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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 21:38

 

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Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

Pour © 2011 lessakele

 

Plus de trois mille personnes immigrées d’origine africaine, en provenance d’Erythrée, du Soudan, du Nigéria ou de Côte d'Ivoire, ont franchi la frontière israélo- égyptienne en 2011. Eilat, première ville israélienne concernée par cette venue massive de personnes africaines a, en novembre 2011, appelé une nouvelle fois le gouvernement à agir pour mettre un terme à ce processus constitutif d’un véritable trouble à l’ordre public. Lors de sa visite dans la ville balnéaire du 29 novembre 2011, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou, conscient de la difficulté, a tenté de rassurer en rappelant le rôle de la clôture qui doit : « assurer le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël».

 
L’arrivée des immigrés africains s’opère grâce au silence complice des autorités égyptiennes (satisfaites de n’avoir pas à absorber cette population indigente) mais dans des conditions très pénibles. Bien souvent, ils sont pris en main par des bédouins du Sinaï qui abusent de leur situation précaire, les dépouillent de leur menue monnaie, voire violent leurs filles. En Israël, ils sont traqués par les services de police et n'ont quasiment aucun espoir d’obtenir le statut de réfugié politique et de régulariser leur situation. Pour autant, ces immigrants africains exténués, assoiffés et affamés, préfèrent toutefois s'établir en Israël plutôt qu’en Egypte compte tenu du niveau de vie, des salaires, de la protection de la santé, et de nombreuses entreprises israéliennes, friandes d'une main d'œuvre bon marché.

 
Au cours de l’année 2010, de nombreuses mesures ont été prises pour enrayer cette arrivée d’africains comme la construction d’un mur de séparation ( 250 km ) sur la frontière séparant l’Etat juif de l’Egypte, et d’un centre de rétention destiné à accueillir les milliers de clandestins (un accord a été donné en septembre 2011 pour la construction de nouveaux centres). Pour le Premier Ministre Benjamin Netanyahu «Israël est le seul pays du monde développé accessible à pied depuis le tiers-monde et l’Afrique. Si nous ne nous protégeons pas, Israël sera inondé par des centaines de milliers de travailleurs étrangers et de clandestins.». Aussi, a-t-il présenté au gouvernement, ce 11 décembre 2011, son nouveau plan concernant ces immigrés venus d'Afrique.

 
Les mesures passées se sont avérées en grande partie efficaces puisque le nombre d'immigrants en 2011 a considérablement diminué par rapport à 2010 (le chiffre était alors de 25 000 personnes). Le problème n’en demeure pas moins un véritable défi d’ordre national. Bon nombre d’israéliens, excédés, commencent à adopter un comportement raciste et la droite extrémiste, de plus en plus virulente, dénonce le risque de transformer Israël en pays africain. Pour le ministre Eli Yshaï du parti orthodoxe Shass, cette immigration clandestine a des répercussions en termes de cohésion nationale puisqu'elle influe sur le caractère juif de l’Etat, et sur le terrain économique, puisqu’elle serait à l’origine d’une augmentation du taux de chômage.


Inversement, de nombreux israéliens ne sont bien évidemment pas indifférents à leurs conditions de vie dramatiques. Le 9 décembre 2011, plusieurs centaines de demandeurs d'asile et travailleurs immigrés originaires d'Afrique se sont joints à une manifestation à Tel Aviv en faveur des droits de l’homme en scandant : « les demandeurs d'asile ne sont pas des criminels ». Les associations des droits de l’Homme ont alors dénoncé le manque d’hospitalité des israéliens déplorant : « un pays créé par des réfugiés ne peut pas tourner le dos à d’autres réfugiés fuyant des atrocités ». Pour Agaï Elad, Directeur de Association pour les droits civiques en Israël, la manifestation est une « expression de protestation contre la vague grandissante de racisme ». Pour lui, « Ce qui se passe en Israël depuis 18 mois est très grave. La discrimination est partout. La démocratie subit des attaques sur tous les fronts, et cesattaques proviennent du gouvernement lui-même ».


La position des israéliens n’est en réalité pas simple. Les textes Bibliques rappellent l'obligation d'accueillir et d'aimer l'étranger (Gn 18,1-8). En outre, la venue de ces africains les renvoie à leurs propres traumatismes puisque le pays d'Israël s'est lui-même constitué notamment par la venue de réfugiés et de rescapés des camps de la mort nazis. Aussi, et si le Ministère de l’Intérieur ne souhaite pas qu’Israël deviennent « la Terre promise des Africains », il intègre néanmoins chaque année, pas moins de 500 personnes qui obtiennent par la suite leur naturalisation.


Pour autant, le véritable problème n’est pas posé en Droit international, en l’occurrence celui de l’évolution, dans un sens dévoyé, de la conception de la démocratie. La démocratie n’est plus un moyen d’expression populaire au sein d’un cadre de valeurs partagées, mais bien un moyen pour une majorité quelle qu’elle soit, de changer le cadre philosophique social historique. Ainsi, et au lieu d'opposer à tous ceux qui se rendent sur un territoire donné, les principes historiques échafaudés dans la réflexion, la sagesse et l'expérience, les démocraties locales laissent penser à un groupe qu’il pourra poser et imposer (s’il est assez nombreux) la règle qui s’appliquera dans le futur, quand bien même elle ne correspondrait pas aux leçons du passé. Désormais, ce n’est plus la Loi qui s’impose aux hommes, mais le nombre qui fixe les contours des règles qui auront vocation à s’appliquer demain.


La France est en train d’en faire la démonstration. Le 9 décembre 2011, le Sénat a voté un texte conférant le droit de vote aux étrangers en situation régulière, tout ou moins dans les scrutins locaux. Ce faisant, il est supprimé l’une des dernières prérogatives dont les nationaux étaient titulaires. Or, et corrélativement, le Qatar vient de créer un fonds d'investissement de 50 millions d'euros pour financer des projets économiques portés par des habitants des banlieues de France, (annonce faite par l'Ambassadeur qatari Mohamed Jahan Al-Kuwari, à une dizaine d'élus locaux des quartiers, tous originaires du Maghreb). Ainsi, et après avoir renoncé à toutes les prérogatives nationales, la France transfère désormais le mécanisme décisionnel concernant des projets locaux, aux opérateurs étrangers.


Israël n'est pas tenu de marcher dans les traces de l'approche internationale dévoyée de la démocratie. L'Etat hébreu peut donc tout à fait décider de faire confiance, non au nombre (qui lui est traditionnellement hostile), mais bien à sa Loi ancestrale qui fonde sa raison d'être dans cet endroit du monde. Il appartient donc à Israël d'imposer aux immigrés le principe que les juifs ont toujours appliqué lorsqu'il vivait en diaspora : dina de malkhouta dina (la loi du pays est la loi). Les africains en situation irrégulière n'ont rien à faire en Israël et ne peuvent rester sur le territoire.


Pour autant, et avant que la communauté internationale n’intègre les mutations contemporaines du concept de démocratie (et que les nations imposent aux ressortissants étrangers les fondements de leur cadre historique), elle pourrait très bien gérer le problème des réfugiés africains comme elle sait parfaitement le faire pour les réfugiés palestiniens. Il suffit juste d'aménager des camps de réfugiés dans les pays d'où ils sont originaires, leur verser d’abondants et généreux subsides, et leur assurer que ces versements se poursuivront de génération en génération. La communauté internationale pourra alors se glorifier d'agir conformément au principe (a priori intangible) qu'elle a établi en faveur des palestiniens, et Israël n'aura plus à craindre une remise en question de sa nature spécifique.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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