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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 07:56

 

Le point de vue de Dario S. (Rome)

En touchant la limite de ses mensonges, le Hezbollah embarrasse ses alliés


La mort de 24 miliciens du Hezbollah en Syrie explique le "massacre imaginaire" qui n’a pas eu lieu à Ersal

 

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lundi 18 février 2013 - 01h20, par Dario S. (Rome)

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Au Liban, l’hypocrisie médiatico-politique a atteint ses sommets durant les deux dernières semaines. Le pays du Cèdre a frôlé l’implosion après la médiatisation du massacre imaginaire qui n’a pas eu lieu à Ersal. Aujourd’hui, l’implication avouée et assumée du Hezbollah en Syrie embarrasse ses alliés qui ont tant manifesté pour "défendre l’armée".

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Généralement, l’Etat fonde et finance son armée pour défendre la population. Mais au Liban, c’est une partie de la population et les médias qui se sont mobilisés pour défendre l’armée libanaise depuis que ses unités aient été victimes d’une embuscade imaginaire à Ersal. Les médias du Hezbollah, et leurs alliés de l’alliance du 8 mars, se sont appuyés sur une rumeur - démentie ensuite par le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwaji - pour mobiliser leurs partisans en faveur de l’armée. Durant plusieurs jours, des routes ont été coupées, des pneus ont été incendiés...

Pourtant, par le passé, cette même armée a souvent été malmenée par le Hezbollah, sans susciter la moindre réaction de ses alliés. Lors de la guerre contre Fatah Al-Islam, à Nahr El-Bared, Hassan Nasrallah avait imposé à cette même armée des lignes rouges à ne pas franchir. Fatah Al-Islam n’était que l’un de ses alliés, fabriqué de toutes pièces par le régime syrien. Lors des intimidations à Chiyah, en janvier 2008, plusieurs officiers ont été traduits devant la justice pour avoir osé se défendre contre la milice terroriste du Hezbollah. Craignant de se retrouver dans la même situation, les militaires n’ont pas réagi en mai 2008. Ils ont assisté, avec une neutralité déconcertante, à la razzia de Beyrouth par les mêmes miliciens. Depuis, les agressions se sont multipliées sur les militaires : le pilote Samer Hanna abattu dans son hélicoptère dans le Sud, plusieurs soldats tués à Riyak... Jamais la population n’a été appelée à manifester, ni à incendier les pneus, encore moins à défendre l’armée face à ces agressions.

Mais après la dissipation de la poussière provoquée par la bataille imaginaire à Ersal, la vérité commence à apparaitre au grand jour. L’expédition contre Ersal était menée par une patrouille en civil accompagnée par des miliciens du Hezbollah pour assassiner un activiste proche de la révolution syrienne. Deux militaires libanais ont été tués, et plusieurs autres blessés. Mais le plus grave, c’est que plusieurs autres assaillants ont trouvé la mort sans que leur identité ne soit révélée officiellement. N’étant pas militaires, leur présence sur les lieux intriguent. En fait, ils seraient des combattants du Hezbollah, qui en a enterré trois, le lendemain, en toute discrétion...

De ce qui précède, les Libanais ont retenu plusieurs conclusions :

Le Hezbollah a tenté d’impliquer l’armée dans un conflit avec la population locale, connue pour sa sympathie avec la révolution syrienne. Ersal est un verrou stratégique habité par les Sunnites hostiles à Bachar Al-Assad. Géographiquement, le territoire communal de Ersal touche celui de Zabadani à l’est (Rif Damas), et d’Al-Qusayr au nord (Rif Homs). Or, ces deux régions syriennes sont toujours tenues par les rebelles, et le Hezbollah doit à tout prix les en déloger pour permettre à Assad de relier Damas à son réduit alaouite, en formation sur la côte.

Le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, allié du Hezbollah, s’est chargé de la mobilisation médiatique et de l’entretien de cette tension. Par conviction ou par naïveté, son comportement à frôlé le ridicule.

La mobilisation médiatique pour défendre l’armée s’est appuyée sur des mensonges entretenus par les autorités pendant plus d’une semaine. La rumeur relayée par les médias pro-syriens affirmait en effet que les militaires ont été mutilés, frappés et lacérés à l’arme blanche par des barbares. Surtout que l’armée a interdit aux familles des victimes de jeter un dernier regard sur les dépouilles. Ce qui a entretenu et amplifié la rumeur.

Face à la tension, qui a failli se transformer en guerre civile, le commandant en chef de l’armée a fini par démentir l’usage d’armes blanches et les mutilations. Mais le mal était déjà fait.

Le comportement de l’armée libanaise, transformée depuis 1984 en tremplin pour la présidence de la République, suscite des interrogations. Car les ambitions présidentielles des commandants en chef de cette institution se heurtent à la Constitution. Pour contourner cet obstacle, les commandants transforment l’armée en milices, et jouent sur les contradictions politiques pour s’imposer. Ce fut le cas avec Michel Aoun, en 1988, quand il a combattu les Forces Libanaises pour séduire le grand électeur que fut la Syrie. Ce fut aussi le cas avec Emile Lahoud en 1998, qui a littéralement soumis l’armée au diktat syrien. En 2008, Michel Sleiman est soupçonné d’avoir laissé s’enfuir Chaker Al-Abssi, chef de Fatah Al-Islam, de Nahr El-Bared, pour séduire Assad. Il a aussi refusé d’intervenir contre la razzia de Beyrouth en mai 2008 pour gagner la confiance du Hezbollah. C’est probablement le cas avec Jean Kahwaji aujourd’hui.

Alors que l’armée est payée pour défendre le peuple, le cas du Liban est atypique. C’est le peuple qui fait semblant de défendre l’armée. L’autre anomalie de ce pays est que ceux qui manifestent leur soutien à l’armée critiquent les autres institutions de l’Etat, fussent-elles sécuritaires, à longueur de journée.

Aujourd’hui, les Libanais qui se sont mobilisés naïvement pour défendre l’armée s’aperçoivent qu’ils ont été manipulés au service de Bachar Al-Assad. Car le Hezbollah a confirmé avoir perdu plusieurs de ses hommes dans les combats contre les rebelles à Al-Qysayr, près de Homs. Les révolutionnaires syriens affirment en avoir tué 24 (sept selon le parti chiite). Les Libanais ont désormais la certitude que le massacre imaginaire qui n’a pas eu lieu à Ersal était prémédité, pour permettre à l’armée de neutraliser ce fief, et permettre au Hezbollah d’agir en toute quiétude contre Homs et Zabadani.

Ces mêmes Libanais s’estiment abusés. Ils ont salué avec force la visite du Patriarche maronite à Damas, une première depuis l’indépendance des deux pays. Or, Béchara Raï qui a insisté sur le caractère purement pastoral et religieux de sa visite en Syrie, vient d’être dévoilé par les médias pro-Assad, qui évoquent l’importance politique de ce déplacement. Raï a non seulement applaudi Bachar Al-Assad, quand son nom a été cité pendant la messe, mais il a dénoncé les ingérences étrangères en Syrie, oubliant qu’il est lui-même étranger, et que le massacre se poursuit justement en raison de la non-ingérence étrangère, qualifiée même de complicité contre le peuple syrien !

Enfin, les Libanais découvrent les mensonges de leur gouvernement qui rappelle, à longueur de journée, les bienfaits de sa politique de neutralité en Syrie. Or, cette neutralité n’a pas empêché le ministère de l’Energie de fournir du carburant à Damas, pour permettre à ses chars de poursuivre le massacre. La désolation des Libanais était intense, en regardant les dizaines de camions citernes acheminer le fuel vers la Syrie, alors qu’ils sont privés d’électricité. Ils sont de plus en plus nombreux à accuser leur ministre de l’Energie de violer les sanctions internationales, de contribuer au massacre, de les priver de cette énergie - payée sans doute par par des valises de billets, les transactions bancaires avec la Syrie étant interdites par les sanctions arabes et internationales - et surtout, d’exposer le Liban à des conséquences fâcheuses.

Après le Hezbollah et le gouvernement libanais, la population a assisté stupéfaite, ce dimanche 17 février, à l’appel à la mobilisation lancé par l’ancien député druze pro-syrien Wiäm Wahhab, qui a demandé à tous les hommes en âge de combattre d’aller défendre le régime syrien ! Cet appel communautariste intervient après que les leaders druzes de Syrie aient appelé leurs disciples à quitter l’armée du régime. L’appel de Wahhab est une ingérence libanaise supplémentaire en Syrie, en faveur du régime, après celles du Hezbollah, du gouvernement et du Patriarche !

En conclusion, les Libanais sont avant tout victimes de leurs dirigeants politiques, capables de tout pour satisfaire leurs ambitions. Mais les mensonges de ces derniers ayant des limites, l’espoir d’un sursaut n’est pas interdit, surtout après le renversement du dictateur syrien. Dans sa chute, il entraînera sans doute tous ses alliés et agents, au Liban et dans la région.

Dario S.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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