire pour l’OTAN, face au boucher de Damas, que, personne n’ose menacer d’une intervention militaire.

 


Cette situation d’instabilité en Syrie pose des problèmes aigus à la Russie : la Turquie se trouve sur son passage naval, entre la Mer Noire et la Méditerranée. Moscou a besoin des escales de Lattakieh et Tartous, entre les mains du clan Assad, pour assurer ses débouchés maritimes. La Turquie contrôle également l’accès à la partie musulmane du Caucase, de tradition turcophone. Moscou a un intérêt vital à freiner l’extension d’une renaissance turque de style néo-ottoman dans ses propres flancs caucasiens. La Russie, à l’instar de l’Europe et des Etats-Unis, soutient donc le projet de souveraineté de Chypre, contre les aspirations turques. Pour Ankara, affirmer sa mainmise sur Chypre revient à s’affirmer comme arbitre du jeu et percepteur des droits de passage en Méditerranée.


Ce chantage ne s’exerce pas que par voie diplomatique. Chypre hébergeait la cargaison du navire Monchegorsk, pris en flagrant-délit de livraisons d’armes iraniennes à la Syrie, au profit du Hezbollah, en 2009. En juillet, peu après l’arraisonnement des flottilles anti-israéliennes par la marine grecque, le dépôt contenant cet armement depuis 2 ans a « mystérieusement » explosé. Le Commandant en chef de la marine chypriote est mort sur le coup, avec douze autres militaires de l’île. L’explosion a détruit le site de la centrale électrique, qui fournit 53% de son électricité à la partie grecque de l’île. Elle a entraîné l’économie locale dans une chute vertigineuse. Les initiateurs de ce règlement de compte n’ont pas été retrouvés.


La marine turque dispose d’une longue tradition de harcèlement de toutes les tentatives d’exploitation chypriote et grecque de leurs zones maritimes, au point d’en empêcher l’activité. Mi-novembre 2008, un navire de guerre turc a bloqué un vaisseau d’observation norvégien, opérant à partir de la côte Est de Chypre. En mars 2011, un autre bateau de guerre turc a stoppé la progression d’un navire italien, dans la zone maritime exclusive grecque de Crète. Disposant de l’autorisation d’Athènes, il sondait le bord de mer, pour l’installation d’un câble de communication (fibre optique) reliant l’Italie à Israël. En 2010, des vedettes turques patrouillent autour d’un autre site gazier et pétrolier découvert en mer et on craint l’escalade entre la Grèce et la Turquie (ICI).

 

Ankara exige des excuses et des dédommagements de la part d’Israël, pour les 9 Jihadistes de l’IHH, tués à bord du Mavi MarmaraSous l’écume du conflit diplomatique israélo-turc depuis le 31 mai 2010, tous ces conflits régionaux sont en jeu. L’intervention des commandos grecs, contre la seconde Flottille de 2011, s’inscrit dans l’amélioration constante des relations avec Israël. Ces Etats sont inquiets des actes prédateurs, voire de la piraterie maritime constante d’Ankara. Grecs et Chypriotes attendent d’Israël qu’il mette sa protection navale et militaire dans la balance, pour rétablir cet équilibre précaire.

 

La récente victoire de l’OTAN sur le régime de Kadhafi, malgré ses lourdes incertitudes pour l’avenir, assoit sa position en Afrique du Nord et en Méditerranée. Désormais,  le bras de fer par procuration se joue à Damas, entre les insurgés et le régime.

 

Même si Israël ne prend pas directement part à ce conflit, il apparaît comme un partenaire sécurisant, pour les pays du Sud de l’Union Européenne. A terme, les Grecs participeront à la construction d’un oléoduc sous-marin reliant Athènes et Chypre, au port d’Ashkelon. Le réseau débouchera, par Eilat, vers la Mer Rouge, l’Océan Indien, avec un accès direct à l’Extrême-Orient. Chypre est donc une « porte d’entrée d’Israël sur l’Europe », lorsqu’Israël relie l’Asie au « Vieux Continent », tout en contournant les pratiques de racket de l’ancien empire grand-turc. L’alliance économique et militaire avec Jérusalem est une forme d’assurance-vie, face à Erdogan, rongé par le rêve ottoman. 


 

sources et cartes J.E. Dyers : http://theoptimisticconservative.wordpress.com/2011/08/08/cyprus-the-mouse-that-went-boom/

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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