Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:20

 

 

 

logojusticebertrand

 

 

Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

 

Pour © 2013 lessakele

 
Le 18 juin 2013, le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a fait part de son souhait d’accorder de nouveaux pouvoirs à la police, afin de pouvoir répondre de façon adaptée, aux émeutes qui secouent la Turquie depuis le début du mois.  Le Gouvernement entend également cautionner les actions des services d’ordre qui ont, notamment le 15 juin 2013, énergiquement évacué les milliers de manifestants installés dans le parc Gezi d’Istanbul à coup de bombes lacrymogènes, arrosant copieusement les récalcitrants, avec leurs canons à eau. Le 14 juin 2013, le fondateur du parti de la Justice et du développement avait pourtant choisi la voie de l’apaisement avec la suspension des projets d’aménagement du site du parc Gezi d'Istanbul, un referendum sur son devenir,  et …..une enquête sur les responsables des violences policières.
Les événements populaires survenus au cours du mois de juin 2013 en Turquie, dépassent largement l’issue judiciaire concernant les travaux d'aménagement du centre commercial (dans un bâtiment imitant le style d'une ancienne caserne ottomane sur la place Taksim), dont la suspension a été décidée par le Tribunal Administratif le 31 mai 2013 : ils traduisent simplement le rejet, par une partie de la population turque, de la conception islamiste de la société, qu’impose le gouvernement. La frange éclairée de la société turque aspire  à la réintroduction dans les valeurs nationales, des principes historiques de la Turquie, et bien évidemment la démission du gouvernement (qui parait improbable).
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement d’Erdogan tente en effet, d’instaurer en Turquie un ordre moral islamique, avec une formation de la jeunesse conforme aux principes religieux (qu’il dit appartenir aux « valeurs et principes de la nation »). Il a engagé une réforme de l’éducation qui a donné voix aux écoles coraniques en vue de cantonner le rôle de la femme à sa fonction exclusive de reproductrice (l'avortement est donc devenu quasiment impossible dans les cliniques et les hôpitaux). Par ailleurs, les modes de communications occidentaux sont progressivement abandonnés : les théâtres publics sont fermés, il est envisagé la démolition de la salle de concert du Centre culturel Atatürk (pour y construire un « opéra » et une mosquée), Facebook et Twitter sont considérés « antidémocratiques », le pianiste virtuose Fazil Say a été condamné pour blasphème (après une série de tweets critiquant la religion musulmane), et le 24 mai 2013, une loi a limité la vente d’alcool et la publicité sur les boissons alcoolisées.. …
Plus généralement, le parti AKP a progressivement muselé le droit de vote (tout comme la démocratie), contrôlé la presse et les médias (les journalistes couvrant les manifestations ont été victimes de violences). Même l’armée, traditionnelle gardienne de la laïcité est passée sous la coupe du pouvoir central. Parallèlement, le paysage turc s’est profondément modifié : les immeubles en construction se multiplient à vive allure, la spéculation immobilière est intense (d’autant que le pays est faiblement endetté à moins de 40% du PNB), pendant que la corruption gangrène le pays.
Or, la Frange intellectuelle du peuple turc n’accepte pas la modification des bases du contrat social turc et notamment l’abandon du principe de laïcité et plus généralement celui de République. Elle a donc décidé d’en découdre une bonne fois pour toute avec le Gouvernement parvenu au pouvoir dans une forme de réflexe identitaire et d’opposition entre les valeurs du bloc occidental et les principes religieux de l’Orient. Le choix islamique du pouvoir peut être fait par une population privée de connaissance, d’ouverture d’esprit et nourrie d’une culture qui incite au rejet de l’autre et de sa différence. En revanche, l’enfermement intellectuel, moral et spirituel dans lequel l’islamisme cloisonne l’individu, ne convient pas à la population turque qui a accès à la connaissance et qui a eu l’occasion d’apprécier la douceur du fonctionnement social, démocratique et laïc de la société.
La partie n’est toutefois pas gagnée. Erdogan surfe sur la vague d’un développement économique et social fulgurant avec une croissance qui atteint un taux annuel de 8% profitant au peuple (qui a vu son revenu moyen triplé au cours de ces 10 dernières années). Or, le Premier Ministre turc associe le miracle économique à sa politique et à l'orientation islamique du pays. l’AKP d’Erdogan imagine donc pouvoir monopoliser le pouvoir et décider seul de la finalité étatique. Pour autant, l’autoritarisme d’Erdogan est devenu insupportable, tout comme sa conviction selon laquelle le destin du pays ne dépend que de lui (il caresse d’ailleurs l’idée de devenir Président de la République lors des élections qui se dérouleront en 2014, pour figer le régime islamiste de la Turquie).
Contrairement à sa terminologie, le parti AKP est considéré par les intellectuel turcs, comme étant un parti injuste est rétrograde qui ne colle plus à la sensibilité populaire. En ce sens, le mouvement qui s’exprime dans le pays est tout à fait atypique : une population a décidé démocratiquement de la mise en place d’un gouvernement islamique pour s’occuper des affaires de l’Etat, et qui entend désormais le débarquer sur le même fondement.
La population turque instruite réclame de la démocratie et de la liberté, qu’il s’agisse des jeunes, des anciens, du monde rural ou citadin, des composantes représentatives des différents milieux professionnels, des religieux comme des laïcs. Le gouvernement devrait donc rencontrer quelques difficultés pour contenir la révolution en marche, les intellectuels ne supportant plus la répression policière, et le détournement des valeurs historiques nationales.
Prosaïquement, la classe intellectuelle du peuple turc se rebiffe contre l’islamisme et considère que la religion fait partie de la sphère privée, qu’elle appartient au monde des convictions personnelles et qu’elle ne peut être imposée et généralisé à autrui. Il s’agit ni plus ni moins qu’un véritable camouflet pour les tenants de l’islamisme politique. En effet, les pays qui se sont dotés démocratiquement d’un pouvoir islamiste imaginent pouvoir généraliser à terme ce mode de pensée, et sont persuadés de son caractère définitif.
Il devrait s’en suivre un bouleversement des convictions chez les idéologues islamistes : l’islamisme n’est finalement qu’un mode d’organisation sociétal parmi d’autres. Rien n’empêche de l’essayer, mais il se révèle rapidement inadapté en raison des contraintes qu’il impose, parfaitement incompatibles avec le principe de diversité inhérent à la nature humaine.
De même, cette prise de conscience, devrait entraîner un apaisement des craintes au sein des populations occidentales qui redoutent une volonté, en Islam, d’embrasser le monde. Si des musulmans réalisent la nécessité d’abandonner l’islamisme comme système politique, c’est donc que le caractère universel du message de Mahomet est grandement contestable.   
Enfin, au sein des musulmans, la prise de conscience du caractère éphémère  de leurs convictions religieuses, devrait les conduire à considérer l’Islam comme étant un mode d’organisation alternatif, relatif, un mode de foi parmi tant d’autres, et non le dernier message du Ciel qui doit s’imposer au monde.   

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis