Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 19:11

 

editorialaGad-copie-1

 

 

Lapid, le visage pragmatique du consensus israélien,

 

Par Marc Brzustowski

 

by-benny-doutsh-2013--(8-of-12) wa (Copier)

Le nouveau venu fait des bonds en avant et n'est pas dénué de punch.

 

Les spéculations vont bon train sur les offres concrètes que va faire l’actuel Premier Ministre, Binyamin Netanyahou à Yaïr Lapid, brillant dirigeant de « Il Existe un Avenir », le nouveau groupe parlementaire centriste de la Knesset. Elles devront être conformes aux aspirations de ses partenaires. Notamment Avigdor Lieberman, espérant sortir assez vite de ses mises en accusation pour abus de confiance et fraude, garde une option sur un retour au gouvernement comme Ministre des affaires étrangères. Actuellement, Netanyahou privilégierait cette offre de poste à l’ancien journaliste, tout en tâchant de ne pas froisser le leader du parti de coalition, Israël Beitenou. L'ex-tenant de la place verrait plutôt Lapid, attaché aux questions économiques et sociales de répartition des bénéfices de la croissance en direction des classes moyennes, au poste de Ministre des Finances, qui, dit-il, devrait lui aller comme un gant. « Bibi » rétorque, avec sagesse, que le petit nouveau parle parfaitement l’anglais et constituerait un très bon interlocuteur en Amérique et en Europe, les relations avec ces deux continents restant un des points noirs de son précédent mandat. Il pourrait, par mesure compensatrice, offrir le poste de Ministre de la Défense, non à son ministre des affaires stratégiques, Moshe Ya'alon, mais au second d'Israël Beitenou, Yaïr Shamir, le fils d'Itzakh, ancien pilote et ancien patron d'Israeli Aerospace Industry, l'ayant conduit à tant de succès technologiques et stratégiques. 

 

Yaïr Shamir.

 

On suggère, également, que Lapid pourrait se voir conférer un poste de vice-Premier ministre, lui permettant d’apprendre le métier sous bonne tutelle. Ce pourrait être une porte de sortie, si la négociation devenait problématique avec Lieberman. Mais l'intéressé a assuré qu'il ne ferait pas de la figuration, en acceptant un ministère sans porte-feuille.

 

On ne verra se dessiner la coloration et le dosage de la nouvelle coalition que dans quelques jours, voire plusieurs semaines, si les tractations durent. Cela dit, il est déjà, pour ainsi dire, acquis, sauf divergences de dernière ligne, que Yaïr Lapid, étoile montante du Centre laïc, et son alter-ego, de droite religieuse, moins bien servi par la répartition des suffrages (12 sièges contre 19), Naftali Bennett, pourraient cohabiter au sein du même cabinet. Qu’est-ce à dire ?

 

L’un et l’autre, jeunes premiers de cette XIXème Knesset, montent des chevaux de bataille bien différents, tirant même, à première vue, dans des sens opposés : l’un, Lapid, représenterait les préoccupations des classes moyennes tel aviviennes, la modernité et le désir de « normalité » de la démocratie israélienne, mais aussi la critique des milieux ultraorthodoxes, qui maintiennent leur style de vie autour de l’étude de la Torah, à l’écart du développement sociétal israélien et, notamment, ne participent pas en masse, à l’effort de défense.

 

Bennett a choqué, durant la campagne, en lâchant la petite phrase qui, généralement, suscite le tollé dans tout l’establishment du pays : ancien chef d’unité commando, il s’est prononcé pour le droit à la désobéissance du soldat, face à un ordre d’évacuation d’une famille juive hors de sa maison, dans les territoires. Il s’est, ensuite, rétracté, mais l’argument a continué de faire scandale. Par là, il mettait la barre haute, en affirmant que, jamais plus, une expérience douloureuse comme celle de l’expulsion des Juifs du Goush Katif, dans la Bande de Gaza, en 2005, sous la férule d’Ariel Sharon, ne se reproduirait, avec le consentement de son parti « Foyer Juif », en tout état de cause. Comme son nom ne l’indique pas clairement, le « foyer juif », c’est aussi la Judée et la Samarie, terres des tribus de Yosef (dont le tombeau sied à Sichem-Naplouse) et de Yehuda (Judée).

 

La question qu’on peut se poser, à présent, consiste à savoir ce que le très modéré et favorable à la relance des pourparlers de paix, Yaïr Lapid, en pense. Herb Keinon, du Jerusalem Post, rappelle que le patron du Centre ne considère pas les pourparlers avec les Palestiniens comme une « perte de temps », à l’instar du Ministre des affaires étrangères sortant et qu’il a fait de cette question une clé de son entrée dans un futur gouvernement. Son style serait très différent, moins engageant à la confrontation, moins conflictuel.  De ce point de vue, Lapid, très policé, charismatique, très à l’aise, pourrait s’ériger comme l’anti-Lieberman, en Occident, malgré l’excellent travail réalisé par le Moldave dans le rapprochement stratégique avec d’anciens pays du bloc de l’Est, comme l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, voire avec la Russie de Poutine, malgré les dissensions régionales (Iran, Syrie). Celui qui promet un Avenir à Israël pourrait aisément tenir le rôle longtemps joué par Shimon Peres, apaisant les inquiétudes des Occidentaux. Il serait aussi opportun qu’il remplace, dans le casting, Ehud Barak, non-réélu parce qu’il ne se présentait pas, que Netanyahou envoyait à Washington pour s’entretenir des enjeux stratégiques communs.

 

Lapid a donné des conférences à Ariel, un bloc d’implantation contesté, lorsqu’il s’est affublé d’une nouvelle université. Il a déclaré, prenant ses distances avec le Centre-Gauche classique, pour marquer son soutien au maintien des implantations : « Il n’existe pas de carte où Ariel ne ferait pas partie de l’Etat d’Israël ». Il s’oppose, également, à toute division de Jérusalem, insistant sur le fait que la Ville est « l’ethos » ou le cœur vivant de l'être juif et d’Israël, la raison même pour laquelle le peuple juif est de retour sur sa terre.

 

En éclipsant Tzipi Livni –qu’il aimerait, cependant, voir invitée à participer au gouvernement- et Shaul Mofaz, le leader de Kadima- qui peine à survivre avec deux sièges encore non-certifiés-, Yaïr Lapid semble déterminer à faire prévaloir le consensus israélien. La chute vertigineuse, tendant au décrochage, de ces deux anciens promoteurs du désengagement indique clairement vers quel type de solution il tend. Par les positions qu’il a prises, il montre que, s’il faisait preuve de souplesse et d’ajustement pragmatiques, ce serait donnant-donnant. Mais, il ne s’exposerait pas à des « concessions douloureuses » inconsidérées, comme de permettre au Hamas de tirer parti d’un nouveau retrait. L’expérience récente de la guerre de Novembre, où on a assisté aux premiers tirs de missiles Fajr iraniens sur Tel Aviv et Jérusalem, ne fait que renforcer cette fermeté populaire qui s’exprime, à travers son ascension vers les plus hautes fonctions.

 

Sur ce point, il s’avère compatible avec Bennett, autant qu’avec les partis de Netanyahou et Lieberman : plutôt des échanges de villages et villes à dominantes juive ou arabe, que l’abandon pur et simple d’une partie historique de l’histoire récente ou passée du peuple juif. L’électorat des « classes moyennes et laïques » qui le soutient a largement enregistré le message  de novembre. Céder du terrain face à un adversaire-« partenaire » qui n’est pas prêt à reconnaître l’Etat juif et démocratique, c’est courir à une forme de suicide existentiel collectif, en tout cas, susciter les aspirations de Meshaal à l’éradication de l’Etat hébreu, ou celles d’Abbas, à vouloir être reconnu internationalement, sans rien discuter ni négocier avec Israël.

 

Il est clair qu’actuellement, cette position partagée par la majorité des Israéliens n’est pas à l’aube d’être entendue par la communauté internationale. Peut-on faire la paix sans les peuples, à coup de "bombe à neutron" diplomatique? Mais, c’est, sans doute, à de telles conditions, conservatoires de la sécurité, que Lapid et son électorat pensent qu’un nouveau cycle de négociations peut être engagé. La question n’est plus la priorité des campagnes électorales, elle n’intervient que pour dire : il faut tout faire pour ne pas fermer la porte. Lapid a les capacités d’expliquer, dans les termes les plus nets, ce que sont les limites qu’Israël ne saurait franchir sans mettre son style de vie démocratique en danger, parce que rognant sur le sens profond de son identité et de sa présence.


En face de lui, Abbas ne dispose pas de la légitimité légale : pas d’élections depuis 2006, qu’il a perdues. Son mandat de président s'achevait en 2009. Depuis, on ferme les yeux, à l'ON, qui a des pudibonderies que la raison démocratique ne saurait voir ; ni de l’appui de la rue palestinienne : cortèges d’hommes en armes, de Balata ou d’ailleurs, pour assurer indéfiniment que le Hamas ou d’autres factions ne le remplaceront pas demain. La fragilité d’Abu Mazen, son incapacité chronique à se projeter vers un plan de paix viable, ne font que renforcer la fermeté de l’Israélien moyen, incarné par Lapid. La position de Bennett est comme le socle qui permet à ce nouveau conquérant et ceux qui se reconnaissent en lui, d’avancer et de développer sereinement les autres aspects de son programme. L’un et l’autre sont convaincus que toutes les strates de la société doivent participer, la forme de cet engagement restant à définir, à l’effort collectif. L'autre volet à discuter dépendra de la présence de Shas et de l'Unité du Judaïsme de la Torah à ce gouvernement et de sa puissance dans l'hémicycle, face à l'idée de partage du "fardeau" de la défense.

 

Israël entame son renouvellement intérieur, se tourne vers le charisme d’Israéliens décomplexés, dans les messages qu’ils expriment, à l’heure où le « Printemps Arabe » tourne, ici et là, au fiasco anti-démocratique et à l’avènement de nouvelles « double-faces » : comme celle que présente Morsi à Obama et celle, plus accueillante qu’il tourne vers Ali Khamenei. Ils parlent franc et affirment que « tant qu’il n’y aura rien de nouveau sous le soleil », l’Avenir d’Israël est assuré. 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Gad - dans Editorial
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Gad
  • Le blog de Gad
  • : Lessakele : déjouer les pièges de l'actualité Lessakele, verbe hébraïque qui signifie "déjouer" est un blog de commentaire libre d'une actualité disparate, visant à taquiner l'indépendance et l'esprit critique du lecteur et à lui prêter quelques clés de décrytage personnalisées.
  • Contact

Traducteur

English German Spanish Portuguese Italian Dutch
Russian Polish Hebrew Czech Greek Hindi

Recherche

Magie de la langue hébraïque


A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

Les news de blogs amis