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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 22:00

 

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La Religion : Un Thème Central des Elections Israéliennes


Par Manfred Gerstenfeld


 

La fragmentation du débat durant la campagne électorale – à laquelle un thème central a fait défaut – masque l’essentiel des sujets qui ont transpiré, à ce moment-là. Quand on essaie de hiérarchiser ce que furent les phases principales de cette campagne, on s’aperçoit que certaines deviennent évidentes, alors que d’autres restent dans l’ombre.

 

Un facteur déterminant de cette campagne relève de la décision du Likoud et d’Israël Notre Maison de s’y présenter conjointement. Cette démarche assurait que leur liste serait la plus large de toutes, sans contestation possible. On peut comprendre ce qui a motivé Israël est Notre Maison, et le Ministre des Affaires étrangères d’alors, Avigdor Lieberman, en soutenant cette manœuvre. Sa position de second sur la liste lui ouvrait une fenêtre d’opportunité pour devenir le dirigeant d’un grand parti à l’avenir. Ce jeu en valait, assurément, la chandelle, même s’il fallait faire les frais de quelques sièges perdus dans cette opération.

 

Il reste, cependant, moins clair de comprendre ce qui a pu motiver le dirigeant du Likoud, dans l’adoption de cette stratégie. A-t-il cru, alors, en la prophétie du Gourou Républicain, Arthur Finkielstein – qui affirmait que le liste conjointe obtiendrait plus que les 42 sièges qu’ils détenaient déjà dans la précédente Knesset, même si cette prévision était contre-intuitive, au regard de toutes les expériences vécues, lors des élections passées ? Est-ce que sa principale préoccupation concernait l’éventualité que s’instaure un mega-parti du Centre-Gauche, qui aurait pu menacer la position du Likoud, en tant que parti le plus représentatif, et, de fait, ses propres prétentions à redevenir Premier Ministre ? Saurons-nous vraiment  jamais ce qui lui est alors passé par l’esprit ?

 

De l’autre côté, un sujet largement ignoré par les analystes concerne le rôle prépondérant que la religion a joué au cours de cette élection. Beaucoup d’éléments disparates ont conduit à laisser cet aspect dans l’ombre. Pourtant, il continue d’être un thème central, dans la cadre des négociations en vue de former la future coalition. La plupart des partis juifs non-religieux ont placé sur leurs listes des candidats religieux en position d’éligibilité. C’était vrai, non seulement, pour le Likoud et Israël Beitenou, mais aussi bien pour le parti « Il Existe Un Avenir », de Yaïr Lapid et le Mouvement (Hatnua) de Tsipi Livni. Au moins 38 députés religieux ont été élus, excédant de loin leur nombre au cours de toute élection précédente-1-.

 

La campagne ne s’est pas beaucoup souciée de problèmes idéologiques. L’appel à l’égalité dans la répartition des charges liées au service militaire ou civil, pour le secteur ultrareligieux est un de ces rares sujets qui s’est attiré une attention durable. Plusieurs partis, en particulier « Il Existe un Avenir », ont fait campagne en faisant du service militaire ou civil pour les ultrareligieux un problème important. Une nouvelle législation, d’une portée bien plus large, concernant ce service, était l’une des principales exigences du Parti, dès les premières discussions post-électorales, entre Netanyahou et Lapid-2-, afin de former la coalition. Livni a aussi mentionné l’égalité dans la distribution de cette charge, comme l’une de ses conditions, en vue de rejoindre le gouvernement-3-.

Le retour à l’avant-scène du secteur national-religieux, en tant que force dans la sphère politique israélienne, est un résultat important de ces élections. Il s’était vu de plus en plus marginalisé, au cours des précédentes élections. Le « Foyer Juif » a obtenu douze sièges, plus que tous les partis nationaux-religieux n’ont jamais obtenu par le passé. Le parti a, ainsi, attiré de nombreux électeurs laïcs et dispose d’un électorat relativement jeune-4-. Son nouveau jeune dirigeant Naftali Bennett a joué un rôle central dans la campagne et a pu rapidement devenir une personnalité réputée sur le plan national. Le fait que le « Foyer Juif » ait placé une femme, candidate non-religieuse, au sommet de sa liste a constitué une innovation. Pour Bennett et son parti, un partage plus égalitaire du « fardeau » dans l’armée est également un problème de premier plan-5-.

Dès les résultats des sondages, le parti ultrareligieux Shas a, très vite, pris conscience que le « Foyer Juif » pouvait devenir, non seulement un concurrent sérieux, mais qu’il pourrait même le remplacer en tant que parti religieux le plus important. Shas a alors commencé à l’attaquer, en plusieurs occasions, en distillant des remarques diffamatoires sur son observance religieuse. Son guide spirituel et ancien Grand Rabbin, le Rav Ovadia Yosef s’est demandé tout haut : « Est-ce qu’il s’agit-là de gens qui se disent religieux ? ». Il a fait remarquer que : « Ils sont venus pour déraciner la Torah. Quiconque vote pour eux nie la Torah. Ah, il s’agit d’un « Foyer Juif” ? En vérité, c’est un Foyer Juif pour les Goyim!”. Le Rabbin n’a pas fait dans la subtilité, en ajoutant encore qu’il était interdit de voter pour eux-6-.

L’un des nombreux sujets sur lequel Bennett s’est attiré les foudres des dirigeants du Shas concernait sa critique de la corruption au sein de l’institution religieuse, où ses adhérents jouent un rôle de tout premier plan. Un autre correspond à son désir de trouver une solution dans le processus de conversion-7-. Désormais, la lutte engagée est plus que probable, entre les deux partis pour la prise de contrôle du Grand Rabbinat.

La tentative avortée du dissident du Shas, le Député et Rabbin Haïm Amsalem, d’entrer à la Knesset avec un nouveau parti, « Israël Tout Entier », a aussi, contribué à amener les questions religieuses au centre du débat. Il a déclaré que les dirigeants du Shas ne servaient pas les intérêts de leurs électeurs, alors que lorsqu’ils vivaient dans leurs pays d’origine, ils ont toujours été des modérés. Amsalem a ajouté que seule une poignée d’étudiants brillant par leur excellence, devraient être autorisés à consacrer tout leur temps aux études juives, alors que tous les autres devraient servir dans l’armée.

Il a encore ajouté que les Israéliens auraient beaucoup à apprendre de l’expérience des communautés, aujourd’hui, éteintes d’Afrique du Nord. Les Rabbins d’alors, a affirmé Amsalem, étaient suffisamment intelligents pour accepter tous les Juifs dans leurs communautés orthodoxes, quel que soit leur niveau de pratique religieuse-8-. Après les attaques massives du Shas, son appel à la modération traditionnelle n’a pas été entendu par la plupart du public et sa liste n’a pas franchi le seuil requis.


Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski.

 


Notes : 


-1-Lahav Harkov, “Record number of female, religious MKs in Knesset,” The Jerusalem Post, 23 January 2013.

-2-Jonathan Lis, “As coalition talks begin, Yesh Atid presents its list of demands to Netanyahu,” Haaretz, 3 February 2013.

-3-Moran Azulay, “Lapid sets agenda for next government,” Ynet, 23 January 2013.

-4-Gil Hoffman, “Bayit Yehudi gains 3 seats in a week, ‘Post’ poll finds,” Jerusalem Post, 28 December 2012.

-5-Moran Azulay, “Lapid sets agenda for next government,” Ynet, 23 January 2013.

-6-Yair Ettinger, “Feud between Shas and Habayit Hayehudi heats up,” Haaretz, 20 January 2013.

 -7-Ibid.

 -8-Matti Friedman, “A party of one,” The Times of Israel, 4 December 2012.

 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

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Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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