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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 12:19

UNE NOUVELLE GUERRE EN AFRIQUE, DU DEJA VU !

Celle du Darfour n'est pas la pire en Afrique, ni même au Soudan…

 

Par Jason MacLure

Newsweek du 08/10/09

Traduction Artus pour www.nuitdorient.com

 

Des cavaliers arabes trimballant des Kalashnikovs fournis par le gouvernement soudanais font irruption dans un village. Les femmes sont violées dans leurs cases. Les hommes fuyant vers la brousse sont abattus. Et les enfants sont emmenés sur la croupe des chevaux des pillards, alors que le bétail volé est rassemblé pour être vendu.

Cette scène est devenue trop familière pour ceux qui ont suivi le drame qui a envahi le Soudan occidental, au Darfour, pendant ces 6 dernières années. Mais là on n'est pas au Darfour vers les 2005, mais dans n'importe lequel des centaines de villages du Soudan méridional dans les années 80, ou en 1992, ou en 1997, ou en 2003, et selon toute vraisemblance en 2010 aussi!

Avant qu'on n'ait vu des culottes portant le slogan "Sauvez le Darfour, avant que George Clooney n'entreprenne ses missions de paix au Darfour, le Soudan était plongé dans une guerre encore plus longue et plus meurtrière entre le gouvernement islamiste de Khartoum et le Sud du pays animiste ou chrétien. La phase la plus récente de cette guerre, allant de 1983 à 2005, a entraîné la mort de plus de 2 millions de civils — six fois le nombre estimé de morts au Darfour, lors des 6 dernières années. Alors que l'attention des Etats-Unis est sollicitée ailleurs, aujourd'hui la guerre revient, et elle sera encore pire que ce qu'on a déjà vu.

Cette guerre qui menace d'éclater entre le gouvernement central et le sud, où se trouvent les réserves pétrolières, risque de s'étendre au-delà du Soudan, impliquant plusieurs pays et apportant encore plus de misère à des millions de gens, dans la partie la plus pauvre de la planète. Selon l'Onu, cette année déjà, plus de 2000 personnes ont trouvé la mort dans des combats interethniques au Soudan méridional, à un rythme dépassant celui du Darfour.

L'accord de paix de 2005 qui a mis fin à la dernière guerre est sur le point de sombrer, et les deux parties se réarment en vue du référendum, prévu en janvier 2011, qui décidera du sort de cette partie du Soudan. Mais le Nord a utilisé une série de tactiques dilatoires dans le but d'empêcher la consultation – situation qui mènera le Sud à déclarer son indépendance d'une façon unilatérale. Et si cela se produit, la guerre éclatera certainement.

Le responsable du groupe "anti-génocide", appelé "Le projet cela suffit!", auprès du Conseil national de Sécurité de l'administration américaine, John Prendergast dit: "Tous les signes pointent vers l'annulation du référendum et le retour à la guerre, et celle du Darfour paraîtra comme un pique nique à côté de celle-ci"

La paix entre le Soudan du Nord et celui du Sud a été fragile. En dehors d'une accalmie de 11 ans entre 1972 et 1983, les deux parties étaient en guerre quasi permanente depuis 1955 et 2005. Le conflit trouve sa racine dans la volonté du Sud de se séparer politiquement et économiquement de la domination de Khartoum, pour se débarrasser des raids esclavagistes et meurtriers des groupes Arabes du Nord qui ont pour but de contrôler les vastes ressources pétrolières du Sud.

En janvier 2005, les parties ont signé un pacte connu sous le nom de APG ou Accord de Paix Global (en anglais, Comprehensive Peace Agreement), après des années de pourparlers sous l'égide des Etats-Unis et de pays est-africains. L'accord avait deux objectifs:

- donner à Omar el Beshir et son Parti National du Congrès une façade de respectabilité pour convaincre la SPLA (armée de libération du peuple du Soudan) de l'intérêt de l'unité du pays. L'accord prévoyait des réformes et la création d'un gouvernement d'unité nationale pendant une durée de 6 ans, pendant laquelle les revenus pétroliers seraient équitablement partagés.

- à la fin de cette période probatoire, les citoyens du sud étaient autorisés à voter pour dire s'ils souhaitaient ou l'indépendance officielle ou l'unité du pays.

 

La 1ère partie de ce pacte s'est volatilisée tranquillement. Malgré que Khartoum ait interrompu les attaques contre le SPLM (bras politique de l'armée SPLA) et mis son chef Salva Klir comme vice-président du gouvernement d'unité nationale, rien n'a changé. Le parti d'Al Beshir mène la danse. Il suffit de rappeler la guerre sanglante menée au Darfour et la résistance du pouvoir au mandat d'arrêt international contre le président Al Beshir, pour crimes de guerre. Entre temps les détails du pacte de paix se sont progressivement estompés du fait de Khartoum. Les élections nationales prévues au début de cette année ont été différées, du fait de différents concernant le mode de recensement et d'inscription sur les listes électorales. De ce fait l'organisation du référendum de 2011 est compromise. Par ailleurs, le gouvernement central a refusé de changer une loi de sécurité nationale qui lui permet de détenir indéfiniment des opposants. De même, il refuse de libérer une presse enchaînée, menant le SPLM et les autres partis à menacer de boycotter les élections. Il est de plus en plus évident que Khartoum trompe le sud en détournant les revenus pétroliers, arme des milices ethniques rivales, fomente le chaos dans les zones méridionales…

Pour la 2ème partie du pacte, le référendum est menacé, Khartoum cherchant à le saboter ouvertement, en permettant aux méridionaux vivant dans le Nord de voter (ils voteraient pour l'unité), en imposant une majorité minimale de 75%, voire 90%, pour une sécession régionale. Khartoum demande aussi un partage à 50%/50% du pétrole du Sud, pendant 50 ans…, ce qui n'a aucun rapport avec la consultation.

Selon John Danforth, le sénateur américain qui a aidé à la conclusion du pacte de paix de 2005, Al Beshir a pu faire capoter la paix du fait que l'attention des Etats-Unis et de ses alliés africains était accaparée par le Darfour et un paquet d'autres conflits africains. Par ailleurs, le Soudan a coopéré avec les Etats-Unis contre le terrorisme, a fait des remises sur le prix du pétrole vendu à l'Ethiopie, pour paraître plus respectable vis-à-vis de ses partisans dans le Soudan méridional. Puis le SPLM n'a pas facilité les choses. Depuis que son chef, John Garang, est mort dans un accident d'hélicoptère, juste après la signature du pacte de 2005, le parti n'a jamais réussi à améliorer la situation sur le plan de l'éducation et de la santé, et même sur le plan de la sécurité, dans la région qu'il contrôle. L'armée de libération nationale transformée en organe de gouvernement a failli à sa mission, du fait de la corruption et de l'inefficacité, amenant Khartoum à

annoncer que le Sud deviendrait une nouvelle Somalie, si jamais il faisait sécession.

Mais pour être crédible, ce message aurait dû venir d'un état exemplaire, or on est loin de là. Vu l'échec des 2 pactes signés en 2006 avec l'Armée de Libération du Darfour (à l'ouest) et avec les rebelles de l'Est, "Tout le pays a cessé d'exister et est devenu un ramassis de pactes de paix" dit Mehane Tadesse, un analyste de l'Afrique Orientale, basé à Addis Abeba (Centre de Recherche politique et de Dialogue). "Les dirigeants de Khartoum savent parfaitement que les pactes signés ne pourront jamais être appliqués et ils savent comment geler et paralyser les processus, comme ils l'ont fait au Darfour et au Soudan oriental".

 

Cette stratégie est dangereuse pour les citoyens du Soudan, maintenant pris entre un gouvernement du Nord lourdement armé et cherchant à maintenir son contrôle et une armée rebelle en colère au Sud. Le prix du pétrole ces dernières années a gonflé les dépenses de défense des deux côtés. Khartoum a acheté des avions de combat, des engins blindés et au moins 28 hélicoptères d'attaque de Russie et de Biélorussie. Le Soudan du Sud n'a pas réussi à cacher que le bateau transportant des chars achetés en Ukraine avait été capturé par des pirates somaliens…

Amener Khartoum à accomplir ses obligations dans l'accord de 2005 est le seul moyen d'interrompre le processus de la guerre. Le président américain et son vice-président avaient adopté une attitude très stricte vis-à-vis du Soudan pendant leur campagne électorale. Aujourd'hui l'administration américaine mène "une offensive de charme" vis-à-vis de Khartoum, stratégie qui a provoqué des critiques cinglantes de la part de groupes défendant les droits de l'homme. Son envoyé, le Maj. Gen. J. Scott Gration retraité de l'Armée de l'Air pourrait peut-être réussir dans sa tentative de séduction, mais le temps presse et l'histoire nous a montré que Khartoum réagit plus aux bâtons qu'aux carottes. Dans le passé, la pression internationale avait réussi à lui faire changer de politique dans le commerce des esclaves, le bombardement de civils et la protection d'al Qaeda.

Aujourd'hui les analystes pensent que sans l'intervention de l'administration américaine et les pressions de pays riverains, la violence croîtra des deux côtés, alors que leurs milices sont abondamment armées. Cette spirale familière mènera à l'attaque de civils et sans doute à la propagation de la guerre au-delà du Soudan. "C'est la répétition en plus grave de Darfour 2002", selon Prenderga.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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