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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 20:37

 

 


 

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Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

Pour © 2011 lessakele


A l’occasion de la cérémonie d'investiture du nouveau Président de la Cour Suprême (tenue le 1er mars 2012), le Juge arabe Salim Djubran a refusé de chanter l'hymne national israélien « la Hatikva ». Cette attitude qui aurait pu choquer dans la mesure où les personnes investies des plus hautes responsabilités du pouvoir judiciaire en Israël devraient affirmer avec force, leur fierté de vivre au sein du pays, n’a pas provoqué d’émotion particulière. Le juge Rubinstein a même défendu la position du juge arabe en confiant : « On ne peut pas exiger d'un citoyen arabe qu'il chante les paroles de la Hatikvah qui sont étrangères à ses racines et à sa sensibilité. Je connais Salim Djubran et je peux témoigner de son intégrité en tant que juge, il représente l'Etat avec honneur et succès ». En fin de compte, et à y regarder de plus près, on peut aisément comprendre que les personnes non juives de l'Etat d'Israël éprouvent certaines difficultés à s'approprier les symboles juifs qui ne font partie, ni de leur histoire, ni de leur identité, ni de leur culture.

L’hymne national israélien « la Hatikva » a été emprunté à Nephtali Herz Imber qui a rédigé, en 1878, un texte évoquant l'espoir du peuple juif de recouvrer son indépendance nationale sur la terre de ses ancêtres. Les paroles, très puissantes, débutent de la manière suivante : « aussi longtemps que l'âme juive vibrera dans nos cœurs ». Immédiatement, les personnes non juives restent étrangères à ce propos introductif qui a trait à une dimension de la spiritualité juive. Le texte se poursuit avec la direction du regard : « et que les yeux resteront rivés sur Sion ». Une fois encore, cette aspiration vers Sion ne fait pas spécialement partie de la culture et de l’histoire du peuple arabe de Palestine. Ensuite, il est mentionné : « l'espoir deux fois millénaire », autrement dit la période d’éloignement des juifs, la durée de leur déracinement de la terre d’Israël et donc de la diaspora (qui ne concernent toujours pas les non juifs). Enfin, le texte se termine par l’espoir de redevenir « un peuple libre sur notre terre, le pays de Sion et de Jérusalem » qui n’appartient définitivement pas aux populations arabes résidant en Israël.

Fatalement, les personnes non juives en Israël, ne peuvent qu’éprouver difficultés voire aversion, à chanter un hymne dont la teneur est une partie intégrante de l’histoire du peuple juif. D’ailleurs, pour les personnes d’origine arabe, cet hymne correspond à l’épisode le plus noir de leur relation avec la terre de Palestine. Autrement dit, le rêve des juifs n’est finalement rien d’autre que le douloureux cauchemar des palestiniens. Il serait donc tout à fait normal, pour Israël, qu’il dispense ses citoyens non juifs d'entonner un hymne juif, sauf à leur imposer un acte indécent, à les mépriser, voire à les soumettre à une torture intellectuelle et morale. Cette réflexion vaut d’ailleurs pour l’ensemble des symboles de l’Etat d’Israël.

Depuis de nombreuses années, Israël déplore le comportement des députés arabes à la Knesset qui utilisent l’Assemblée comme une tribune (et un déversoir de haine) anti israélienne, en parfaite contradiction avec le serment d'allégeance prononcé lors de leur entrée en fonction. Ceci n’est pas particulièrement surprenant : la Knesset est un autre symbole de l’Etat juif dont le nom trouve son origine et tire le nombre de ses membres (120), de la Knesset Haguedolah (la Grande Assemblée), qui était le Conseil juif représentatif réuni à Jérusalem (au 5° siècle avant ec) à l'initiative de Ezra et de Néhémie, alors que l’histoire du peuple arabe n’avait pas débutée.

Dans ces conditions, le comportement bien souvent odieux des députés arabes (et parfaitement incompatible avec leur fonction), n’est finalement pas sans rappeler la situation des marranes juifs en Espagne qui, bien qu’obligés au XV° siècle, de se convertir au catholicisme, ont poursuivi secrètement la pratique de la religion juive. Il était, de la même manière, demandé aux juifs d’accepter un système de valeurs qui n’était pas le leur, et de se fondre dans un environnement qui ne leur appartenait pas. Certes, le statut des juifs marranes en Espagne était moins enviable que celui des arabes en Israël puisqu’ils ont été maltraités, spoliés de leur patrimoine et assassinés, alors que les personnes d’origine arabe en Israël, bénéficient du droit au respect à la personne et à la liberté d’expression. Pour autant, Israël peut toujours se voiler la face, attendre des populations arabes en Israël qu’elles jouent le jeu des institutions israéliennes, qu’elles participent au développement du pays en considération de sa nature juive et démocratique, et se convaincre qu’elles y parviendront, les personnes arabes en Israël se considèreront toujours comme les marranes juifs qui ne renonceront jamais à leur histoire, à leur sensibilité, à leur identité et à leurs principes existentiels.

Parmi les symboles de l’Etat d’Israël dans lesquels les non juifs sont insusceptibles de se reconnaître, notons également la pratique de la langue hébraïque qui résulte d’un extraordinaire travail de compilation du vocabulaire hébraïque par Eliezer Ben Yeouda, dont les dictionnaires ont été rédigés entre 1894 et 1922 à partir du vocabulaire de la Torah et de la Mishna, (texte « massorétique » de la racine transmission). Le mot hébreu (ivri) lui-même se trouve dans le Livre de Bérechit chapitre 14, verset 13 dans lequel il est question « d’Avram (père des nations) ha ivri » (l’hébreu) qui prendra ensuite le nom d’Abraham, alors que l’Islam n’existait pas encore. Ainsi, la langue hébraïque moderne s’est construite à partir de la langue sacrée « lashon hakadoch » qui ne fait pas partie de l’histoire des héritiers de Mahomet. Citons encore, le drapeau israélien qui s'inspire du châle de prière juif (talith) orné d'un Bouclier de David (Maguen David), ou encore l'emblème officiel qu’est la ménorah, chandelier à sept branches entouré de branches d'olivier symbolisant l'aspiration du peuple juif à la paix…

En fin de compte, non seulement Israël ne saurait imposer à ses ressortissants non juifs une appropriation des symboles juifs de l’Etat mais en outre, il devrait repenser leur statut juridique à partir de la classification internationalement admise en fonction de l'appartenance nationale ou non. Il y aurait alors les nationaux (les juifs), les non nationaux en situation régulières disposant des prérogatives des droits de l'homme (à l’exception du droit d’être électeur et éligible aux scrutins nationaux c'est-à-dire non locaux), et les non nationaux en situation irrégulière, interdits de se maintenir sur le territoire. Israël serait alors contraint de reconnaître aux citoyens arabes, le statut de palestiniens en situation régulière, et de destituer les députés arabes de la Knesset puisque non nationaux.

Inversement, rien n’interdirait à Israël de proposer aux juifs de diaspora de prendre la nationalité israélienne (pour ceux qui le désirent), à côte de leur nationalité de naissance. En effet, si les arabes israéliens ne font pas partie de la nation juive, il n’en est pas de même des juifs de diaspora. Ce sont eux qui ont crée ou recréé l’Etat d’Israël. C’est maintenant à l’Etat juif de parachever « l’unité nationale » en accordant aux juifs de diaspora la nationalité israélienne. Il ne s’agirait alors pas seulement d’un acte juridique ou administratif, mais bien d’une démarche spirituelle par la réunion de l'ensemble des membres de la nation juive et leur connexion à la terre sacrée. Ainsi, et en s’inspirant du mode de perception des symboles juifs par les citoyens arabes, Israël pourrait, conformément aux vœux messianiques, ouvrir une nouvelle page de l'humanité. 

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commentaires

kravi 17/03/2012 20:55

Cher Maître,
Je retrouve dans votre dernier paragraphe cette idée formidable d'une nationalité israélienne adaptée pour les juifs de diaspora. Je suis content de voir que vous n'en avez pas lâché cette
éventualité. Cordialement.

gerard.david 11/03/2012 21:06

Il est absolument inadmissible qu'un représentant du peuple Israelien, siégeant à la Knesset, refuse de chanter l'hymme national de "son pays". Je crois qu'il ne se sent absolument pas citoyen
israelien, et il n'a rien a faire a la knesset, dans ces conditions. Les juifs du monde entier, n'hésitent pas, eux, a chanter l'hymme national du pays dans lequel il habitent. Il devrait être
radiés de la Knesset.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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