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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 13:53

La hasbara au-delà du manichéisme
Par DAVID BRINN
25.03.10
I




Le ministère de l'Information et de la Diaspora, Yuli Edelstein, veut mettre un grand coup pied dans la fourmilière de la "hasbara" (information) israélienne. Mais a-t-il des chances de réussir ? Son initiative ne se positionne-t-elle pas trop à droite, comme tel était déjà le travers de ces précédentes campagnes israéliennes ces dix dernières années ?

Le ministre de l’Information et de la Diaspora, Yuli Edelstein.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost

Comme nous le savons tous, il n'y a aucun consensus sur ce qui est communément appelé le processus de paix. Alors comment demander aux Israéliens, comme s'il s'agissait d'un bloc homogène, de délivrer un message unique ? De quoi assister aux gags les plus burlesques. Imaginez un Israélien bien ancré à gauche harpaguer un Parisien dans la rue pour dénoncer haut et fort la politique israélienne d'apartheid envers les Palestiniens. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, j'ose à peine penser à mon cher épicier Yossi faisant la queue à Walt Disney, tout en expliquant tranquillement à la famille derrière lui que les Arabes ne sont pas dignes de confiance et que la seule solution reste un transfert de population.

Ce concept de "masbirim" (émissaires) peut être salué. Ne serait-ce que pour faire suite à cette idée, vieille de dix ans déjà, que la "hasbara" doit dépasser le conflit israélo-palestinien.
Mais le fait est que le site prévu pour cette initiative, ses affiches et ses conférences, ont déjà envahi le monde politique et encouragent l'Israélien moyen à parler de sujets qu'il ne maîtrise pas, et sur lesquels même le porte-parole le plus aguerri préférerait rester muet.

Cette pratique "café du commerce" ne risque pas d'aider à redorer l'image d'Israël. Pire, elle pourrait faire davantage de dommages à l'étranger. En termes de communication, Israël a encore beaucoup à faire. Le titulaire de cette délicate mission au ministère des Affaires étrangères, Ido Aharoni, évoque un schéma manichéen bien ancré lors de la conférence annuelle sur le Tourisme à Tel-Aviv, le mois dernier. Exemple : une conversation sur
le conflit israélo-palestinien à l'étranger s'achève toujours de la même manière : un tank israélien face à une jeune Palestinien qui jette des pierres à main nue. David contre Goliath. A cela s'ajoute le pouvoir de la télévision.

Difficile d'expliquer avec des mots et en quelques minutes la position israélienne alors que l'image, elle, reste accrochée durablement dans l'imaginaire des téléspectateurs : "Et lorsque nous essayons encore, nous échouons inévitablement parce seule reste l'image de l'enfant devant la machinerie de guerre israélienne", explique Aharoni.

Trouver un juste milieu entre guerre permanente et terre de volupté

Mais qui voulons-nous réellement convaincre lorsque nous évoquons la bonté naturelle d'Israël et sa juste place dans le monde ? Il y aura toujours un petit pourcentage de personnes pour qui l'Etat hébreu sera toujours le méchant. Convaincre un activiste de "la semaine de l'apartheid contre Israël" est une cause perdue. Comme il y aura toujours ces avocats de l'Etat hébreu (en majorité issus des rangs de la droite) pour qui le pays est synonyme de perfection.

Maintenant, il reste cette majorité silencieuse en Europe et aux Etats-Unis qui ne se soucie pas franchement de politique et encore moins de notre minuscule territoire. Commencez à leur parler de la barrière de sécurité, des points de passage et des Kassams, et vous verrez une indifférence totale, voire une certaine apathie envahir leur visage. Mais heureusement, les efforts de cette campagne n'oublient pas de mettre l'accent sur cet "autre" Israël, celui dont les habitants vivent une existence parfaitement normale et font ce que tous les gens civilisés font.

Mais quelle image voulons-vous réellement donner au monde ? Nous avons certes beaucoup de choses à défendre, comme ces innovations, ces produits et ces services qui, chaque jour, sont utilisés à travers le monde sans que personne ne le sache. Sans être hostiles au pays, nombreux sont ceux qui ont une vision erronée d'Israël. Pour David Sable, le dirigeant de Wunderman, une agence de publicité, les Américains sont encore convaincus que les Israéliens mènent une vie "aux antipodes" de la leur. Aharoni partage les mêmes conclusions. Outre Atlantique, l'Etat hébreu est perçu comme un pays sinistre marqué par la guerre et non comme la terre du high-tech, des cafés animés, et de la plage. C'est pourquoi, il y a dix ans, des visionnaires comme Aharoni et d'autres membres de l'administration israélienne avaient commencé - et tentent aujourd'hui encore - de remodeler en profondeur l'image de leur pays.

Une tâche rude face à la démission aussi bien de la gauche que de la droite. La première pour ne voir que les souffrances des Palestiniens et la seconde pour vouloir travestir le foyer juif en un immense Club Med. La communication actuelle ne fait pas l'impasse sur les réalités en demi-teinte d'Israël : elle demande simplement au monde d'analyser l'Etat hébreu sous toutes ses formes. Trouver un juste milieu entre ceux qui clament qu'Israël est le paradis du plaisir et de la volupté et ceux qui imaginent le conflit à chaque carrefour. Oui, la guerre est une réalité, tout comme les découvertes pharmaceutiques contre le cancer, les percées informatiques, les étendues de sable et les défilés de top-models.

Le monde ne devrait-il pas découvrir Israël à travers ce spectre plutôt qu'à travers le vert militaire ou le noir orthodoxe ? Ne devrions-nous pas aller au-delà des idées reçues, vous, moi, l'activiste de gauche et l'épicier du coin, lorsque nous parlons d'Israël ? Il ne faut pas uniquement blâmer les médias. Nous aussi avons notre part de responsabilité. Nous avons pris l'habitude, jusqu'à devenir une obsession, d'évoquer uniquement le conflit lorsque nous discutons de l'Etat hébreu à l'étranger.

Créer une brèche

Le lancement de cette nouvelle campagne de "masbirim" a peut-être certains mérites, mais ses créateurs agissent comme s'ils étaient les pionniers d'une terre inconnue alors qu'en réalité, depuis dix ans, certains organismes militent discrètement pour fournir des informations qui sortent de la lorgnette du conflit. Je pense à l'organisation ISRAEL21c, une des premières à vouloir détourner l'œil de la caméra du conflit israélo-palestinien et dire au monde qu'Israël n'est pas un endroit parmi tant d'autres, mais une terre d'innovations que le monde regretterait si elle venait à disparaître.
On peut espérer que le fait de combiner ce matériel déjà existant à cette nouvelle initiative d'émissaires israéliens puisse permettre d'accroître les chances de succès.

 

 

Et de faire d'une pierre deux coups : éduquer l'Israélien moyen et étoffer ses connaissances sur son propre pays. Imaginons la scène suivante : un couple d'Israéliens discute avec un autre couple britannique. Ils parlent de tout et de rien avant d'évoquer un sujet beaucoup plus sérieux : le cancer. Il s'avère que l'époux anglais a été sauvé par une minuscule caméra à rayons X qui a permis une détection précoce de son cancer du colon. Le couple israélien ne sait absolument pas que la caméra-miracle est une invention de l'Etat hébreu développée par la start-up "Given Imaging" de Yoqneam. Quel dommage. S'il l'avait su, nos compatriotes auraient transformé en une seconde le froid, sinistre et militariste Israël en un pays bienfaiteur aux yeux de leurs interlocuteurs britanniques.


Est-ce que cela aurait changé l'opinion des Britanniques sur l'Etat hébreu ? Peut-être. Ou pas. Mais si cette minuscule caméra pouvait avoir un impact positif sur leur vision des choses le jour où la télévision anglaise diffusera un sujet sur des affrontements entre Palestiniens et policiers israéliens sur le mont du Temple, pourquoi ne pas essayer.

L'auteur de ce texte est rédacteur-adjoint de l'édition anglaise du Jerusalem Post. Ancien responsable éditorial d'ISRAEL21c, il a pris part aux premiers efforts pour changer l'image d'Israël.

 

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commentaires

Cafe du commerce 26/03/2010 13:17


Merci pour la citation.
A la votre.
Café du commerce.


Rotil 25/03/2010 18:21


Gad,

Nous sommes bien d'accord sur le fait que cette démarche est indispensable. A ma toute petite échelle, j'y contribue. Auprès de mes proches, mais aussi auprès de non-juifs (par exemple j'ai
expliqué à plusieurs et en divers endroit ce que nous avons élaboré avec la loi dite du talion).

Mais je me demande aussi, comme je le dis à un autre sujet, si nous n'avons pas tendance à trop vouloir nous justifier.

(Et puis c'est vrai aussi que les "merdias" ont bien plus intérêt à criminaliser Israel, car c'est très tendance, comme on dit. Donc, cela se vend.)

Amicalement.


Gad 25/03/2010 16:30


Oui, l'ami, mais si on devait s'en tenir au renforcement du préjugé que tu énonces, le mieux serait de ne rien entreprendre du tout, car il y aura toujours un ressort hostile "antisémite" ou
non.
L'intérêt de ces tâtonnements est simplement d'amorcer une discussion, de faire appel à la créativité des individus dans une situation donnée, à laquelle ils n'étaient que mal préparés. Je ne crois
pas qu'il s'agisse d'apporter des "réponses toutes faites", car là, on est uniquement dans le réflexe propagandiste : à A+B = C. Appliques la formule. Et ça roule.
Or, justement, le bourrage de crâne de l'autre côté est tissé de réactions primaires et de sollicitations des pulsions de rejet. De slogans, de mantras. Et l'opinion moyenne ou ordinaire en est
infestée, même à son corps défendant (esprit dit "critique", etc.)
Israël = "apartheid", "racisme", complexe militaire, fort/faible... etc.
Donc, il faut déjà mettre à nu le genre d'associations d'idées manipulées pour en casser les ressorts en faisant aussi appel au bon sens de l'interlocuteur qui n'a pas envie de se faire pomper le
crâne par les aliens.


Rotil 25/03/2010 15:39


Cela ne me convainc pas non plus. Je crains que dans l'exemple de la micro caméra, le couple anglais pourra aussi penser "les salopards, même ça, ils ont trouvé avant nous." Réflexe de jalousie
primaire.

Ne pas oublier un viel antisémitisme, plus ou moins latent, selon les pays et les époques.


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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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