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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 10:40

 

editorialaGad-copie-1

 

mideast-egypt-election.jpeg33-460x307 (Copier)

Shafiq versus Morsi au Caire.


 

Vendredi dernier, des tirs de roquettes venus du Sinaï égyptien frappaient les localités d’Ovda et de Mitspe Ramon. Les patrouilles des Golanis présentes à la frontière ont rapidement circonscrit les infiltrations, en tuant deux terroristes qui s’y risquaient. Mais, depuis, les pluies d’obus et de missiles n‘ont pas cessé, sur le Sud d’Israël, avec une cinquantaine de tirs dans la soirée de mardi à mercredi. Alors que le Hamas faisait profil bas, lors des dernières offensives du même type, instrumentalisées par son rival du Jihad Islamique, c’est bien le groupe dominant à Gaza qui mène la danse, à l’heure qu’il est.



Qu’est-ce qui motive ce changement de tactique ? Les premières provocations venues du Sinaï peuvent bien répondre à un agenda pratique : la barrière de sécurité construite par Israël, à la frontière avec l’Egypte, se renforce de jour en jour. Pour les tribus bédouines, récemment converties au Salafisme, il est urgent de terroriser les ouvriers qui y travaillent, pour maintenir le flux de leurs trafics vers la Bande de Gaza, et vers Israël, lorsqu’il s’agit de drogue. Pour le Hamas, maintenir ces réseaux souterrains permet d’élargir sa profondeur stratégique, par le couloir sinaïtique, devenu sa "veine jugulaire".


Le premier lien politique à établir réfère au contexte de l’attente des résultats des élections égyptiennes. Tour à tour, le Frère Musulman Morsi, qui veut faire de « Jérusalem la capitale des Etats-Unis arabes » (sic.), et Shafiq, l’ancien premier ministre de l’ex-Président Moubarak, désormais en état de mort cérébrale, se disputent la sanction des urnes. Le Conseil Suprême Militaire a même renforcé son emprise, lors de l’annulation du scrutin législatif par le Conseil Constitutionnel. L’enjeu de cette élection, c’est le temps que durera la transition vers la remise du pouvoir aux « civils », c’est-à-dire, aujourd’hui, aux Frères Musulmans, et, par conséquent, la révision du traité de paix de 1979 avec Israël.


La Confrérie Musulmane a donc un besoin urgent de marquer sa différence : avec elle, la direction de l’Egypte, entre les mains réputées corrompues de l’armée, changera radicalement. Jusqu’à présent, les militaires maintiennent le statuquo et même, s’appuient sur les autorisations d’Israël pour tenter, épisodiquement, de brider les tribus bédouines du Sinaï. Les Frères Musulmans, par contre, toléreront et encourageront en sous-main toute forme d’hostilité envers Israël et se veulent le fer de lance de la lutte palestinienne. Evidemment, ils jureront n’y être pour rien, mais consentir aux "légitimes aspirations des Palestiniens", aux chastes oreilles de Washington, Paris ou Berlin.

פגיעת הרקטה במועצה האזורית חוף אשקלון (צילום: זאב טרכטמן)

Dans ce cadre, le Hamas reprend son rôle de leader et de tête de pont du Jihad. Il envisage de surclasser tous ses concurrents directs : le Jihad Islamique et les Comités Populaires de la Résistance, passés aux ordres de Téhéran, aussi bien que Mahmoud Abbas à Ramallah. La mission historique de l’OLP semble achevée, puisqu’il ne sera jamais vraiment question d’un second accord de paix entre Palestiniens et Israéliens, suite « logique », devenue improbable, si le traité avec l’Egypte est menacé, voire, périclite par étapes successives de remise en cause, dans des temps assez rapprochés.


Si Mohammed Morsi l’emporte, jeudi, il lui faudra consolider ses pouvoirs en reformant une nette majorité au Parlement. Dans cette attente, il plaidera la confiscation des pouvoirs par l’armée, « aux ordres des Occidentaux et d’Israël ». Il y parviendra d’autant plus aisément que les colombes de la Maison Blanche et de l’Europe élyséenne s’alertent que la transition n’est pas assez rapide, voire bloquée par un Conseil Suprême qui ne tient pas à ce que le pays sombre dans l’anarchie.


Cet argumentaire passera d’autant mieux dans l’opinion que les Frères Musulmans n’ont rien à offrir sur le plan économique pour redresser le pays et l’empêcher de sombrer dans le chaos. A fortiori si Shafiq sortait vainqueur des urnes, cela permettrait à Morsi de dénoncer une fraude réelle ou supposée qui « volerait » sa victoire à la « révolution » et de poser en « victime d’un complot » (pourquoi pas ?) « sioniste ».


Le risque est gros que l’armée ne se laisse ainsi pas dessaisir des rênes du pays, déclenchant des heurts Square Tahrir et dans la plupart des grandes villes du pays, comme Alexandrie. L’Occident naïf y verrait une tentative de contre-révolution et pourrait s’appuyer sur le Qatar, pour accentuer la déstabilisation de l’Egypte.


Tant que le projet d’abrogation des accords de paix est encore loin d’être réalisé, il importe, pour Morsi et les caciques de la Confrérie, comme Mohammed Badie, d’une part, de faire croire au peuple que la responsabilité en incombe à l’armée, qu’il faut donc évincer de la direction du pays. De l’autre côté, ils peuvent temporiser avec l’Occident, en arguant ne vouloir que renégocier certains points, sans remettre le traité en question, de façon à conserver l’apport de l’aide étrangère à leur économie et à leurs forces armées, jusqu'au grand soir d'une mainmise totale. Leur démagogie populiste aura tendance à jouer sur tous les tableaux à la fois, faisant endosser le rôle de briseur des aspirations populaires musulmanes par l’armée, tout en se rapprochant des principaux leviers du pouvoir pour les subtiliser.


Durant tout ce temps que durerait la radicalisation par paliers de l’Egypte, le Hamas ne restera pas totalement isolé et confiné à Gaza, puisqu’il peut compter sur ses supplétifs bédouins, lourdement armés, par le Qatar, l’Iran et les contrebandiers d'al Qaeda venus de Libye, avec l’assentiment de l’OTAN. D’autre part, Israël peut avoir intérêt à limiter les frappes ou actions commandos de l’autre côté de la frontière pour ne pas attiser et être accusé d'attenter à la « souveraineté » de l’Egypte, laquelle n’a pas la maîtrise de son territoire dans la Péninsule du Sinaï.


L’autre point chaud où aucune résolution n’est en vue avant longtemps, c’est la situation en Syrie. Après plus de 14 000 morts, les Occidentaux sont incapables de la moindre mesure de fermeté qui puisse contrarier la dictature sanguinaire d’Assad, soutenue par l’Iran, le Hezbollah, la Russie et la Chine. Israël, assistant à ce sinistre spectacle de l’impuissance institutionnalisée à l’ONU, entité informe, mais impliquée jusqu’au cou dans tous les génocides et massacres du siècle dernier (Rwanda, Bosnie...) et les Sunnites savent qu’Obama comme Hollande, otage du vote musulman, et tant d’autres figurants flasques de cette tragédie quotidienne, ne feront rien de probant pour renverser cette tendance meurtrière. Au mieux, les grandes puissances se répartiront des dominions, selon des zones d’influence. Assad conservera son emprise sur les montagnes alaouites et le réseau pétrolier et gazier, autour de villes centrales comme Homs et Damas, protégé par les Russes sur la façade méditerranéenne de Tartous.


Le conflit sunnite/chi’ite perdurera aussi longtemps que le conflit confessionnel syrien, esquissant une sorte de nouveau « Mur de Berlin » par Musulmans sectaires interposés, en plein cœur du Moyen-Orient. Il signalera la zone de démarcation entre l’Occident et les anciens blocs communistes russe et chinois, jouant du va-tout nucléaire iranien pour repousser toute tentative d’imposer un « nouvel ordre mondial » contraire à leurs intérêts.


Dans ce contexte, la déstabilisation du camp occidental, favorable à la coexistence entre Israël et les Arabes, par la porte de l’Egypte, semble la voie choisie par les Frères Musulmans et leur bras armé du Hamas pour fédérer les rancœurs et les énergies, de façon à peser sur la redistribution des cartes régionales et modifier le jeu des alliances.


Le Hamas va pouvoir prospérer à nouveau et se faire entendre, tant que la situation demeurera instable au Caire. Le combat sunnite pour la libération de Damas ne pouvant être décisif, face à l’armada irano-syrienne, au Hezbollah et à leurs parrains de Moscou et Pékin, resterait à rassembler les forces pour concurrencer l’influence de l’Iran dans la région, en offrant le spectacle d’une autre « révolution islamique », aux ordres des Frères Musulmans du Caire et de Doha. Ils disposent du soutien d’un front large, de Tunis à Tripoli, en passant par les diasporas musulmanes en Europe et leur levier clientéliste auprès de politiques normalement mous, comme le pouvoir absolu de François II en France, flanqué de ses cohortes de « conseillers » peu amènes envers les "Sionistes" et très accommodants pour les gangs antisémites violents de Villeurbanne et d'ailleurs, le laisse augurer…  


Le combat ne sera pas frontal, mais par saupoudrage et brusques poussées, espérant éroder la dissuasion de l’Etat Juif qui ne pourra indéfiniment rester les bras croisés. L'Occident, gouverné par une technocratie lourde et des administrateurs de souveraineté sans envergure, n'aspirant qu'à la moyenne et à la "normalité", convertis à la religion des négociations et palabres interminables, est, désormais un fruit mûr. De plus, l’Iran s’étant déclaré l’ennemi principal d’Israël, la porte est ouverte, pour le Hamas et les Frères Musulmans égyptiens, à toutes les surenchères et détournements de conflits… 

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commentaires

Catherine Stora 21/06/2012 08:35

Chema Israel...Et excellent mois de Tammouz a tous.

ouattara salia thomas 20/06/2012 12:21

le chemat est précis ,les islamistes veulent le pouvoir pour asseoir un empire islamique

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Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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