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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 00:22

 

 

 

LA RUPTURE PROGRAMMEE DE LONGUE DATE DES RELATIONS ISRAELO-TURQUES

 

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

 

 

logojusticebertrand

 Pour © 2010 lessakele et  © 2010 aschkel.info

 

 


Le 5 juillet 2010, la Turquie a annoncé, par la voix de son Ministre des Affaires Etrangères, qu’elle romprait ses liens avec Israël si l’Etat juif ne présentait pas ses excuses pour l’abordage du navire turc de la flottille d’aide humanitaire Mavi Marmara, intervenu le 31 mai 2010, qui s’est soldé par la mort de neuf personnes. Ainsi, et de façon progressive, la Turquie a d’abord qualifié l’opération comme relevant du terrorisme d’Etat, puis suspendu (le 3 juin) tous les projets d’infrastructure en partenariat avec Israël, avant d’interdire son espace aérien aux vols militaires israéliens, puis 

de rappeler son ambassadeur en menaçant d’élever le consul en poste à Jérusalem au rang d’«ambassadeur de Turquie en Palestine».

Loin d’être ébranlé par de telles mesures, l’Etat Hébreu a confirmé ne jamais présenter d’excuses, ni accepter d’enquête internationale sous l’égide des Nations-Unies pour faire la lumière sur les circonstances de l‘arraisonnement du navire. Pour autant, la question peut se poser de savoir si la situation contemporaine n’est pas le résultat d’un processus d’islamisation de la Turquie initié depuis quelques années, qui ne pouvait qu’aboutir à une rupture des relations diplomatiques avec l’Etat juif.

Le processus s’est engagé le 11 mars 2003, lorsque la Turquie a choisi démocratiquement la voie de l’islamisme modéré en confiant la fonction de Premier Ministre à Recep Tayyip Erdogan issu du parti AKP (parti de la justice et du développement). Ce parti a encore gagné en influence, avec la désignation (le 28 août 2007) de Abdallah Gul (issu également du AKP), à la Présidence de la République, alors que traditionnellement, ce poste est confié à un laïc. L’islamisation de la société turque a alors pu s’intensifier avec un contrôle complet de ses institutions : arrestation de nombreux cadres laïcs de l’armée, nomination de dizaines de milliers de diplômés de l’école coranique pour assumer les fonctions de juges (avec l’ambition à terme d’appliquer la loi coranique (Shari’a)) mais aussi des fonctionnaires religieux au Ministère de l’éducation. La mainmise islamique des institutions s‘est également exercée sur l'éducation, l'économie, les médias, les agences de renseignement, les services de sécurité et le pouvoir judiciaire.

Sur le plan culturel, la prééminence de l’Islam intervient dès le plus jeune âge avec, pour les petites filles, la poupée Elif qui s’agenouille, fait la prière islamique et récite les versets du Coran pendant que les parents sont initiés au rejet du juif avec une large diffusion des ouvrages « Mein Kampf » ou «les protocoles des sages de Sion». Il a alors suffit d’insérer un nouveau paragraphe dans la Constitution turque qui considère les femmes comme un « groupe vulnérable qui a besoin de protection » afin de leur permettre de suivre l’enseignement universitaire de façon « voilée », au nom, bien entendu, des principes démocratiques (février 208). Erdogan a également remporté une jolie victoire institutionnelle puisque la Cour Constitutionnelle n’a pas réussi, en 2008, à interdire le parti AKP pour violation “des principes de démocratie et de laïcité de la république turque“.

 

Pour être tout-à-fait cohérent avec le message de l’Islam largement diffusé, il devenait normal que la Turquie adopte les thèses des pays musulmans qui discréditent Israël, comme celle du génocide par Israël du peuple palestinien ou encore celle concernant les violations récurrentes des Droits de l’homme dans les territoires palestiniens « occupés ». Ces thèmes jouissent d’une écoute particulièrement attentive de la part des dirigeants européens qui éprouvent toujours une certaine culpabilité dans le massacre des Juifs perpétré au cours de la seconde guerre mondiale : si les israéliens sont également des génocidaires, la responsabilité européenne s’en trouvera sensiblement atténuée. Par ailleurs, le monde occidental ne veut pas endosser la responsabilité du drame des Palestiniens consécutif à la décision de partager la Palestine en 1947. Aussi, cultiver l’image de l’ oppresseur israélien minimise son rôle dans la survenance des évènements actuels. Enfin, le recours à la notion de Droits de l’Homme par les défenseurs des Palestiniens revient à adopter le cadre des relations humaines suggéré par les européens pour l’humanité, ce qui est tout à fait flatteur..

C’est donc de façon tout à fait logique qu’Erdogan critique sans ménagement (depuis 2003), la politique israélienne reprochant aux Juifs d‘infliger aux Palestiniens ce qu‘ils ont eux- mêmes subi. Ce fut le cas lors de l’élimination ciblée des leaders du Hamas, cheikh Ahmed Yassine (mars 2004) et Abdel Aziz Rantisi (avril 2004), et, plus généralement, depuis le siège de la bande de Gaza contrôlée par le Hamas. L’attaque la plus virulente s’est d’ailleurs produite en janvier 2009, lorsque Erdogan a claqué la porte au sommet du Forum économique mondial de Davos en Suisse (à la suite de l’intervention militaire à Gaza), en invectivant le Président israélien Shimon Peres : « vous savez très bien comment tuer ».

Lorsqu’en octobre 2009, Ankara a exclu Israël des manœuvres aériennes prévues en Turquie, c’était en raison du respect dû au peuple turc : « Chaque pouvoir politique est obligé de tenir compte des demandes et de l'opinion de son peuple ». Ainsi l’Etat juif doit donc prendre des coups mais sûrement pas en donner : Le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman n’aurait certainement pas dû convoquer l'ambassadeur de Turquie en guise de protestation contre la diffusion du feuilleton télévisé, La Vallée des loups, montrant des membres du Mossad kidnappant des bébés turcs pour les convertir au judaïsme ou attaquant l’ambassade turque à Tel-Aviv et prenant l’ambassadeur et sa famille en otage. En vertu des principes universels des Droits de l’Homme, Israël n’a pas à s’opposer à la liberté d’expression dans ce pays.

La Turquie a décidé de placer l’Islam au dessus de la loi républicaine pour s’acheminer calmement vers l’instauration de la « République islamique de Turquie ». Il n’est donc pas surprenant qu’elle se sente plus d’affinité avec la Syrie et l’Iran pour des raisons économiques, énergétiques et bien évidemment idéologiques. Les critère démocratiques ne lui ont pas permis d’intégrer l’Europe compte tenu de la place prépondérante qu’elle aurait prise dans le vieux continent eu égard à l’importance de sa population. Dans ces conditions rien ne sert de s’encombrer de cet allié historique juif devenu passablement gênant dans la perspective d’une domination du monde par l’Islam.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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