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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 12:54

mardi 8 décembre 2009


Le 9 décembre 2009, la chaîne franco-allemande Arte diffuse le documentaire intéressant La croix gammée et le turban, La tentation nazie du grand mufti (Turban und Hakenkreuz, Der Großmufti und die Nazis) de Heinrich Billstein. Un film centré sur le grand mufti de Jérusalem Mohammad Amin al-Husseini (1897-1974) et abordant un sujet tabou, méconnu : les alliances, fondées sur des affinités idéologiques, entre ce dirigeant et ses homologues nazis avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le documentaire s’ouvre sur des images d’actualités allemandes de décembre 1941 : la rencontre souriante entre le führer Adolf Hitler et le grand-mufti Mohammad Amin al-Husseini, « grand représentant du nationalisme arabe. En Palestine, il est juge suprême et grand argentier. Son nationalisme lui vaut la haine des Britanniques qui ont mis sa tête à prix pour 25 000 livres ».


L’antisémitisme du « glaive de l’islam »

Surnommé « le glaive de l’islam », Mohamed Amin al-Husseini est né dans une famille influente de Jérusalem.

A 23 ans, « opposé à l’immigration juive, politicien ambitieux et brillant orateur », il « s’impose comme un des leaders du nationalisme arabe ».

En 1921, les Britanniques « le nomment grand mufti de Jérusalem malgré son jeune âge, 24 ans, et sa formation théologique plutôt rudimentaire. Il porte également le turban des théologiens et juristes... De quoi faire honneur à une famille qui revendique une descendance directe du prophète Mahomet ». Il nomme ses affidés aux postes clés.

En 1931, il organise le congrès mondial islamique. « A partir de là, la question palestinienne devient la cause de tous les Arabes et de tous les musulmans ».


« Il était très violent, cruel et impitoyable. Il a tué tous ses rivaux au sein de la société palestinienne. Il considérait toute opinion différente de la sienne comme une trahison et y répondait par la violence », se souvient Uri Avnery, membre de l’Irgoun.

Il « rêve de diriger une grande Arabie et une Palestine débarrassée des juifsde loin à la mosquée. Il incitait ouvertement à la haine contre les juifs… Il avait un grand charisme ».
». Né à Jérusalem en 1918, émissaire de l’Agence juive, Aharon Cohen l’a vu «

Le terme « tentation » est inadéquat. Il s’agit d’une alliance précoce : fin mars 1933, le grand mufti affirme au consul d’Allemagne en Palestine sous mandat britannique que « les musulmans approuvent le nouveau régime. Il souligne la nécessité de combattre l’influence néfaste des juifs dans l’économie et la politique ».

Ses affinités avec le nazisme sont profondes, et non pragmatiques, non motivées par un ennemi commun : « l’ennemi nazi de mon ennemi britannique est mon ami ». Elles sont cimentées par l’antisémitisme : dès avril 1933, le grand mufti demande à l’Allemagne « de ne plus envoyer ses juifs en Palestine ». Il souhaite « bâtir une alliance durable ». Il obtient « le soutien notamment financier des SS », notamment pour la grande insurrection de 1936. Des relations secrètes se poursuivent.


Une participation active et protéiforme à la guerre

« Il faisait des discours incendiaire pour éveiller les consciences : ‘Nous risquons de perdre la mosquée al-Aqsa et les lieux sacrés de l’islam », déclare Nasr ad-Din an-Nashashibi.

« Face à tant de haine, la vie devenait très difficile pour nous », précise Aharon Cohen.

« A Jérusalem et dans d’autres villes, les Juifs fuient leur maison pour avoir la vie sauve… Certains émeutiers arabes portent la croix gammée ».

En octobre 1937, recherché par les Britanniques en raison de l’assassinat d’un haut responsable britannique, le grand mufti fuit au Liban. Il continue à « orchestrer les émeutes ».

Fin 1940, quand les avions italiens et allemands bombardent les positions britanniques, tel le « port de Haïfa où débouche l’oléoduc acheminant le pétrole irakien », le grand mufti ne s’en émeut pas. « Au contraire, il va conseiller aux Allemands de bombarder Jérusalem… »

Il se trouve alors en Iraq, où il fomente un putsch pronazi, et propose « un soutien de guerre actif » à Hitler dès janvier 1941.

David Ben David, volontaire dans l’armée britannique, soldat de la Brigade juive, s’est engagé en mai 1941 « parce que les Nazis persécutaient nos familles en Europe et qu’il fallait que quelqu’un s’oppose à ces criminels, alors que les Allemands étaient à l’apogée de leur pouvoir. Seuls les Britanniques combattaient alors les Nazis… Les Arabes aiguisaient déjà leurs couteaux pour égorger les juifs avec l’aide des Allemands, des nazis. C’était vraiment la panique ». En 1942, le Yichouv, ensemble des juifs vivant en Palestine mandataire, est menacé au Sud par les chars de Rommel, à l’Ouest par les Allemands qui occupent la Grèce et la Crète, et à l’Est par des troupes allemandes du Caucase qui se dirigent vers Jérusalem, via l’Iraq.

La bataille de Stalingrad et l’offensive du général Montgomery à al-Alamein marquent des défaites capitales du IIIe Reich.

Parrain de l’Institut central islamique de Berlin, le grand mufti voit son utilité croître pour les Nazis.


Il « prêche la guerre sainte contre les juifs à la radio allemande. Il promeut sans relâche le régime nazi auprès des musulmans non arabes et tente de convaincre Indiens, Ouighours, Caucasiens Tatars de Crimée à s’engager au côté des Allemands… Il se fait grassement payer chaque service rendu par le ministère des Affaires étrangères et la SS... Ses prêches enflammés dans l’unique mosquée de Berlin mêlent habilement antisémitisme religieux et racisme, mettant ainsi l’islam au service de ses ambitions politiques… La plupart des musulmans allemands adhèrent » à son discours.

Début 1942, Adolf Eichmann lui révèle la Solution finale. Impressionné, le grand mufti envoie à l’été 1942 une délégation visite le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen. En 1943, son ami Heinrich Himmler, chef des SS, l’informe : « A ce jour, nous avons exterminé environ trois millions » de juifs. Le grand mufti exhorte les autorités de Hongrie, Bulgarie et Roumanie à inclure les enfants juifs dans la Solution finale.


Il « participe à la création de la division SS Handschar, appelée ainsi en référence à une épée orientale. A cette occasion, les nazis inventent le néologisme de musulgermain. L’unité comptera jusqu’à 20 000 hommes ». Al-Husseini est chargé de la formation culturelle et philosophique de ces soldats qui jurent d’obéir jusqu’à la mort à Hitler et de « rapprocher le monde germain et le monde arabe. Himmler lui accorde mollahs et imams pour encadrer les troupes ». Il les choisit et les forme dans une école particulière.

A bord d’un avion allemand, il gagne la Suisse qui le remet à la France. Craignant que la France lui permette de fuir le tribunal de Nuremberg, un groupe de soldats juifs songe à le tuer. Mais la crainte de violences contre les juifs vivant dans des pays majoritairement musulmans les dissuade d’agir.

En mai 1946, le grand mufti se rend au Caire sous une fausse identité. Il est refoulé par les Britanniques de la Palestine mandataire. En 1947, il refuse la partition de ce territoire en deux Etats - l’un juif, l’autre Arabe - et rallie les armées arabes pour lutter contre l’Etat d’Israël renaissant.

Avant l’ouverture du procès Eichmann, installé à Beyrouth, il nie toute responsabilité dans la Shoah. Il prétend même n’avoir jamais rencontré l’organisateur principal de la Solution finale.

Etonnantes carences informatives

Se fondant sur des « biographies récentes », le réalisateur présente des archives rarement vues et a choisi d’interroger des témoins ou acteurs. Certes, leurs interviews sont intéressantes et révélatrices : dans son intérieur cossu décoré de la photo de son père, Amina al-Husseini, la fille du grand mufti n’émet aucune critique. Nasr ad-Din an-Nashashibi, écrivain, déplore ce « triste jour », la défaite du maréchal Rommel. Fuad Mujakić, imam de la division Handschar, rappelle : « Pour tenter de rassurer mes camarades, je leur expliquais que… tout musulman qui perdait la vie au combat pour l’islam serait un shahid, un martyr. Ils savaient ce que cela signifiait ».

Cependant, l’absence de contrepoints par des historiens manque à ce documentaire.

Certains chiffres auraient mérité d'être cités : par exemple, 100 000 musulmans européens ont combattu pour l’Allemagne nazie.

Et que d’oublis ! Rien sur les pogroms : farhud en Iraq, massacres à Hebron, Safed, etc. Rien sur l’origine de la fortune personnelle – or et dollars – du grand mufti placée pendant la guerre dans des banques suisses : l’argent de juifs spoliés. Rien sur les anciens nazis promus conseillers de dirigeants arabes dont le grand mufti était proche. Rien sur le rôle de la France qui organisa sa fuite vers l’Egypte en 1946. Rien sur les liens entre nazisme et islamisme. Rien sur le négationnisme et le révisionnisme virulents dans le monde musulman, notamment dans l’Autorité palestinienne.

De plus, ce documentaire use parfois d’une terminologie partiale : « esplanade des mosquées » au lieu de ou avec « mont du Temple », « Jérusalem, 1917, la Palestine est sous domination ottomane » au lieu de « Jérusalem, 1917, Eretz Israël est sous domination ottomane », ou « à partir de 1933, la situation s’envenime avec l’arrivée massive de juifs allemands fuyant les Nazis » au lieu « de nombreux Arabes de la Palestine mandataire refusent l'arrivée massive de juifs allemands fuyant les Nazis ».

Enfin, ce film véhicule le mythe « islamiquement correct » et dangereux de la « coexistence pacifique sous la férule musulmane » .

Avec ses lacunes et partis pris, ce remarquable documentaire présente le mérite de traiter d’un sujet tabou, même pour Arte qui dénature le titre en l’affaiblissant et ne transmet à la presse aucun visuel sur les rencontres entre le grand mufti et des dirigeants nazis.

A noter la notice biaisée de présentation du documentaire dans la version papier du Parisien TV MagazineDéfenseur de la cause panarabe dès les années 1920, Amin al-Hussein lutte contre l’émigration des juifs organisée par les Britanniques dans son pays, la Palestine ». C’est nier le lien historique, biblique entre les Juifs et Eretz Israël, et donc la légitimité de l’Etat d’Israël. Le terme Palestine a été instrumentalisé dès son origine : après la révolte de Bar Kokhba vaincu par l'empereur romain Hadrien en 135, les Romains veulent détruire tout souvenir d’histoire juive, y compris le nom de Judée, et forgent le terme « Palestine » à partir du mot Philistins, anciens ennemis des Hébreux et disparus (préhistoire). Ce vocable a désigné des territoires dont le périmètre a varié selon les périodes.

La notice de ce magazine occulte l'antisémitisme du grand mufti, son alliance avec les Nazis et sa participation à la Shoah, les Livres blancs publiés par les Britanniques et réduisant le nombre d’émigrants juifs autorisés à émigrer en Palestine mandataire, etc. Une question demeure : al-Husseini a-t-il lutté pour « la Palestine » ou souhaitait-il recréer un califat ?

: «

La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti  (Turban und Hakenkreuz, Der Großmufti und die Nazis) de Heinrich Billstein. Allemagne, 2009. 53 minutes
Rediffusions les 12 décembre 2009 à 14 h et 15 décembre 2009 à 9 h 55


Photos : Portrait du Grand Mufti Mohammed Amin al-Hussein et le Grand Mufti Mohammed Amin al-Hussein lors d'une rencontre avec les chefs islamistes. © NDR-Said Ibraihim al-Husaini.
Autres photos : © DR


Pour en savoir davantage :

Matthias Küntzel, Jihad et haine des juifs, le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international. Préface de Pierre-André Taguieff. L’œuvre éditions, 2009. 180 pages. ISBN : 978-2-35631-040-8

Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, Croissant fertile et croix gammée, le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine. Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine Ed. Verdier, 2009 . 352 pages. ISBN : 978-2-86432-591-8


Article modifié le 9 décembre 2009 à 10 h 25
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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