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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 20:37

 

 


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Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach

 

Pour © 2011 lessakele

 

Le 4 février 2012, la Russie et la Chine ont, comme cela était prévisible, exercé leur droit de veto à l’occasion du vote de la résolution proposée par la Ligue Arabe visant à mettre fin à la répression exercée en Syrie. Ces deux grandes puissances ont exposé que dans la dernière version de la résolution, les objectifs étaient déséquilibrés : d’une part, l’appel à un changement de régime politique en Syrie était constitutif d’une ingérence dans les affaires intérieures syriennes, d’autre part, la responsabilité du conflit n’était pas imputé aux deux camps (la référence à la « nécessité de résoudre la crise de manière pacifique » et la condamnation « de toute violence d’où qu’elle vienne » étant insuffisante). De son côté, l’ambassadeur syrien à l’Onu s’est contenté d’affirmer que la Syrie continuerait de faire face à ses ennemis, accusant les puissances occidentales et la Ligue Arabe de « fomenter la crise ».

En réalité, la situation géopolitique dépasse largement le cadre de la Syrie mais résulte fondamentalement de la proximité de la Russie et de la Chine avec l’Iran, partenaire privilégié de la Syrie (les amis de mes amis sont mes amis), avec lequel elles ne voudraient pas compromettre la solidité des rapports. Ainsi, sur le terrain, pendant que des dizaines de personnes se font tuer chaque jour par le régime de Bachar Al Assad, les puissances internationales décideuses sont à la recherche d’un équilibre stratégique entre elles, avant de mettre un terme au bain de sang. La situation est donc tout à fait ubuesque en ce qu'elle ne prend pas en considération la situation de la population locale mais uniquement le souci de ménager l'Iran.


En outre, l’absence de résolution de la question syrienne est la conséquence d’un manque flagrant d’intégrité de la Ligue Arabe dans sa volonté de régler le conflit, comme si elle préférait transférer la gestion du problème à l’Onu. Rappelons que la Ligue Arabe s'est fixée pour objectif de garantir et de renforcer l'unité du monde arabe tout en préservant l'indépendance de ses membres. Aussi, et en tant que membre de la Ligue, la Syrie devrait faire l’objet d’une attention particulière de la part de l’institution, ce n'est pas exactement le cas.


Tout d'abord, et pour éviter de traiter du problème, la Ligue Arabe a tout simplement décidé d'exclure la Syrie de ses membres en 2011. Par ailleurs, les conclusions de la mission d'enquête mise en place en janvier 2012, ne sont pas tout à fait en adéquation avec l'émoi manifesté lors de la proposition du vote de la résolution concernant le plan de sortie de la crise soumis au Conseil de sécurité le 31 janvier 2012. A cette occasion, elle a appelé le Conseil de Sécurité à prendre une résolution « pour faire cesser la tragédie humanitaire que vit la Syrie depuis le début de la révolution en mars 2011 » et arrêter ce que l’ambassadeur qatari a nommé « la machine à tuer syrienne » qui a fait à ce jour plus de 6000 tués. Ce faisant, la démarche de la Ligue Arabe s’inscrit parfaitement dans la sensibilité du monde occidental qui privilégie l’expression populaire dans les systèmes démocratiques.


Pour autant, les conclusions du rapport de la mission présenté au Caire le 22 janvier 2012, bien qu’approuvé par les ministres de la Ligue Arabe, mais non rendues publiques (et rapidement enterré sous la pression du Qatar et de l’Arabie Saoudite), ne correspondent en rien à la vive préoccupation manifestée lors de l'examen de la résolution.


En effet, dans le point 26 du rapport de la mission, on apprend que les actes de violence commis à Homs sont imputés aux groupes armés (l'opposition) contre les forces gouvernementales, à l'origine de « tués et des blessés parmi les troupes gouvernementales ». Inversement, si les forces gouvernementales ont eu recours à la violence, la mission indique qu'il s'agit d'une « réaction aux attaques perpétrées contre ses membres » (sic). De la même manière, dans le point 27 du rapport, les opposants sont présentés comme étant des terroristes qui ont fait exploser un autobus civil tuant 8 personnes, mais aussi un train ou un bus de la police tuant deux occupants...

Concernant la véracité des communications faites sur les incidents à Homs, le rapport fait état, dans le point 28, de la « divulgation de fausses informations concernant les violences régionales qui ne sont pas crédibles ». Ainsi, la Ligue Arabe conteste, dans son rapport, les chiffres quotidiennement avancés au sujet des victimes. Il est même indiqué, dans le point 29, un nombre important « d'exagérations médiatiques émanant des équipes sur le terrain » alors que la partie gouvernementale (dont l'humanité est sous entendue), a procédé à la libération de milliers de détenus (point 33 à 38). Il apparait donc une certaine duplicité dans le discours de la Ligue Arabe qui, dans sa relation avec l'Onu, fait preuve d’une extraordinaire détermination pour essayer de mettre un terme à la répression qui sévit en Syrie, alors que son rapport sur la situation locale fait de l'opposition, le responsable des incidents.


Cela n'est pas véritablement surprenant. Les 21 pays de la Ligue Arabe (la Syrie n’en faisant plus partie) qui appellent à l’arrêt des violences contre la population civile en Syrie, ne sont pas des modèles de respect de la nature humaine, ne serait-ce que dans leur application ou (l’ambition) d'appliquer la Charia.


Il suffit pour s'en convaincre d'examiner le recours présenté en décembre 2011 devant la Cour Suprême d'Arabie saoudite, contre un jugement condamnant des personnes d’une double amputation de la main et du pied pour avoir commis un vol à main armée. Il est demandé à la Cour de faire application du droit international qui considère l’amputation comme étant une forme de torture interdite. Le recours est notamment motivé par la violation pure et simple des droits de la défense : le Tribunal de Ryad a rendu son verdict après deux séances ayant duré moins d’une heure, les prévenus ont été privé de la possibilité de disposer d’un avocat, et l’un d’entre eux a été torturé dans les dix jours qui ont suivi son arrestation (en octobre 2010) « frappé à coups de poing, avec des câbles électriques et avec des bâtons sur tout mon corps, pendant des heures, chaque jour ».


Or, si de nombreux pays de la Ligue Arabe ont une législation qui s’inspire plus ou moins fortement de la charia (l’Arabie saoudite, le Koweït, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l'Oman, le Yémen, l’Iran, la Libye), la charia tend à devenir la référence juridique dans de nombreux membres de la Ligue Arabe. Au Soudan, la Charia est la principale source du droit dans la Constitution, En Mauritanie le Code pénal de 1983 s'y réfère, En Somalie, la décision de se référer à la Charia a été prise en décembre 2009, le président du Conseil national de transition en Libye a indiqué à la suite de la révolution libyenne « En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue ». Il en est de même d’autres pays qui viennent d'adopter démocratiquement le régime islamiste comme la Tunisie ou des sympathisants du parti islamiste non légalisé, Ettahrir (Libération), manifestent à Tunis pour exiger l'application de la Charia dans le pays. Ainsi, pendant que la Ligue Arabe appelle publiquement, pour des raison humanitaires, à l'arrêt des massacres en Syrie, les hommes sont obligés de porter la barbe, les femmes de se voiler, et la lapidation fait son grand retour... Il y a donc beaucoup d'hypocrisie dans tout cela.

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A tous nos chers lecteurs.

 

Ne vous est-il jamais venu à l'esprit d'en savoir un peu plus sur le titre de ce blog ?

Puisque nous nous sommes aujourd'hui habillés de bleu, il conviendrait de rentrer plus a fond dans l'explication du mot lessakel.

En fait Lessakel n'est que la façon française de dire le mot léhasskil.

L'hébreu est une langue qui fonctionne en déclinant des racines.

Racines, bilitères, trilitères et quadrilitères.

La majorité d'entre elle sont trilitères.

Aussi Si Gad a souhaité appeler son site Lessakel, c'est parce qu'il souhaitait rendre hommage à l'intelligence.

Celle qui nous est demandée chaque jour.

La racine de l'intelligence est sé'hel שכל qui signifie l'intelligence pure.

De cette racine découlent plusieurs mots

Sé'hel > intelligence, esprit, raison, bon sens, prudence, mais aussi croiser

Léhasskil > Etre intelligent, cultivé, déjouer les pièges

Sé'hli > intelligent, mental, spirituel

Léhistakel > agir prudemment, être retenu et raisonnable, chercher à comprendre

Si'hloute > appréhension et compréhension

Haskala >  Instruction, culture, éducation

Lessa'hlen > rationaliser, intellectualiser

Heschkel > moralité

Si'htanout > rationalisme

Si'hloul > Amélioration, perfectionnement

 

Gageons que ce site puisse nous apporter quelques lumières.

Aschkel pour Lessakel.

 

 

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