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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 17:29

 

 

LA PRÉÉMINENCE DE LA LOI NATIONALE ISRAELIENNE SUR « TORAT HAMELEKH »

 

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Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

Pour © 2010 aschkel.info et © 2010 lessakele


Ce 10 février, des manifestations se sont déroulées devant la résidence du Ministre de la Justice, Yaacov Néeman, à la suite du mandat d’arrêt émis contre le rabbin Dov Lior (de Kiriat Arba-Hébron) à qui il est reproché de n’avoir pas déférer aux convocations de la police qui enquête sur ses prises de positions en faveur du livre Torat Hamelekh (le rav Yaacov Yossef fils du leader spirituel du parti Shas, Ovadia Yossef a également été convoqué pour les mêmes motifs). Selon le Ministère de la justice, le livre « Torat Hamelekh » rédigé par les rabbins Itshak Shapira et Yossef Elitsour (de l'implantation Yitzhar au nord de la Cisjordanie) contient des « incitations au racisme», justifiant l’ouverture d’une enquête qui a démarré en juin 2010.

Le  Rav Shapira a été entendu en juin 2010 avec saisine et confiscation de copies de l’ouvrage dans la yeshiva et le 20 août 2010, c’est le rabbin Yossef Elitzur-Hershkowitz qui était auditionné à son tour. Ont également été entendus par les enquêteurs, le Rav Itshak Ginsbourg, directeur de la Yeshiva Od Yossef Haï, voire encore d'autres figures du judaïsme comme le rabbin de Ramat Gan, Yaacov Ariel ou le rabbin Haïm Druckman. Pour sa part, le rav Lior (qui a préfacé l’ouvrage) ne s’est pas montré spécialement coopératif avec la police : non seulement il n’a pas déféré aux convocations de la police (en août 2010) mais en outre, il a tout bonnement affirmé « qu’il n’était pas question de laisser quelques fonctionnaires donner des directives et décréter ce qui est permis et ce qui est interdit ».  Pour lui, « c’est le rôle des rabbins de rappeler les règles de la loi juive sans craindre les répercussions de leurs propos ». Il était donc prévisible que le représentant du Ministère public Shaï Nitzan s’indigne contre ce refus d'obtempérer : « Le fait d’être rabbin en Israël ne donne pas l’immunité. Ils tombent aussi sous le coup de la loi. En cas d’incitation à la haine religieuse, une enquête doit être ouverte ».

Le livre « Torat Hamelekh: Dinei Nefashot Bein Yisrael le Amim” ( La Torah du roi : les lois des âmes entre les juifs et les peuples) soutient des thèses sujettes (pour le moins) à caution. Le livre traite en effet des règles de guerre et des conditions dans lesquelles des « non juifs » peuvent être tués sans que les lois religieuses ne soient transgressées. Cet ouvrage enseigne en substance qu'il est possible de tuer (des non juifs) lorsque la sécurité des juifs est menacée. Le document fournit alors une liste assez exhaustive des circonstances dans lesquelles de tels meurtres sont autorisés. Il en est ainsi lorsqu’ « une présence non juive menace la vie juive », même si la personne non juive « n’est pas responsable de la situation en vigueur». (Ce qui signifie en terme clair que le meurtre de non juifs est un mode licite d’épuration ethnique). Le livre précise également que le meurtre d’enfants et de bébés non juifs est également licite : « s’il est clair qu’ils grandiront et préjudicieront au peuple juif ». Selon les rav Itshak Shapira et Yossef Elitsour, il est même possible de les éliminer délibérément, et pas uniquement dans le cadre du combat que se livrent les adultes. ». Torat Hamelekh suggère également de porter atteinte aux enfants des dirigeants non juifs pour faire pression sur leurs parents et parvenir à un changement de politique. D’ailleurs, et (toujours selon les auteurs de l’ouvrage), ce droit de tuer vaut « partout où l'influence de non juifs constitue une menace pour la vie d'Israël, même s'il s'agit des Justes parmi les nations » (ce chapitre concerne ceux qui ont sauvé des juifs durant la deuxième guerre mondiale). Enfin, les auteurs préconisent la commission « d’actes cruels pour créer un équilibre de la balance dans la terreur et le traitement de tous les membres d’une nation ennemie amenée à devenir cible de représailles, même s’ils ne participent pas directement aux hostilités». Torat Hamelekh soutient en fin de compte que les non-juifs ne sont pas, « par nature, sujets à la compassion » et que les attaquer « peut freiner leurs inclinations malignes »…

Bien naturellement,  la publication de cet ouvrage « théologique » (en novembre 2009 (inscrit par de nombreux rabbins au programme des yeshivot), n’a pas fait l’unanimité. Le quotidien Maariv a immédiatement dénoncé ce qu'il a nommé « le droit divin de tuer que s’arrogent les résidants des implantations juives de Cisjordanie ». De son côté, le Shabak (Sureté Générale de l’Etat d’Israël) s’est inquiété de l’impact que pouvait avoir ce livre chez les juifs des implantations juives de Cisjordanie. De même au sein de l'autorité rabbinique, plusieurs rabbins (comme Israël Gelis) ont contesté les thèses qu’il développe. Enfin, les députés arabes de la Knesset ont demandé un arrêt de sa diffusion.

Le problème que soulève, en réalité, le mandat d’arrêt délivré au rav Dov Lior n’est pas tant celui de la teneur de l’ouvrage (qui aura certainement les suites judiciaires qu’il mérite) mais celui de l’obligation pour un rav de se présenter devant les services de police pour être entendu dans le cadre d’une enquête quelle qu’elle soit. Sur ce point, on constate qu’il est une fois encore possible de faire application de la règle selon laquelle « Dina de malkhuta dina » ou encore la loi du pays est la loi (qui a en principe vocation à s’appliquer aux juifs de diaspora). En vertu de ce principe, la loi du pays a une valeur normative supérieure à la Loi halakhique et doit être appliquée en cas de contradiction. Le rav Dov Lior pourra sur ce point utilement se reporter au Talmud puisque le principe y est cité à 4 reprises (Ned. 28a; Git;. 10b BK 113; BB 54b et 55a). C’est effectivement la volonté de D qui est (dans le Talmud), à l'origine de l'obligation faite aux Juifs d'obéir aux lois de leurs dirigeants (voir le verset du livre de Néhémie (9:37) Teshuvot ha-Ge'onim (1942), n ° 66.).

S’agissant du contenu de l’ouvrage « Torat Hamelekh », la thèse des rabbins s’appuie notamment sur le verset du Livre des Nombres (33,55) qui énonce « Mais si vous ne chassez pas devant vous les habitants du pays, ceux d'entre eux que vous laisserez seront comme des épines dans vos yeux et des aiguillons dans vos côtés, ils seront vos ennemis dans le pays où vous allez vous établir ». Ce texte doit en réalité être replacé dans son contexte historique : avant que Josué ne prenne possession du pays de Canaan, après la sortie d'Egypte, il a été suggéré aux israélites de ne laisser aucune place aux non juifs pour éviter qu’ils oublient leur propre raison d'être. D’ailleurs, les Israélites ont subi des attaques ennemies à chaque fois qu’ils négligeaient le culte de D. ou qu’ils se tournaient vers des dieux païens. Aujourd’hui, la conquête est achevée, la terre d’Israël est entre les mains de son peuple. Aussi, est- il préférable de s’en tenir à la règle concernant l’interdiction de tuer, à celle du respect supérieur dû à la vie, voire à celle du devoir d’enfreindre la Loi juive si cela peut permettre de sauver une vie.

Il n'est déjà pas aisé de faire comprendre à l'ensemble de la population en Israël (comme dans la plupart des pays) le caractère obligatoire de la loi. Si donc les rabbins s'abstiennent de respecter la loi nationale pour des considérations religieuses, il est à craindre que chacun ne soit tenté d’en faire autant, ce qui pourrait plonger le pays dans l'anarchie. L’enseignement par un rabbin des lois de la guerre, fondé sur le corpus rabbinique doit donc être reconnu comme infraction à la loi nationale. La Cour suprême autorise déjà les personnes placées dans un cas de légitime défense, à faire emploi d’une arme à feu pour se défendre, (ce qui est tout à fait unique dans l'ensemble des pays démocratiques), il conviendra de s’en satisfaire.

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commentaires

Julien 14/02/2011 15:47


Aussi, pour réagir à l'article (le précedent commentaire n'etant la que pour préciser 2 notions erronnées dans celui ci)

N'ayant pas lu le livre Torah Hamlekh, mais me basant sur ce que vous ecrivez, celui ci indique qu'il est "permis, selon la Halakha de tuer des non juifs" entre autre dans les conditions citées
dans votre article.

Hors, et cela ne va donc pas à l'encontre de la "vraie" definition de Dina DeMalkhouta Dina, du fait qu'il ne s'agisse que d'une "permission" de la Halakha, et non d'une obligation, et que le pays
dans lequel on vit nous interdit une telle action, alors au final il sera interdit de tuer qui que ce soit dans les conditions pré citées...

Je ne vois donc pas ou se trouve le problème avec ce livre... et je rejoint ce rabin sur le fait que l'etat (laïque) d'Israel n'a pas à intervenir sur les question religieuses...

Si maintenant le livre dit qu'il "faut" tuer des non juifs dans X ou Y conditions, alors la effectivement le débat est tout autre, et mon commentaire est H.S.


Julien 14/02/2011 15:39


Quelques précisions :

1/ Le terme de "Juste parmis les Nations" (Tsadik MeOumot HaOlam) ne concerne pas uniquement les non juifs qui ont sauvé des juifs pendant la seconde guerre mondiale contrairement à ce qui est
ecris, merci de se referer à un Rav compétant pour en avoir la définition exacte...

2/ Dina DeMalkhouta Dina ne veut pas dire que la loi du pays prevaut sur la Halakha, mais que "Si la loi du pays ne s'oppose pas à une Halakha, alors elle devient comme une Halakha"

Exemple :

- La loi du pays oblige à ne pas manger cacher ou à travailler chabat : le principe de Dina DeMalkhouta Dina ne s'applique pas...

- La loi du pays oblige à payer des impots, dans ce cas la halakha demande de s'y soumettre.

Bien Cordialement,


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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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