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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 07:54

 

 

 

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LA TURQUIE HORS DU JEU ISRAELIEN

Par Jacques BENILLOUCHE

 

La Turquie s’est tiré une balle dans le pied. Elle pensait pourvoir tout obtenir d’Israël car sa qualité de seul allié musulman lui conférait une auréole indélébile. Mais en décidant de changer de stratégie en se tournant vers les pays arabes, elle a définitivement bradé son amitié avec Israël. Les relations se sont tellement délitées que les demandes d’armement d’Ankara sont à présent rejetées. Tayyip Erdogan avait réclamé des systèmes de missiles israéliens, des roquettes antichars « Spike », des missiles « Barak-8 » pour la marine et des blindés « Namer » pour le transport de troupes. Israël a seulement accepté d’honorer la commande antérieure de drones dont l’annulation avait été un temps envisagée.

            La Turquie ne manque pas d’aplomb car d’une part elle voue aux gémonies l’Etat juif et d’autre part elle cherche à équiper son armée auprès du meilleur fournisseur de la région, le cinquième du monde. Sa guerre avec les Kurdes et son soutien à Chypre nécessitent en effet un armement de plus en plus lourd et une aide technologique que lui refusera dorénavant Israël.

 

Dépit turc

 

            Ce virage stratégique, que certains ont cru brutal, avait été en fait prémédité de longue date. Dès 2004, Erdogan avait traité Israël « d’état terroriste »  à la suite de l’élimination du Cheikh Yassine. Il avait invité à Ankara en février 2006 le chef du Hamas Khaled Mashaal avec les honneurs réservés aux chefs d’Etat et enfin, il avait traité Shimon Pérès « d’expert en assassinat » à la conférence de Davos de janvier 2009. La décision d’Erdogan était justifiée par sa volonté d’utiliser la proximité d’Israël avec les pays occidentaux et les américains  pour utiliser à son profit tous ses réseaux de lobbying. Dès que la France et l’Allemagne ont refusé  l’adhésion de la Turquie à l’Europe, l’alliance avec Israël ne devenait plus primordiale.

            Erdogan rêvait de reconstituer le grand empire ottoman du temps de sa splendeur et de sa puissance et il ne pouvait pas le réaliser sans l’aide des pays du Moyen-Orient. Par ailleurs la crise de leadership arabe devenait flagrante. L’Egypte avec un président malade et vieillissant ne pouvait plus tenir le rôle de leader charismatique et incontesté. La disparition de Saddam Hussein et de Hafez El Assad lui laissait un grand boulevard qu’il s’est empressé de combler en s’alliant rapidement avec la Syrie d’abord puis avec l’Iran. D’autres pays auraient pu remplacer l’Egypte dans la conduite du monde arabe mais la Turquie est la seule qui bénéficie à la fois de l’amitié américaine en tant que membre de l’OTAN et d’une réputation de démocratie islamique modérée.

            Le premier ministre turc est prêt à tous les écarts pour parvenir à ses fins et il l’a démontré lors de sa visite à Paris le 7 avril quand il a martelé qu’Ahmadinejad ne représentait pas de danger pour la région malgré son programme nucléaire et qu’il ne fallait prendre à la lettre la menace de l’Iran de rayer Israël de la carte. Il n’hésite pas cependant à préciser que « c'est Israël qui est la principale menace pour la paix régionale ».

 

Le Caucase en solution de rechange

 

            La Turquie représentait pour Israël des bases aériennes d’entrainement pour l’armée de l’air et bien sûr un bon client solvable. Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères qualifié de trublion par les occidentaux, avait le premier émis des doutes sur la fidélité des turcs dans leur alliance et il a donc agi dans l’ombre pour combler éventuellement une défaillance en se tournant vers les anciens pays de l’URSS dont il est originaire, en particulier la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Des entreprises israéliennes équipent l’armée géorgienne dans sa défense militaire par le biais de ventes d’armement sophistiqué, d’entrainement des fantassins et d’expertises sur les méthodes de sécurité. Les rapports sont facilités par le ministre de la défense géorgien, Davit Kezerashvili, ancien immigré israélien parlant couramment l’hébreu et par les nombreux hommes d’affaires géorgiens installés en Israël.

            Par ailleurs, la visite du ministre israélien en Azerbaïdjan, le 9 février, entrait dans cette stratégie de conquête d’espace puisque ce pays a des frontières communes avec l’Iran. La République d’Azerbaïdjan, à majorité musulmane mais sous influence occidentale, est inquiète du rôle joué par son voisin iranien et a donc signé en urgence avec l’Etat d’Israël, depuis septembre 2008, des contrats d’armement de plusieurs centaines de millions de dollars. Le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a justifié le renforcement de ses liens avec Israël par sa volonté de se prémunir contre « la menace iranienne ». Son pays, pourtant musulman, est un exemple de tolérance pour une communauté juive prospère qui construit de multiples synagogues et qui éduque ses enfants dans ses propres écoles. Certains experts affirment que, grâce à cette assistance technique, Israël aurait un pied et un œil sur la frontière avec l’Iran. L’utilisation du Caucase entrerait ainsi dans la nouvelle stratégie de défense israélienne.

            Il n’est pas sûr que la Turquie sorte gagnante de ce bras de fer car son économie est dépendante de l’Europe et en partie d’Israël pour la partie touristique. Ses nouvelles alliances avec les pays arabes lui apporteront peu de débouchés à l’exception d’un approvisionnement pétrolier régulier. Par ailleurs, il n’est pas sûr que l’armée, garante de la laïcité en Turquie, juge d’un bon œil les nouvelles embrassades de leur pays avec les régimes islamistes. Israël, quant à lui, a définitivement intégré l’idée que la Turquie est désormais hors de son jeu stratégique car ses fréquentations iraniennes hérissent le poil des dirigeants israéliens. 

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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