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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:23

 

 

La Tour de Babel israélienne

 

 

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Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

Pour © 2011 lessakele

Ce 2 mars 2013, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a obtenu du Président Shimon Pères, un délai supplémentaire de 14 jours pour former un gouvernement autour d’une coalition en mesure de conduire la politique israélienne des 4 années à venir. Ce dernier éprouve en effet, les plus grandes difficultés pour constituer une équipe gouvernementale susceptible de rallier les sensibilités exprimées (à l’occasion des élections tenues le 22 janvier 2013), pour rallier une majorité de 61 députés à la Knesset qui votera les projets de loi qui lui seront soumis. En effet, les différents partis subordonnent leur participation (dans la coalition) à des conditions spécifiques, en fonction de leurs desiderata propres. Si la prochaine coalition devrait se constituer autour des partis Yesh Atid (il y a un futur) de Yaïr Lapid et Habayit hayeoudit (le Foyer Juif) de Naftali Bennett, et sans le parti ultra orthodoxe (Shass) d’Eli Yishai, le Premier Ministre israélien ne devrait pas être en mesure de relever les défis auquel l’Etat juif est confronté, si les responsables politiques continuent de privilégier leur ego au détriment des intérêts fondamentaux de l’Etat juif.

L’incapacité de former une équipe gouvernementale et l’impossibilité de fixer une orientation unique de la politique générale israélienne ne sont pas sans rappeler l’épisode de la Tour de Babel (Genèse 11,1-9) à l’occasion duquel les artisans n’avaient pu achever l’édifice qu’ils s’étaient projetés de construire. Dans ce passage de la genèse, les hommes avaient entrepris de construire une tour dont le sommet toucherait le ciel, pour se retrouver à l’égal du Créateur. La vanité humaine a alors été sanctionnée par le Ciel qui a confondu le langage des bâtisseurs pour les empêcher de se comprendre et de mener à terme leur entreprise. Les hommes, dans l’impossibilité de communiquer, ont alors cessé prématurément leur projet avant d’être dispersés sur toute la surface de la terre. C’est un peu le problème du fonctionnement démocratique dans les systèmes politiques occidentaux dans lesquels la Loi ne vient plus du « Ciel », mais du « nombre ». Le responsable politique, une fois élu, devient un peu l’égal de D. en ce qu’il peut décider de l’orientation de la loi, de l’organisation de la cité et décider de la sanction des violations des textes imposés à la population, sans références transcendantales, mais en fonction de ses projections propres.

Or, si la démocratie est utile pour organiser un contre pouvoir populaire aux prérogatives d’un dirigeant étatique (en lui rappelant le caractère éphémère de sa fonction), ce sont les valeurs démocratiques qu’il convient de privilégier, non le fonctionnement institutionnel démocratique, parfaitement inutile, s’il est fait abstraction des valeurs fondamentales de la vie en société. Lorsque le responsable politique oublie sa condition d’homme au service de la collectivité et qu’il privilégie le culte de sa personnalité au détriment de l’intérêt général, c’est la paralysie du système politique et la dispersion humaine programmée, a fortiori en Israël. 

Le parti Yech Atid (il y a un futur) a certes le vent en poupe. Pragmatique, il s’occupe de la condition de la classe moyenne israélienne, place l’éducation au centre des priorités de l’Etat (préconisant une scolarité obligatoire pour tous, l’élimination de la plupart des examens du baccalauréat et l’augmentation de l'autonomie des écoles). De même, il ambitionne, pour les jeunes, d’être égaux face à la charge nationale avec l’enrôlement obligatoire dans l’armée notamment pour les ultra orthodoxes et la contribution à la création de richesses par l’obligation de travailler en ce compris pour les ultra orthodoxes et les personnes d’origine arabe. Il entend simplifier l’organisation institutionnelle de l’Etat avec un gouvernement limité à 18 ministres, renforcer la protection et le statut de la Cour Suprême israélienne, et supprimer les ministres sans portefeuille pour endiguer la corruption au sein de l’Etat. Il souhaite favoriser la croissance et l'efficacité économique avec la création de moteurs de croissance pour lutter contre la pauvreté et la bureaucratie, éliminer les obstacles pour les entrepreneurs, améliorer le système de transport, réduire le coût de la vie et du logement et renforcer la mobilité sociale grâce aux petites entreprises…

Il devrait toutefois rapidement se trouver en opposition avec le  parti sioniste religieux du Foyer Juif de Naftali Bennett dans la mesure où il ne craint pas de s’engouffrer dans les orientations de la vie sociale laïque comme l’instauration du mariage civil et même l’union de personnes homosexuelles. De même, ses dispositions à l’égard des palestiniens ne devraient pas recevoir l’aval du Foyer juif : Yair lapid s’est engagé sur la voie de « deux États pour deux peuples » avec l’annexion des grands blocs d’implantations de Judée Samarie en Israël, alors que le parti Habayit hayeoudit défend l’idée d’une annexion de la Cisjordanie à Israël (ce qui ne correspond pas d’ailleurs pas à la réalité géopolitique sur le terrain). Naftali Bennett souhaitait d’ailleurs, pendant sa campagne, que Benjamin Netanyahou revienne sur son accord en faveur d'un Etat palestinien (de même, pour le parti Ultra Orthodoxe Shass, il n’est pas question d’abandonner un pouce de territoire aux palestiniens).

Pour sa part, le Likoud partage l’idée d’un maintien en Israël, des implantations juives de Judée Samarie (considérées comme une concrétisation des valeurs sionistes c'est-à-dire du droit du peuple juif de disposer de la terre d’Israël). Il s’est donc employé à renforcer ces implantations au cours des dernières années et se dit défavorable à leur démantèlement. Pendant de nombreuses années, le Likoud s’est dit opposé à la création d’un État palestinien à l’ouest du Jourdain, suggérant aux Palestiniens de vivre librement et de façon autonome mais sans Etat indépendant et souverain. Désormais, le premier Ministre israélien ne rejette plus l’idée d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël mais exclusivement sur les territoires que les palestiniens contrôlent, et notamment sans division de Jérusalem. Sur ce point, il est en désaccord avec bon nombre des membres du Parti Travailliste (Avoda) et du Meretz qui seraient disposés à faire la paix avec les palestiniens en leur restituant l’intégralité de la Cisjordanie, en évacuant les implantations juives et en procédant au partage de Jérusalem. Dans les relations avec les palestiniens, le premier Ministre était sur le point d’obtenir le ralliement du parti centriste « hatnoua » de Tzipi Livni à qui il acceptait de confier l’exclusivité de la charge des discussions de paix. Il devrait se retrouver une fois encore contrarié par le parti Habayit hayeoudit qui s’y s’oppose formellement. La cacophonie est donc programmée.

En Israël, les responsables politiques oublient les valeurs historiques qui fondent l’Etat d’Israël, ses traditions religieuses, la culture ancestrale du peuple juif et la nécessité de se réunir autour d’un principe fondamental : sa pérennité. Or, s’ils ne se ressaisissent pas, cet oubli risque de provoquer les mêmes effets que ceux de la Tour de Babel, à savoir la confusion entre les hommes, l’incompréhension, et leur dispersion.
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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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