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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 14:54

 

 

La rencontre de l'Islam avec l'Amérique

par Fouad Ajami , professeur à l'Institut d'études internationales Johns Hopkins School, pour The Wall Street Journal

Par
Thème : Europe
 
 

Date de parution : le 20 septembre 2010


Traduction : Objectif-info

Selon une enquête de Elaph, le quotidien électronique le plus apprécié du monde arabe, 58% des arabes sont opposés à la construction de la mosquée du Wall Trade Center.

L'Imam Faisal Abdul Rauf est rentré de ses récents déplacements dans les pays du Golfe Persique, (commandités et payés par le Département d'état), en brandissant une menace pas très subtile. Son projet, la construction de la mosquée de Ground Zero, sera mené à bien. Son annulation risquerait de faire peser un nrisque d'attaque sur "nos soldats, nos troupes, nos ambassades et nos citoyens dans le monde musulman."

Laissons de côté la tentative de faire de ce projet une question de sécurité nationale. Le personnage qui prétend faire office de passerelle entre l'Amérique et le monde arabo-islamique, apporte un témoignage falsifié sur les sentiments dominants dans les terres d'Islam.

En vérité, l'itinéraire suivi par l'Islam a suivi en Amérique (et en Europe) ne coïncide pas avec l'évolution des choses au sein des régions dominantes de cette civilisation. Une enquête d'Elaph, le quotidien électronique le plus prisé du monde arabe, a donné un avantage décisif aux adversaires de la construction de cette mosquée, 58% des sondés considérant ce projet comme une folie.

Elaph s'est saisié du problème suite à la menace du pasteur Terry Jones de brûler des exemplaires du Coran. Il demandé à ses lecteurs s'ils considéraient que l'Amérique était une société "tolérante" ou "bigote". 63% d'entre eux, contre 37%, pensaient que ce pays était de bonne foi et pluraliste.

C'est remarquable. Au cours des trois dernières décennies, l'athosphère était incandescente dans le monde arabo-islamique. Des prédicateurs perfide et leurs hommes ont fait de la foi une "arme de guerre" et englouti tout ce que les modernisateurs avaient essayé de construire dans des conditions d'adversité. Leur acharnement était inextinguible. De prétendus imams lançaient fatwas sur fatwas pour rendre impossible l'accès des Arabes et des Musulmans au monde moderne. Cette épisode désastreux a gravé dans les esprits d'innombrables Arabes et Musulmans que les puits étaient empoisonnés autour d'eux, que la foi devait prendre le pouvoir, que la foi était meurtrière, et que l'avenir économique et culturel de l'islam contemporain en dépendait.

Les activistes et les prédicateurs musulmans de la diaspora, de Patterson (New Jersey), de Minneapolis, de Copenhague ou d'Amsterdam, semblaient en grande partie indifférents à ce genre d'excès. Ils demeurent cependant aux aguêts, prêts à réagir au moindre signe d'hostilité..

En Amérique, l'Islam est un phénomène récent. Ce pays n'a rien d' "islamique." Il s'enracine dans la tradition religieuse puritaine. Les vagues d'immigrants qui ont gagné ses rivages ont compris l'impératif de discrétion et de patience qui s'imposait.

Ce n'est pas en guerroyant que les Catholiques et les juifs ont prix pied au cœur du peuple américain. C'était l'effervescence de la vie quotidienne, l'épicerie, la chaîne de montage, l'industrie textile, l'école publique, et les grandes guerres qui ont soudé les communautés américaines et abattu les barrières religieuses et ethniques.

Quand l'imam Rauf affirme avec insistance que le caractère sacré de Ground Zero n'est pas mis en cause [par son projet] parce qu'il y a déjà tout près une boite de striptease et un établissement de jeux de hasard plus ou moins légal, il n'y a rien à gagner, il n'y aucune chance de conquérir les cœurs et les esprits. C'est peut-être vrai, mais inapproprié.

Il y a neuf ans, un acte terrible s'est déroulé à cet endroit. Dix-neuf jeunes Arabes ont apporté la mort et la ruine sur le sol américain, et la discrétion a un rôle essentiel dans la façon dont on envisge les suites. L' "Islam" n'est pas l'auteur de ces crimes, mais il a été commis par de jeunes hommes, Arabes et Musulmans.

Il n'y a pas lieu de reprendre l'incantation selon laquelle l'Islam est une religion de paix. L'incantation est fausse ; comme les autres religions, l'Islam est du point de vue théologique une religion de guerre et une religion de paix. A notre époque, c'est une religion en détresse, en proie à des luttes internes, parfois détournée à son profit par une engeance militante en guerre contre le monde moderne.

En provenance d'Elaph encore, voici le point de vue d'un auteur arabe, Ahmed Abu Mattar, qui analyse le militantisme des religieux radicaux. Il rejette carrement la colère excessive contre le pasteur Terry Jones, "idiot et dérangé" qui a menacé de brûler des exemplaires du Coran. "Où trouve-t-on la colère correspondante face aux dictatures qui dominent les existences des Arabes du berceau à la tombe ? Est-ce que le prophète Mohammed verrait favorablement les prisons au milieu desquelles nous vivons, plus nombreuses que les universités et les hôpitaux ? Serait-il réconforté par les taux d'analphabétisme qui excède 60% chez les Arabes? Serait-il satisfait du retard qui fait de nous un fardeau pour les autres nations?"

Les premiers Arabes en Amérique sont venus au moment de la Grande migration (1880-1920). Leur histoire a été écrite par Gregory Orfalea dans son ouvrage, "Les Arabes américains : Une Histoire "(2006). Les pionniers étaient la plupart du temps des Chrétiens qui fuyaient la faim et les privations de l'Empire ottoman agonisant. Un de ces pionniers qui fuyait le Liban pour l'Amérique a dit qu'il désirait quitter sa patrie pour "aller vers une terre de justice." L'île d'Ellis [Ellis Island] a été surnommé affectueusement Bayt Al-Hurriya (la maison de la liberté). C'est à New York, dans la grande banlieue de Wall Street, que se trouvait la première maison des immigrés.

Les quotas limités et la Grande dépression ont réduit le flux migradoire à un mince filet. Les choses ont changé radicalement dans les années 50 et 60. L'époque de l'islam en Amérique commençait.

L'imam Faisal Abdul Rauf nous a raconnté que jeune homme, en 1965, il avait pris la route de l'Amérique. Il arrivait en même temps que de nombreux immigrants, au moment où l'identité américaine subissait une mutation radicale.

La prudence de ces jours révolus était désormais un souvenir lointain. Les activistes apparus dans les années 90, à l'époque du multiculturalisme et de ce que feu Arthur Schlesinger Jr avait appelé "l'Amerique désunie", exigeaient une révision complète du credo américain. Le libéralisme américain [la gauche américaine NdT] avait rompu avec le patriotisme américain, et de soi-disant activistes s'adonnaient à un militantisme qui aurait choqué leurs ancêtres. Le projet de Ground Zero est né en dehors de ce contexte historique.

Il existe une grande légende arabe et islamique. Elle date des premières années de l'Islam, mais elle traite de notre polémique. C'était en 638, la période des victoires de l'Islam.

Le Calife Omar était le deuxième successeur du Prophète. Pour les Musulmans orthodoxes il était le plus respecté des Quatre califes Eclairés à cause de l'importance des conquêtes effectuées au cours de son règne. Il s'était rendu à Jérusalem pour accepter la reddition de la ville. Le patriarche Sophronius, le premier magistrat de la ville, était à ses côtés lors de la cérémonie de reddition. Le moment de la prière de Omar arriva au moment où le patriarche lui faisait visiter l'église du Saint Sépulcre.¶

Le conquérant demanda où il pouvait dérouler son tapis de prière. Sophronius lui dit qu'il pouvait le faire là où il se trouvait. Omar refusa parce que ses disciples pourraient alors exiger pour l'Islam le Lieu Saint des Chrétiens. Omar sortit pour faire sa prière.

Nous ne demandons pas toujours le respect de tous les "droits" que nous pouvons réclamer. La foi est honorée quand elle se plie à la nécessité et à la discrétion.

M. Ajami est professeur à l'Institut d'études internationales Johns Hopkins School et membre de Hoover Institution.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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