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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 11:02

 

Manfred Gerstenfeld interviewe David Bankier

 

-Remarque : tout au long des 3 semaines qui nous séparent des commémorations de la Shoah, le 27 janvier, beaucoup d'interviews de Manfred Gerstenfeld seront consacrées à l'Europe d'après la Catastrophe et à l'antisémitisme toujours résurgent. Comme si le monde hémiplégique faisait semblant d'entendre, mais qu'en réalité, il était demeuré sourd à la plupart des enseignements tirés de cette tragédie. Restent à expliquer les origines post-Shoah de l'antisémitisme d'aujourd'hui.

 

bankier (Copier)

David Bankier

 

 

“En 1941 et 1942, déjà, les Alliés ont élaboré des plans préliminaires en vue d’organiser l’Europe post-Hitlérienne. Pourtant, la question juive ne figurait pas dans ces projets américains, britanniques et russes d’anticipation sur l’avenir. Pas plus qu’on ne trouvera les moindres références significatives à l’avenir des Juifs, dans les débats des gouvernements en exil, que ce soit à Londres ou ailleurs. Il n’existait aucun plan concret, mais, tout au plus, quelques vagues remarques ».

 

David Bankier (1947-2010) était professeur d’Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Jusqu’à sa mort, il a aussi été Directeur de l’Institut International pour la Recherche sur la Shoah, à Yad Vashem. Ses recherches se sont focalisées sur l’opinion publique en Allemagne, sur la politique nazie et sur les exilés.

 

Bankier expliquait : “L’attitude des dirigeants polonais est particulièrement révélatrice, parce qu’avant-guerre, trois millions et demi de Juifs vivaient là, représentant environ dix pourcents de la population. La plupart des organisations clandestines polonaises pensaient que la Pologne post-hitlérienne serait un pays sans Juifs. Ils savaient pertinemment que la majorité de la communauté juive polonaise était en train de se faire exterminer -1-.

 

“Ceux qui survivraient devraient quitter la Pologne après la guerre. Cette vision s’exprimait même au sein de l’organisation Zegota, le Conseil d’Assistance aux Juifs, mis en place par la résistance polonaise. Parmi ces gens, il y a eu des personnes  qui ont mis leur propre vie en danger, dont la plus connue, Zofia Kossak-Szczucka, une fervente catholique, célèbre écrivain et l’une des fondatrices de Zegota. Sa conviction que la Pologne n’était pas un pays où les Juifs devaient encore vivre est hautement indicative de ce qu’étaient alors les véritables sentiments polonais à leur égard.

 

“Dans un article intitulé : “Qui nous aidons?”, écrit en août 1943, Kossak-Szczucka soulignait ce que l’attitude polonaise d’après-guerre envers les Juifs devrait être : « Aujourd’hui, les Juifs sont confrontés à l’extermination. Ce sont les victimes de persécutions injustes et meurtrières. Je dois les sauver : « Fais envers autrui ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi ». Ce commandement exige que j’emploie tous les moyens dont je dispose pour sauver autrui, exactement ces mêmes moyens que j’utiliserais pour mon propre salut. Pour sûr, après la guerre, la situation sera différente. Les mêmes lois s’appliqueront aux Juifs comme à moi-même. A ce point, je dirai au Juif : « Je t’ai sauvé, abrité, caché lorsque tu étais persécuté. Pour que tu reste en vie, j’ai risqué ma propre vie et celle de ceux qui me sont chers. Désormais, plus rien ne te menace. Tu as tes propres amis et, par certains côtés, tu te portes bien mieux que moi. A présent, je demande que tu t’en aille et que tu aille t’installer ailleurs. Je te souhaite bonne chance et serai heureuse de t’aider. Je ne veux pas te blesser, mais chez moi, j’entends y vivre seule. J’ai [NdT : mérité] ce droit.

 

“Les Juifs n’étaient pas considérés comme issus de la « fabrique » de la société polonaise. Leurs ancêtres pouvaient bien y avoir vécu 900 et même 1000 ans, quoi qu’il en soit, ils n’appartenaient pas à la majorité nationale et demeuraient des étrangers. La plupart des gens ne percevaient pas la catastrophe qui s’abattaient sur les Juifs Polonais comme une tragédie pour la nation polonaise. Au mieux, ils voyaient deux désastres parallèles provoqués par les Allemands. L’un concernait la nation polonaise, l’autre, les Juifs.

 

“Excepté pour quelques mouvements clandestins socialistes et communistes, ils n’ont jamais fait le lien entre ces deux tragédies, pour dire que la souffrance des Juifs faisait partie intégrante de celle des Polonais. Ceux qui appartenaient au Centre ou à la Droite ne percevaient pas les Juifs comme de fidèles citoyens. Ainsi, leur épreuve ne pouvait pas être une souffrance polonaise. Que les ancêtres des Juifs aient vécu si longtemps en Pologne et qu’ils aient la nationalité et des passeports polonais n’étaient que de simples formalités sans plus d’implications ni de privilèges particuliers.

 

“Lorsqu’il a fait des déclarations sur la question juive, le gouvernement polonais en exil à Londres parlait sous la contrainte.  Ses déclarations seraient entendues par les Britanniques, les Américains et les organisations juives, par conséquent, ils devaient rester prudents. Donc, il déclarait, de façon routinère, qu’après la guerre, tous les Juifs survivants reviendraient et que leurs droits seraient restaurés.

 

“Ils étaient ans l’obligation de le dire, en dépit du fait que beaucoup de dirigeants polonais en exil étaient des antisémites de longue date. La majorité du Conseil National de la République Polonaise à Londres était formée de nationalistes polonais qui ne considéraient pas les Juifs comme une part intégrante de la nation polonaise, malgré la présence de deux représentants juifs au Conseil National : Ignacy Schwarzbart, pour les Sionistes et Artur Zygelbojm pour les Bundistes. Dans l’armée polonaise réfugiée à l’Ouest, il existait également un antisémitisme substantiel qui a conduit des Juifs à déserter leurs unités en Ecosse. Plusieurs organisations juives ont protesté contre cet antisémitisme auprès du gouvernement en exil.

 

“Les problèmes économiques ont joué un rôle essentiel dans les messages anti-juifs émanant de la clandestinité polonaise. C’est même devenu plus évident, lorsque les Juifs sont revenus après la guerre et quand ils ont voulu revenir dans leurs maisons ou leurs fermes. De nombreux Juifs ont alors fait l’objet de violentes attaques ou ont été assassinés par les Polonais ».

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.


Adaptation : Marc Brzustowski

 

Ceci est la version courte d’une interview avec le Prof. Bankier, que Manfred Gerstenfeld a publié dans son livre :

 

 

Europe Crumbling Myths; The Post-Holocaust Origins of Today’s Anti-Semitism. Ce livre peut être gratuitement téléchargé au lien suivant :

http://www.jcpa.org/indexph.asp#

 

The wartime attitudes of the Poles toward the Jews have been extensively researched, for example in a doctoral thesis by Joanna Michlic and in articles written by Andrej Friszke and Szymon Rudnicki.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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