Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 23:28

 

 

La guerre encourage-t-elle un certain laisser-aller journalistique ?

 

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-oligano/110213/la-guerre-encourage-t-elle-un-certain-laisser-aller-journalistique

 

 

 

Photoreporter.jpg

La guerre a beau être, selon un mot de l'écrivain futuriste Fillippo Tommaso Marinetti, la "seule hygiène du monde", il n'empêche qu'elle s'assimile assez souvent à un joyeux foutoir, une boucherie géante charriant des corps en lambeaux dans le désordre le plus complet. Hygiénique peut-être, c'est à voir, chaotique sûrement, il n'est pas permis d'en douter.

 

Ce désordre ambiant fait qu'il est parfois difficile de s'y retrouver, de collecter suffisamment de sources concordantes pour établir un fait. Les journalistes, censés éclairer leurs congénères sur la réalité des zones de conflit, participent dans certains cas de cette confusion générale, en oblitérant, tronquant, voire même créant les faits dans le sens qu'ils estiment le plus arrangeant. Ah bon ? Oui, ces petits ajustements de la réalité existent et, même s'ils sont rares, ont tendance à se manifester plus souvent en période de guerre.

 

L'exemple le plus connu est peut-être celui de la Révolution roumaine de 1989. Le renversement du régime de Nicolae Ceausescu est entouré d'un halot de mystère qui a fait germer nombre de fantasmes dans les cerveaux, sous l'impulsion de médias plutôt enclins à alimenter la machine à indignation.

 

On est ici en présence d'un paradoxe édifiant. Première révolution à être retransmise en direct sur les TV du monde entier, la révolte roumaine est aussi une de celles, dans l'histoire de l'humanité, dont les circonstances exactes nous restent les plus obscures. De là à affirmer que les médias ont ici participé d'une certaine désinformation, il n'y a qu'un pas, que nous ne franchirons pas, mais enfin c'est un doux euphémisme que de dire qu'ils n'ont pas aidé à clarifier les choses.

 

Ainsi, en décembre 1989, alors que la Révolution touche à sa fin, les télévisions françaises font état de centaines, puis de milliers de morts. C'est un peu la foire à l'empoigne, sinistre concours où le gagnant serait celui qui dénombre le plus de cadavres. A ce petit jeu, TF1 sort grand vainqueur : 70 000 morts dans les "charniers" de Timisoara. Pas mieux. La première chaîne de France ajoute même : « Ceausescu, atteint de leucémie, aurait eu besoin de changer son sang tous les mois. Des jeunes gens vidés de leur sang auraient été découverts dans la forêt des Carpates. Ceausescu vampire ? Comment y croire ? La rumeur avait annoncé des charniers. On les a trouvés à Timisoara. Et ce ne sont pas les derniers ». On tremble dans les chaumières.

 

Mais Libération, Le Monde, la Cinq et tant d'autres ne sont pas non plus en reste. Partout, on parle de boucherie, de charniers. La vérité, si elle reste atroce, est tout autre. On a en fait exhumé les corps du cimetière de la ville pour les présenter aux journalistes. Quant à savoir si ces derniers étaient au courant de la supercherie, difficile à dire. Il est en tout cas certain qu'ils n'ont pas manqué de monter "l'information" en épingle, d'exagérer les "faits". Pierre Bourdieu appellera ce phénomène d'amplification "la circulation circulaire de l'information". Jurisprudence était faite.

 

Dix ans plus tard, une autre affaire fait couler beaucoup d'encre. Carrefour de Netzarim, Bande de Gaza, 30 septembre 2000. Un père de famille palestinien courbe l'échine sur son fils pour tenter de le protéger des rafales israéliennes qui les prennent pour cibles. En vain. Le jeune Mohamed al-Dura, criblé de balles, n'en sortira pas vivant. Un caméraman est présent, immortalise la scène. Le reportage, commenté par Charles Enderlin, journaliste émérite, sera diffusé le soir même sur France 2, puis repris à l'international dans la même version. Une version montée qui laisse place au doute. Tant et si bien qu'un certain nombre de personnalités, Philippe Karsenty en tête, n'hésiteront pas à l'estimer monté de toutes pièces. Treize ans plus tard, au rythme des procès qui égrainent son parcours, ce dernier continue de relever dans les tribunaux les incohérences qui constellent ce petit reportage : incohérences balistiques, morphologiques, contradictions dans les heures, présentation du corps d'un autre enfant comme étant celui de Mohamed al-Dura à la morgue...

 

Pour Karsenty et ses soutiens, les conclusions s'imposent d'elles-mêmes : par souci de sensationnalisme, les journalistes présents ce jour là au carrefour de Netzarim ont mis en scène un certain nombre d'exactions. Les palestiniens, moins que des victimes, sont ici des figurants. D'autres vidéos tournées le même jour, où l'on voit certains d'entre eux, exposés aux tirs ennemis et donc susceptibles de se faire tuer d'un instant à l'autre, fumer des cigarettes et boire du jus d'orange comme si de rien n'était, tendent à attester cette version, même s'il est difficile de trancher dans un sens plutôt qu'un autre.

 

Que ce reportage soit factice ou non, il atteste une nouvelle fois de la difficulté de distinguer le vrai du faux en période de guerre. Cette complexité s'explique en fait assez facilement. Elle trouve sa justification à la jonction de deux motifs : celui, d'une part, d'infléchir l'information dans le sens de la victimisation du camp désigné comme souffre-douleur, pour susciter pitié et indignation chez le téléspectateur, d'autre part, de ramener de l'image, du contenu à tout prix. Dans la plupart des cas, ces images témoignent d'une réalité tangible, tant il est vrai que la guerre est avant tout un désastre humain. Tangible mais pas toujours accessible pour les médias, danger oblige, d'où la tentation de palier ce manque par des constructions scénarisées.

TOUS LES COMMENTAIRES

Voici quelques liens :

1/ pour voir le film d'Esther Schapira sur l'affaire al Dura :

https://vimeo.com/59475901

Le film analyse la thèse de la mise en scè,ne

2/Lire sa lettre ouverte à Charles Enderlin:

http://blogs.mediapart.fr/blog/lucas-martin/070213/vous-saviez-que-l-enfant-n-etait-pas-mort?onglet=commentaires#comment-3110892

3/ Lire les deux réponses de Charles Enderlin

http://blog.france2.fr/charles-enderlin/2013/02/11/esther-schapira/

http://blog.france2.fr/charles-enderlin/category/al-dura/

4/ A propos du charnier de  Timisoara Le film de l'INA "Roumanie, une révolution dans l'oeil des media

http://www.ina.fr/media/presse/video/CPD09007592/roumanie-une-revolution-dans-l-oeil-des-medias.fr.html

5/L'artielede Serge Halimi dans Acrimed sur Timisoara

http://www.acrimed.org/article1.html

Il me semble à moi que les corps avaient été volés à la morgue et que c'était des corps autopsiés.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis